CHU de Rennes : cachez ces patients que je ne saurais voir

Le CHU de Rennes dispose d'une UHSI (Unité hospitalière sécurisée interrégionale). Les patients-détenus, souvent atteints de maladies chroniques, ou en fin de vie, ne peuvent même pas, à l'instar de Paul Verlaine, contempler le ciel par dessus le toit, ni l'arbre, ni l'oiseau.Quant à la paisible rumeur venant de la ville...

Marcel atteint d'un cancer digestif, traité depuis plus de 6 mois à titre palliatif, sait qu'il est en fin de vie. Il est en attente d'une réponse à sa demande de suspension de peine pour motif médical déposée à la demande des médecins depuis que le pronostic est connu. Marcel aimerait revoir sa maison, ses amis, son jardin, des arbres, des oiseaux, des gens circulant librement dans une ville, avant de mourir. Par dessus tout, il souhaite mourir libre. Pas sûr que son dossier aboutisse à temps...

S'il n'a que des louanges et des remerciements à l'égard de l'équipe soignante, Marcel m'a raconté la pénibilité de ses jours dans sa chambre dans l'UHSI (unité hospitalière sécurisée interrégionale) de Rennes.

Les patients sont enfermés 23 heures sur 24 dans leur chambre. Il peuvent, s'ils le souhaitent et s'ils sont en état de le faire, se rendre en cour de promenade, une petite cage fermée sur tous ses côtés et couverte d'une grille, sans vue sur l'extérieur. Passée la journée de la cure de chimiothérapie, à part regarder la télévision, Marcel n'a rien à faire des ses journées d'hospitalisation.Il ne perçoit rien du monde extérieur. Voir ici le livret d'accueil du service

Sa chambre est bien équipée d'une fenêtre, règlementairement équipée de barreaux, mais à environ un mètre de cette fenêtre, un mur de plexiglas, destiné à cacher le service à la vue des visiteurs de l'hôpital, ferme la vue et ne laisse jamais filtrer le moindre rayon de soleil.

La construction de ce mur de plexiglas a d'ailleurs permis, fort opportunément, de prévoir un chemin de ronde, que les surveillants pénitentiaires peuvent utiliser à loisir pour passer devant les chambres, en contradiction totale avec la loi sur la confidentialité des soins et le respect de la dignité humaine des patients.

J'ai alerté de ces atteintes la Contrôleure Générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) qui n'a pas pour l'instant visité les lieux et établi de rapport.

Si vous vous rendez au urgences de Rennes levez la tête, c'est derrière cette paroi de plexiglas en saillie que certains patients souffrent sans même pouvoir contempler le ciel par dessus le toit.

Le ciel est, par dessus le toit - Paul Verlaine - Thalie Envolée (HD) © Thalie Envolée

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