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Billet de blog 22 juin 2018

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Appel à la déobéissance civile

Dans le contexte des débats actuels sur nombre de sujets d'actualité, ce compte rendu de lecture d'une personne détenue à propos de « La désobéissance civile » de Henry THOREAU.

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Henry David THOREAU. Ecrivain américain (1817 – 1862) La désobéissance civile.

Il nous rappelle que démocratie ne veut pas dire justice. Il nous rappelle que la démocratie est souvent la dictature de la majorité sur les minorités. En effet, la majorité a cru que Dreyfus était coupable, et Zola, pour l’avoir défendu, fut d’abord traîné en Cour d’Assises, puis le paya de sa vie. Souvenons-nous aussi que c’est la démocratie qui permit non seulement le génocide hébraïque, mais aussi le plus grand crime de l’histoire de l’humanité : la perpétuation de l’esclavage, qui dura ainsi plus de 200 ans. Encore aujourd’hui, la démocratie perpétue ses méfaits, viciant sournoisement par infiltration les idées de justice, de droit et de liberté. En effet, ce système capitaliste, qui se dissimule aujourd’hui sous le nom de « néo-libéralisme », revendique le droit d’affamer des populations entières au nom de la liberté, en appelant cela : « la loi du libre échange ». Ainsi, ce système capitaliste utilise la démocratie, donc le suffrage universel, pour tuer les droits humains qui imposent à tous les pouvoirs, le devoir de nourrir chaque être humain de ce monde.

Or, c’est le droit humain qui donne aux peuples la souveraineté, donc le suffrage universel, donc la démocratie, pour faire les lois.

Employer la démocratie à faire une loi pour tuer le droit, c’est employer la mère à faire une fille qui tuera l’aïeul : n’est-il rien de plus monstrueux ?

Thoreau, qui avait bien compris toute l’abomination de cette œuvre de violence et de ténèbres, nous dit : « Tout homme plus juste que ses prochains forme déjà cette majorité d’une personne. Même voter pour la justice, ce n’est rien faire pour elle. C’est se contenter d’exprimer un faible désir de la voir prévaloir. Tout vote est une sorte de jeu, un jeu entre le juste et l’injuste. Le sage ne laissera pas la justice à la merci du hasard, il ne souhaitera pas la voir emportée par le pouvoir de la majorité. »

Ainsi Thoreau nous affirme d’abord la primauté des droits fondamentaux sur le suffrage universel, sur les lois qui en découlent et sur les décisions des autorités qui découlent de ces lois. Lorsque, dans un État, ce principe n’est pas respecté, voici ce qu’il nous dit : « Sous un gouvernement qui emprisonne un seul être injustement, la juste place du juste est aussi la prison. C’est là, en ce lieu séparé, plus libre et plus honorable, où l’État situe ceux qui ne sont pas avec lui, mais contre lui, la seule demeure d’un État esclave où l’homme libre puisse résider avec honneur. Et s’il en est pour croire que leur influence s’y dissipera, que leur voix n’agacera plus l’oreille de l’État, qu’ils ne seront plus des ennemis dans ses murs, ils ignorent combien la vérité est plus forte que l’erreur, ni combien supérieur, dans le combat contre l’injustice, par l’éloquence et l’efficacité, est celui qui a souffert dans sa chair. Une minorité est impuissante tant qu’elle se conforme à la majorité. Si un millier d’hommes refusaient de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une initiative aussi brutale et sanglante que celle qui consisterait à les régler, et à permettre ainsi à l’État de commettre des violences et de verser le sang innocent. Telle est, en fait, la définition d’une révolution paisible, si semblable chose est possible. Si le fonctionnaire me demande : « Mais que voulez-vous que je fasse ? », ma réponse est : « Si vous voulez vraiment faire quelque chose, démissionnez. » »

Ainsi, chacun d’entre vous sait aujourd’hui ce qu’il lui reste à faire.

Voir aussi : La Désobéissance civile, l’héritage d’Henry David Thoreau

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