Abdoulaye, réfugié politique menacé de mort en Guinée ; menacé d'expulsion en France

Abdoulaye, étudiant à Paris 1, est réfugié politique Guinéen depuis qu'il a manifesté contre le report des élections législatives en Guinée. Il est menacé de mort par le gouvernement de son pays d'origine. Il a rejoint la France pour y échapper, mais celle-ci lui a demandé de quitter le territoire, envoyant ainsi cet individu à la mort.

Depuis Mardi 13 septembre, Abdoulaye étudiant en deuxième année d'AES à Paris 1, est détenu en Centre de Rétention Administratif à Joint-Ville le Pont.

            Militant du principal parti d'opposition (L'union des forces démocratiques de Guinée) au régime dictatorial dans son pays d’origine en Guinée Conakry, il a participé de l'organisation des manifestations de 2013 contre le report des élections législatives. En particulier, il prend part à une manifestation durement réprimée par les forces du régime qui assassinent plus de 20 personnes le 4 avril 2013.

En effet, après son élection en 2010 Alpha Condé, Président de la Guinée, a en effet repoussé de 3 ans les élections législatives, afin de pouvoir gouverner sans obstacle. C'est pour cela que la jeunesse guinéenne s'est soulevée entre avril et juin 2013, avec une répression qui a fait des dizaines de morts. En 2014 et 2015, le régime a continué à déporter et assassiner ses opposants, dans un grand silence du fait de ses soutiens. Abdoulaye aurait été lui même menacé de mort et pourchassé, ce qui l'a décidé à entrer clandestinement en Europe.

 

Il s'exile au Mali puis au Maroc jusqu'en 2015 et abandonne ses études de sociologie en Guinée. Arrivant sans papiers il traverse l'Espagne puis l'Allemagne et arrive enfin en France où il vient étudier depuis la rentrée. Confronté à un contrôle de police il est embarqué au CRA. Les conditions y sont abominables. Depuis samedi 17 septembre et le refus par le tribunal administratif de sa remise en liberté, ce militant politique est en danger de mort et l'Etat français souhaite l'expulser vers l'Allemagne ou l'Espagne. La probabilité que ces pays refusent étant importante, il risque d’être expulsé en Guinée d’ici 20 jours. Là bas, il sera tué. Ceci équivaut donc pour lui à une condamnation à mort.

 

La Présidence de l'Université Paris 1 a les moyens d'aider Abdoulaye mais elle a choisi de ne pas lui écrire de lettre de soutien en prétextant notamment qu’il ne le « connaissait pas assez » ! Une telle lettre serait pourtant un élément crucial à verser au dossier d’Abdoulaye en préfecture : ne serait-ce que par un simple coup de fil,  le président de la plus grande et prestigieuse université de France pèserait incontestablement dans le rapport de force avec la préfecture.

 

Il est clair que si Abdoulaye venait à être assassiné à son retour dans son pays, la France ainsi que l'inaction de certaines personnes de pouvoir comme Goerge Haddad, président de l'université Paris 1, ne serait pas dénouées de toute responsabilité.

 

Dans cette affaire, il est important de savoir que Alpha Condé, au pouvoir en Guinée Conakry – ex colonie française – depuis 2010,  est étroitement lié à l’Etat français. Alpha Condé est ainsi membre de « l'internationale socialiste », comme François Hollande (et auparavant Ben Ali), et est aujourd'hui un des pivots du dispositif françafricain. Juste après sa réélection en 2015, Alpha Condé avait aussi pris la décision spectaculaire de confier le port de Conakry à Bolloré.

Dans ce contexte il est aisément imaginable que le régime d’Alpha Condé, grand ami de la France ait directement fait pression sur le Ministère de l’intérieur pour récupérer Abdoulaye. 

 

Loin d'être un cas isolé, l'expulsion imminente d'Abdoulaye n'est qu'un exemple du racisme d'Etat et de la politique d'expulsion du gouvernement français.

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