J'ai un problème, avec Tariq Ramadan...

J'ai un problème, avec Tariq Ramadan, et ce n'est pas que je l'aime. Je crois bien que ce serait plutôt... "Allô, quoi ?", comme le dirait la penseuse la plus fulgurante de ce premier quart du XXIe siècle. Parce que le "en même temps", ça va bien cinq minutes !

J'avoue ne pas avoir toujours suivi l'actualité avec attention, ces dernières années, même si je suis abonnée à Médiapart depuis 2010, à la faveur de l'affaire Bettencourt, cette incroyable telenovela que j'ai suivie émerveillée, les yeux et les oreilles écarquillés, et à laquelle a succédé, cette année-là, l'aventure tout aussi rocambolesque de la coupe du monde de football en Afrique du Sud. Pour ceux qui l'ont vécu, Ribéry déboulant sur Télé-Foot avec ses tongs, c'était tout de même quelque chose !

Ensuite, je ne me suis jamais désabonnée, mais sans porter suffisamment d'attention à toutes les polémiques, ni fréquenter vraiment le Club. C'est pourquoi, des affaires Ramadan, je n'avais retenu que des bribes :

- C'est l'homme qui a parlé un jour de moratoire sur les lapidations.

- Sans doute pour démontrer son "sens de la mesure"? Ou pour faire "bonne mesure"?

- Non, tu rigoles, il a dit que c'était comme la peine de mort aux États-Unis... Qu'on ne pouvait y aller qu'à tâtons...

- Ah bon ? mais c'est quand même du grand n'importe quoi, non ?

- J'en ai un peu l'impression.

Ou alors (là, ça m'avait réveillée), une interview que je n'ai pas retrouvée, tant le Net est désormais saturé de mots clés relatifs à cet influent penseur, et qui disait, quelque part, qu'il est normal qu'un homme, lorsqu'il écoute un opéra ou du chant, tout particulièrement une voix féminine, sente en lui monter tellement de sève, vu que c'est beau, une voix féminine, qu'à la fin de la fin, n'écoutant que son érection, il finisse par se jeter sur elle. (Je résume vite fait, je le reconnais.)

Là, je m'étais insurgée : faut-il qu'il ait tant de mépris pour son auditoire, cet homme-là, pour ne s'adresser qu'à des Cro-Magnon incapables de discernement et si aptes à la fornication ?

Bon, depuis, il faut dire que j'ai suivi attentivement un cours du Collège de France, diffusé la nuit sur France-Culture, et d'où il ressort que l'Homme de Cro-Magnon était sans doute beaucoup plus gentil et pacifique que l'Homo Sapiens...

Dont acte, au temps pour moi.

Ensuite, ou plutôt avant cela, Pasqua ou Debré avaient voulu l'expulser, le pauvre...

- Alors, bon, en ce qui me concerne, Pasqua ou Debré, ce n'est pas trop ma tasse de thé...

C'est vrai, mais imaginons que Nicolas Sarkozy vienne me dire, un beau jour, que ce matin, il pleut (improbable mais sait-on jamais ?) Je ne sais pas vous, mais moi, je serais tentée de jeter un coup d’œil à la fenêtre, avec la conséquence inévitable que s'il pleut vraiment, et bien, je me retrouverais d'accord avec Nicolas Sarkozy, complètement par hasard... Après tout, il en va ainsi de tous les démagogues... il y a forcément du vrai dans ce qu'ils racontent, un jour, et ce n'est pas une raison pour culpabiliser. Donc, si vous continuez à me suivre, ce n'est pas parce que Wauquiez réclame la démission de Darman...

Zut, j'ai encore perdu le fil.

Revenons à Ramadan. Comment peut-on accorder un quelconque crédit à un type capable de débiter autant de sornettes ? Voilà ce que je m'étais dit, à cette époque, pauvre de moi.

D'où ma stupéfaction, ces derniers jours, de lire partout, répété avec constance, que l'islamologue respecté, Tariq Ramadan, serait accusé de viol !

Honte à moi, je tombe des nues, je trébuche du placard... J'ai appelé toutes mes copines, pareil... Avec toutes nos études supérieures, pas l'une d'entre-nous n'avait capté que Tariq Ramadan serait un grand penseur, pas une ! Pas même foutues de lire la presse attentivement pour succomber au charme de l'immense pouvoir de séduction de Tariq Ramadan, qui cause si bien dans le poste, qui a réussi à se dégotter une chaire dans je ne sais plus quelle université d'Angleterre, qui dialogue avec Edgar Morin et qui passe même chez Thierry Ardisson, c'est dire !

Cela doit être un effet de la fracture sociale, sûrement...

- Non, pas du tout, c'est à cause du racisme et de l'islamophobie !

- Et quel est le rapport entre les deux ?

- ...

 

Donc, résumons-nous : courage à Henda Ayari, courage à toutes les féministes musulmanes et vive la laïcité !

 

 

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