Réfugiés (migrants) : le jeu étrange de l'Europe, de la France et de Civipol in fine

A propos de l'étrange affaire des officiers de police soudanais dans les centres de rétention Français, Italiens et Belges qui a secoué la presse internationale en avril 2018 (sauf en France), des mensonges d’État, et du rôle de Civipol dans les politique migratoires de l'Europe.

Le 12 avril 2018, le New-York Times révélait le cas d'un dissident politique soudanais expulsé de France et torturé à son arrivée à Khartoum. Ce dissident affirme avoir eu la visite en France d'officiers de police soudanais. Officiellement la France n'entretient pas de coopération avec le Soudan dont le président de la République, Omar el Béchir, est sous mandat d'arrêt international de la cour pénale internationale, définitif depuis le 12 juillet 2010. Il est poursuivi pour crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, génocide contre les Fours, les Masalits et les Zaghawas.

L’Élysée dénonce des « fantasmes », alors même que le premier ministre belge Charles Michel reconnait les faits en Belgique devant une commission d'enquête de son Parlement et affirme que les polices de plusieurs pays européens collaborent étroitement avec la dictature soudanaise. Le service de presse de Gérard Collomb avait pourtant reconnu le 25 septembre 2017 avoir travaillé avec le Soudan dans le cadre d'une « mission d'identification ».

Des mensonges d’État pour masquer une politique qui sacrifie les Droits de l'Homme à des intérêts particuliers, avec un cynisme révoltant.

On s'intéressera tout particulièrement au rapport "Expanding the fortress" du 14 mai 2018 réalisé par l'ONG danoise TNI, disponible en Français ici.

On y découvre entre-autre que :

  • La grande majorité des 35 pays considérés comme prioritaires par l’UE pour l’externalisation de ses frontières sont gouvernés par des régimes autoritaires, connus pour leurs violation des droits humains et avec des indicateurs de développement humain faibles.
  • Les États européens continuent à vendre des armes à ces pays, et cela en dépit du fait que ces ventes alimentent les conflits, les actes de violence et de répression, et de ce fait contribuent à l’augmentation du nombre de réfugiés.
  • L’augmentation des dépenses en matière de sécurité des frontières a bénéficié à un large éventail d’entreprises, en particulier des fabricants d’armes et des sociétés de sécurité biométrique.
  • Un certain nombre d’entreprises semi-publiques et d’organisations internationales ont également conclu des contrats de conseil, de formation et de gestion de projets en matière de sécurité des frontières.
  • Les décisions et la mise en œuvre de l’externalisation des frontières au niveau de l’Union européenne ont été caractérisées par une rapidité d’exécution inhabituelle, hors du contrôle démocratique exercé par le Parlement européen.

C'est en particulier CIVIPOL, organisation para-gouvernementale française qui a été à la manœuvre derrière ces mesures prises au niveau de l'Union européenne de manière antidémocratique. Et au capital de Civipol, on trouve les bénéficiaires de l'augmentation des dépenses en matière de sécurité des frontières, à savoir Thalès, Safran ou encore Airbus...

Que reste-t-il de la Fance pays des droits de l'homme ?

Pour l'expérimenter au quotidien dans les geôles de la République, je n'avais personnellement aucun doute. Mais une démonstration hors les murs me paraissait instructive...

Sources:

Soudan : des demandeurs d'asile torturés après avoir été expulsés par la France - L'Obs - 24 avril 2018

La France confirme avoir travaillé avec le Soudan pour une mission d'identification - RTBF - 25 septembre 2017

Expanding the fortress - TNI - 14 mai 2018

Soudan - Survie - dossier thématique

Civipol : société de conseil et de service du ministère de l'intérieur français - accueil du site de civipol

Omar El Béchir - Wikipédia

 

 

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