Tariq Ramadan, le voile est enfin levé...

Courage à Henda Ayari, courage à toutes les féministes musulmanes et vive la laïcité !

Le Coran, c’est comme la Bible et ses exégèses, figurez-vous, il y en a toute une pléiade d’interprétations : littérale ou spirituelle, allégorique, morale, anagogique, téléologique, métaphorique ou parabolique, mystique… j’ai oublié les autres. Alors pourquoi s’étonner que Tariq Ramadan soit « l’homme aux mille discours », comme le rappelle si bien Mathieu Magnaudeix dans l’un de ses articles (je ne sais toujours pas poster des liens mais je vous fais confiance, vous trouverez tout seuls, je crois en l’autonomie du lecteur.)

Dans mon précédent billet, j’ai dit que j’avais raté la montée de l’influence de Tariq dans les années 1990 et j’en ai un peu honte. Pour autant, qu’on ne me prenne pas pour une buse ou, encore pire, pour une pouffe qui n’aurait « rien sous l’Oréal » (Claire Bretécher, Agrippine prend vapeur), j’ai bien compris !

J’ai bien compris que la question était de savoir pourquoi la gauche était aussi empotée au sujet de ce « penseur influent», à tel point que cela nous divise Charlie et Mediapart, ce qui m’afflige au plus haut point.  J’ai bien compris, et d’autres, qui ont lu des pages et des pages, le disent beaucoup mieux que moi, avec toutes les références et les nuances qui vont bien.

En ce qui me concerne, j’aime bien parler crument et sans détours, j’aime bien le « langage vert », ce qui n’exclut pas la réflexion. Alors, allons-y gaiement !

Dans ce pays, les gens, tout au moins ceux qui votent pour la famille Le Pen depuis des décennies, n’aiment pas les Arabes. Et ne me dites pas que c’est à cause d’une interprétation allégorique de la Bible qui s’opposerait à une version plus ou moins conformiste ou rétrograde de la lecture du Coran. C’est tout simplement qu’ils n’aiment pas les Arabes, parce que, parce que… parce que d’abord ! Ils sont comme ça, ils ont souvent du mal à verbaliser.

(Dans le prochain billet, je vous poste une nouvelle d’à peine deux pages qui l’exprime de façon beaucoup plus littéraire : Un jour de trop.)

Et le voilà, le dilemme de la gauche : si l’on tape sur Ramadan, on va nous prendre pour des racistes et des islamophobes… alors écoutons, dissertons, soulevons les paradoxes, « exégèsons », « exgécisons » à n’en plus finir… y compris chez Thierry Ardisson et avec la caution d’Edgar Morin. En attendant, laissons les banlieues aux imans, oublions que l’école était autrefois un rempart contre l’obscurantisme et les théories du complot, et commençons à douter de la laïcité, conquise de haute lutte à travers la loi de 1905.

En revenant à l’esprit du Concordat ? Et à chacun son école ?

Pour moi, la démission des élites, des intellectuels et des médias, c’est leur incroyable incapacité à savoir (ou vouloir) exprimer simplement les questions complexes et leurs nuances. Ce devrait être cela, leur boulot, la pédagogie. Comme ils ne le font pas, trop préoccupés du murmure des sondages, essayons, essayons sans eux.

Si l’on revient sur la question de l’islamophobie, pourquoi toujours nous accoler ensemble « le racisme et l’islamophobie » ? Le racisme, cela consiste déjà à postuler qu’il y a des races, puis à juger les individus en fonction de leur supposée race, puis à considérer que certaines races seraient supérieures aux autres…

Je suis la personne la moins raciste du monde et mes enfants le sont encore moins que moi, en ce sens que cela ne leur traverse même pas le citron, le racisme. C’est en dehors de leur système de référence. Ils ne captent pas, ce qui me rend d’ailleurs très optimiste, peut-être à tort, sur les jeunes générations…

En revanche, l’islamophobie, qu’est-ce que cela veut dire ? Rien à voir avec l’homophobie ou la xénophobie, forcément, puisque l’islamophobie ne renvoie pas à une caractéristique de l’individu mais à une croyance. Et l’on n’a pas le droit ? On n’a pas le droit de ne pas trop l’aimer, cette croyance ?

Personnellement, j’avoue que j’ai été assez « cathophobe », dans ma jeunesse, et que je coince encore un peu sur le voile, dans ses déclinaisons les plus ostentatoires. Comme j’ai eu des débats très tendus avec beaucoup de mes ami(e)s sur ce thème, je vous livre ma pensée toute crue, et vous en ferez ce que vous voulez :

- J’ai toujours été beaucoup plus préoccupée, indignée, révoltée, de la situation des femmes que l’on oblige à porter le voile, dans leur pays, dans leur famille, que de celles qui veulent le porter à tout prix et qui, parfois, c’est vrai, se sentent stigmatisées dans des pays pourtant démocratiques, ouverts et laïcs.

Et le voilà, le dilemme du féminisme, après celui de la gauche !

Donc, une fois évacués les deux problèmes précédents, on devrait pouvoir s’exprimer librement, non ? Quel sparadrap, ce Ramadan, quel incroyable démagogue, quel sirupeux tartuffe !!! Très franchement, j’ai beaucoup de mal à croire à son innocence. Et le dévoilement que permet cette affaire est tout à fait inespéré.

Ouf, ça fait du bien !

Courage à Henda Hayari, courage à toutes les féministes musulmanes et vive la laïcité !

 

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