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Billet de blog 2 janv. 2022

Les chiffres ne mentent pas, quel mensonge

Les chiffres ne mentent pas. Il semblerait que ce petit slogan ait disparu des spots publicitaires en faveur de la vaccination urbi et orbi ...

Emma Rougegorge
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Établissons d'abord soigneusement  les faits.
Après, vous pourrez les déformer comme bon vous semble.

Mark Twain

Les chiffres ne mentent pas, il semblerait que ce petit slogan ait disparu des spots publicitaires en faveur de la vaccination urbi et orbi qu’on nous inflige régulièrement et qui sont souvent assez réussis, soyons honnêtes, parce que j’aimais bien « Je revviens te cherrcher », pom, pom, tralala… Que les chiffres ne mentent pas, en revanche, c’est une contre-vérité tellement hénaurme, que j’en suis restée sur le flanc : chaque fois que je l’entendais, cette proposition, cela me remettait en mémoire le fait avéré que « 100% des gagnants ont tenté leur chance ». Et aussi ce que m’avait écrit un directeur, un jour, pour m’alerter sur l’incroyable dérive des effectifs dans la petite structure que nous venions juste de monter. Le type était pourtant diplômé d’une école d’ingénieur et il m’écrivait froidement :

Je vous alerte sur le fait que cette société connaît une dérive préoccupante : en moins d’un an, les effectifs ont augmenté de 400% !

Enfer et damnation, j’avais manqué à tous mes devoirs de vigilance, de contrôle, etc. Donc, je suis bien entendu allée vérifier, pour m’apercevoir que finalement le directeur disait… presque vrai : en moins d’un an, les effectifs étaient passés… de 1 à 4. Même si je ne maîtrise que les quatre opérations, et encore, je sais quand même que 1 à 4, ça fait + 3 et que + 3, ça ne fait pas 400%. En d’autres termes, 1 + 400%, ça fait 5, déjà.

Bon, mais même si je rectifie cette faute d’inattention, considérant que les effectifs ont bien été multipliés par 400%, est-ce que les chiffrent mentent, ou pas ? Est-ce que dire 400% plutôt que par 4 est une forme de tromperie ?

Ben oui. C’est une tromperie vis-à-vis des crédules, des flemmards et des mauvais esprits qui, ensuite, iront parcourir le monde et les couloirs de Bercy pour dire que cette fille est une folle et qu’elle va nous bousiller les finances publiques. 400%, tu te rends compte ? C’est également trompeur parce que ce n’est pas contextualisé et que lorsqu’on démarre une structure, il faut bien commencer par 1,2,3,4, quoi de plus normal ? Et ne croyez pas que ce n’est qu’un petit exemple sans incidences, parce que ce genre de raccourcis, c’est toute la journée… Je trouve que les chiffres mentent tout le temps, Covid ou pas Covid, par défaut de culture et de contextualisation. Ridicule d’égrener un nombre de morts sans le dénominateur et sans dire combien seraient morts sans la pandémie. Ridicule de crier à la panique sans déflater l’augmentation du nombre de contaminations par la multiplication du nombre de tests, ridicule de dire « tu vois bien que ça marche, puisque... » à travers une corrélation sommaire. L’absence de vérification et de contextualisation, que ce soit en Histoire (je picore une phrase chez Machin et je te la plaque sur aujourd’hui, ah, ah, qu’est-ce que c’est vrai, tu n’as aucun argument pour me contredire) ou par l’onction des mathématiques (abscisse, ordonnée, pourcentages et régressions linéaires, ça fait sérieux) est un mal endémique, aussi délétère que le « pour ou contre et pas de discussion».

Au « pour ou contre et pas de discussion », je me plante tout le temps, d’ailleurs. L’autre jour, j’entends à la radio un type disant « Ah, lala, j’ai failli en tomber du placard : alors, avec le nouveau système, les gens testés négatifs mais pas vaccinés n’auront pas le droit de circuler, alors que les positifs vaccinés pourront se balader ? C’est ridicule ! ». Ben oui, que je me dis, ben oui. 

Pas de bol, c’était Dupont-Aignan.

Comme je ne m’imagine pas une seule minute voter pour lui, voyons voir… Pourquoi donc ?

Je crois, comment dire, que c’est parce que je contextualise. C’est pour cela que la liste de commissions des programmes me laisse froide : à moyen terme ou à long terme, c’est la ligne de valeurs, qui devrait importer, d’où ils viennent, d'où ils parlent et comment ils réagiront face à l’imprévu, à ce qui ne sera pas contenu dans la liste. C’est aussi pour cela que je suis très méfiante vis avis du référendum, populaire ou pas, et que je finis même par douter de l’élection présidentielle au suffrage universel, complètement dévoyée de mon point de vue depuis qu’on a ramené le mandat à cinq ans et collé les législatives par-dessus. Aucune corde de rappel, même pas de mid-term election… Résultat, j’en veux à Chirac et à Jospin, pour ladite réforme, et je ne suis pas en extase devant Taubira. À la fois parce que toutes ses positions n’ont pas été claires, que les radicaux de gauche genre Baylet et Sylvia Pinel ne sont pas ma tasse de thé et que je reste une traumatisée de 2002. Dix-sept candidats au premier tour, c’est ça ? J’ai bien lu l’article de Mdp disant que c’était simpliste, comme idée, de penser que Christiane Taubira avait fait tomber la gauche en 2002, mais voilà, c’est l’élection présidentielle elle-même, qui est simpliste. Quand j’étais jeune, je ne me souciais pas de « perdre ma voix » à chaque élection, j’étais habituée. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal avec la dispersion et j’imagine le pire du pire au second tour, à force d’entendre : « Ah, je vais voter pour lui ou pour elle, parce qu’on n’a encore pas essayé », ce qui me paraît le comble du défaut de culture.

Bon, mais ceux qu’on déjà essayés… Oui, oui, je sais, on ne va quand même pas nous refaire le coup de 2017. Je sais aussi que c'est simpliste, les calculs, mais il n'empêche que tous ceux que je côtoie me disent la même chose : s'il y avait quelqu'un en face, Emmanuel Macron perdrait les élections. Sauf que ce sera qui, en face ?

Donc, pour les présidentielles (arrgh, c’est dans pas longtemps), je vais encore sortir ma calculette et je te fiche mon billet que les chiffres me mentiront : il n’y aura que des sondages et des probabilités, ce n'est pas maîtrisable et on ne peut pas fonder une démocratie représentative là-dessus. Le seul truc, c’est que je suis partie pour voter différemment aux législatives qu'au second tour, mais je ne sais pas si ça me rassure.

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