Justice - prisons... Qui s'en soucie ?

S'il est un sujet social et sociétal qui est à la fois un marqueur de la santé d'une société et dont la politique retentit fortement sur celle-ci : c'est bien celui de la Justice dont le gouvernement poursuit la réforme dans la discrétion la plus absolue et l'indifférence des Français. Et pourtant...

Une amie, qui compte beaucoup pour moi à présent, s’est étonnée que je naie rien publié sur mon blog depuis un certain temps.

En fait, ce blog prétendait alerter, et j’avais choisi Médiapart dont je croyais qu’il rassemblait un nombre conséquent de personnes susceptibles de s’intéresser à de vrais problèmes de société.

Toutefois, le peu de succès rencontré par les alertes de l’OIP ou par les miennes sur ce qui me paraît être des questions à la fois sociales et sociétales majeures. C’est-à-dire : celles de la justice et de son application ; celles de la réalité carcérale et du sens des condamnations prononcées ; celles des peines et des conditions dans lesquelles elles sont infligées, ainsi que les conséquences de ces conditions en termes de récidive, de radicalisation, et par conséquent de menaces pour la société que ces mesures pénales prétendent pourtant protéger.

Force est de constater que ces sujets ne mobilisent guère. Ce type de combat semble condamné à demeurer un exercice solitaire.

Depuis 15 ans nous assistons à une amplification d’un mouvement punitif qui a majoré de 52 % la population carcérale, alors même que le nombre de criminels ou de délinquants a baissé. La population « sous main de justice » a été multipliée par 3 en 20 ans. 250 000 personnes sont soit en prison, soit sous main de justice en France aujourd’hui. Vous paraît-il que la société aille mieux ?

Pour Didier Fassin il y a deux explications à cette évolution divergente des courbes de la délinquance et de l’incarcération :

Une criminalisation d’actes qui ne l’étaient pas jusqu’alors.

Un alourdissement des peines.

Et deux « raisons » (pour autant que la raison ait quelque chose à y voir) :

– Une dimension culturelle : par une diminution de la tolérance à des infractions de plus en plus minimes.

– Une dimension politique : par une instrumentalisation par les partis et les politiciens de la question du châtiment et des peines plus lourdes et fréquentes. Véritable « populisme pénal ».

Par contre, cette évolution suit celle de l’accroissement des inégalités sociales...

Quiconque voudrait s’informer des problèmes que créent une gestion défaillante de la justice et une exécution et application des peines excessives ne manquerait pas de matière pour alimenter sa réflexion. C’est :

–  soit le désir d’information qui fait défaut

– soit l’approbation des atteintes infligées qui explique l’évidente indifférence à ces questions.

Michel Foucault questionnait : « Le châtiment (et la prison) n’est-il pas plutôt là pour différencier la société et non punir les actes ? ». Il semble que la question soit toujours d’actualité. Et que l’indifférence que suscite le sujet ne soit qu’une preuve de plus de l’aveuglement d’un peuple.

 

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