Voici le courrier qu'une personne détenue m'a demandé de taper pour elle:
Monsieur le député
Madame la députée,
Si je me permets de vous adresser ce courrier, c’est par désespoir. En effet, pour obtenir le timbre qui me permet de vous écrire aujourd’hui, ainsi qu’à deux autres députés, j’ai dû vendre les dernières affaires personnelles que j’avais en cellule.
Depuis le 5 septembre 2017, on m’a privé de mon travail en détention. Je conteste le motif de ce déclassement injustifié. Le tribunal administratif est saisi pour excès de pourvoir.
J’ai immédiatement redemandé à être affecté à un autre poste de travail. J’ai toujours travaillé depuis le début de mon incarcération et je dispose d’attestations de satisfaction concernant mon comportement dans les emplois tenus dans divers autres établissements. Le travail pénitentiaire est ma seule source de revenus.
Ce n’est que le 9 janvier que l’on m’a proposé de reprendre un travail sur un poste de production. Contrairement aux emplois que j’avais jusqu’alors tenus, le poste que l’on me proposait était rémunéré à la pièce et permettait au mieux d’avoir un salaire atteignant 15 % du SMIC, ce qui est contraire à la loi. L’article 432-1 du code de procédure pénale précisant que le salaire en poste de production ne peut être inférieur à 45 % du SMIC. J’ai interprété cette affectation comme une sanction déguisée. J’ai demandé à être affecté à un poste dont la rémunération était conforme au droit.
Suite à mes demandes répétées dont la plupart demeurées sans réponse, on a fini par me proposer deux postes mais également rémunéré à la pièce en dessous des taux légaux.
J’ai saisi la CGLPL (contrôleure générale des lieux de privation de liberté) de ces pratiques. Elle pourra utilement vous répondre si vous l’interrogez à ce propos.
Pour survivre au cours de ce combat pour le respect du droit, j’ai demandé à bénéficier de l’aide prévue pour les personnes détenues dépourvues de ressources suffisantes. Je vous confie deux courriers que j’ai adressés en ce sens à la direction de l’établissement. Je n‘ai jamais obtenu l’audience sollicitée dans mon courrier de février.
A présent que j’ai vendu l’ensemble des biens qu’il me restait, j’en suis à me demander s’il faudra que je me prostitue dans l’établissement pour pouvoir continuer à simplement exercer mon droit à communiquer avec l’extérieur.
Avant d’en être réduit à cette extrémité, je m’adresse donc a vous en dernier recours.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le député, Madame la députée, l’expression de ma considération distinguée.