Lonesome Paul, by le long du périphérique...

Paul à la plage 1.

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Je leur avais dit au moins deux choses, à mes fils. La deuxième, c'est quand ils avaient dans les douze-quinze ans, je leur avais dit : "Le jour où quelqu'un, dans le métro ou ailleurs, cherche à te tirer ton portable, mon gars, tu ne fais pas le con, tu ne fais pas le zouave, tu ne joues pas à Batman non plus, tu le lui donnes." Et tu reviens, tu reviens tout nu ou en slip, mon fils, mais tu reviens.

Ce qui a bien servi, parce qu'évidemment, Arnaud se l'est fait tirer à la sortie du lycée, un jour, et par des gars qui n'étaient même pas pauvres et, comme il me l'a dit plus tard, même pas bronzés. Cinq ans après, rebelote avec Paul, mais là, c'était encore plus drôle. Il avait eu l'étourderie de passer le long du périph, Paul, et les trois gars l'avaient serré de près :

- Fais voir ton portable, on voudrait le voir de plus près.

- Et fais voir ta montre, aussi, pendant que tu y es...

- Et ne fais pas le mariole.

Après, il s'était passé un truc bizarre, ils avaient laissé tomber. Paul était revenu à la maison, très déprimé. Il avait beaucoup de mal à me raconter la suite, il était un peu secoué.

- Tu sais, maman, ils m'ont dit, fais pas le mariole... Et alors, tu ne me croiras pas...

- Comment ça, pas le mariole, tu t'es fait agresser ? Mais pourquoi tu es passé le long du périph, je te l’ai dit cent fois, Paul, s'il te plaît, écoute ce qu'on te dit, mon chéri ! Ils t'ont fait mal, tu vas bien ?

- Non, pas du tout, finalement, ils m'ont laissé partir, mais je comprends pas...

- Tu ne comprends pas quoi, mon chéri, qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?

- Ben, rien, mais ma montre, ils en ont pas voulu...

- Ils n'en ont pas voulu ??

- Ben non, comprends pas, c'est une Swache, ma montre, c'est pas bien une Swache ? Faut dire que mon portable, il était pourri aussi, alors c'est peut-être pour ça qu'ils n'ont pas voulu de la Swache... Pourquoi j'ai toujours des trucs pourris, moi ?

- Je ne sais pas mais, pour le coup, on peut s'en féliciter...

Donc, c'était une très bonne idée, de lui avoir dit ça.

Bon, mais la première chose, me direz-vous ?

La première chose, quand ils étaient un peu plus jeunes, vers cinq-dix ans, c'était : "Si un jour quelqu'un fait quelque chose avec toi que tu trouves bizarre, simplement bizarre, que tu n'aimes pas, que tu ne souhaites pas, par exemple avec ton corps, parce que ton corps il est à toi, et bien mon fils, ce jour-là, tu nous en parles. OK ?"

- Oui, m'man, mais bon, vois pas pourquoi tu dis ça, j'en parle moi, quand il m'arrive kek'chose.

- Tant mieux.

Et, là aussi, je crois que c'était une très bonne idée.

 

 

 

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