Ramadan, Darmanin, Hulot, à quoi riment ces comparaisons?

Une fois qu’on a tout dit, que reste-t-il de nos indignations ? A force d'avoir tout mis dans le grand sac à buzz ? A force d'avoir dit que tout est dans tout et réciproquement ? C'est pour moi un grand sentiment de malaise, finalement : l'idée que, dans ce pays, la parole des femmes continue d'être reléguée aux oubliettes, inaudible. A grands coups d'amalgames et de comparaisons spécieuses.

Pouce !

Une fois que tout le monde y est allé de la présomption d’innocence, ce principe absolu érigé en dogme et paré de tant de vertus, que certains ont crié au lynchage médiatique ou au voyeurisme, que d’autres se sont lancés dans des considérations hasardeuses sur les call-girls, les pipes et tout ce qui s’en suit, sur le fond musical tellement connu qu’elles l’ont bien cherché, qu’il n’y a de corrupteurs qu’autant qu’il y a de tentatrices (en porte-jarretelles) et que, parole contre parole, il est bien certain qu'on nous cache tout, on nous dit rien, ce qui fait que, bien sûr, cela cache quelque chose, que c’est deux poids deux mesures et que, d’ailleurs, retenez-moi ou je fais un malheur, si ça continue, je vais me désabonner… Une fois qu’on a dit tout cela, si nous nous posions un peu ? Qu'est-ce qui demeure, aux yeux de l'opinion ?

Il n’est pas contesté que les deux piliers de la justice pénale soient la présomption d’innocence et le secret de l’instruction.

Dans l’affaire Ramadan, les faits présumés sont terriblement graves (parce que, si c’est vrai, cet homme est tout de même un dangereux psychopathe, avec une audience et des réseaux capables d’enserrer les présumés victimes dans une toile de terreur) que l’on ne peut s’imaginer que les juges d’instruction ne se posent pas la question du maintien en détention. C’est une question de bon sens, à tout le moins… On ne peut pas nous expliquer à n’en plus finir que, dans tellement d’affaires sordides, si la police et la justice avaient fait leur boulot, on n’en serait jamais arrivé à une récidive et, dans le même temps, crier à l’abus du principe de précaution, ce n’est pas logique.

Je ne vois donc pas du tout en quoi il serait choquant que M. Ramadan soit emprisonné et, quant à savoir pourquoi, cela relève du secret de l’instruction, c’est une décision que les juges ont prise en fonction des éléments dont ils disposaient et que, sans doute, nous ne connaissons pas tous (il faut l’espérer, sauf à dire que le secret est une passoire.)

Darmanin, ensuite...

Dans le cas de l’affaire Darmanin, on n’en est pas à la mise en examen, première différence, on en est seulement aux préliminaires, si je peux me permettre cette allusion douteuse. Et les faits présumés, tout au moins ceux que nous connaissons, quel que soit le jugement moral que nous puissions porter, quoi qu’on en pense, sont incontestablement moins graves du point de vue de la justice. Il n’est pas accusé d’avoir violé et battu une femme handicapée, de l’avoir traînée dans une baignoire et … passons. La justice dira si la qualification de viol est retenue mais, du seul point de vue de la justice, il n’y a pas la même urgence que dans le cas précédent.

En revanche, s’agissant des faits non démentis, les vraies questions sont liées à ce que l’on est en droit d’attendre d’un ministre de la République, en matière d’intégrité, d’éthique et de déontologie. Dans le domaine des faveurs ou des violences sexuelles tout autant qu'en matière de fric, de fisc ou de passe-droits.

Deux poids, deux mesures, peut-être, diront tous ceux qui pensent que la dame « n’avait qu’à pas »… Sinon que le principe d’égalité n’a jamais consisté à « traiter tout le monde pareil », sauf en matière de Droits de l’Homme. En matière de droits fondamentaux, en tant qu’êtres humains, nous sommes tous à égalité. En matière d’autres droits, le principe d’égalité consiste à traiter de la même façon tous ceux qui sont « dans la même situation » par rapport à la question posée (par exemple, les allocations sous conditions de ressources.)

Et l’on ne me dira pas que le ministre Darmanin et les femmes qui se sentaient ses obligées étaient à égalité de situation. Ni que c'est d'abord au citoyen, d'être exemplaire, alors que le citoyen ou la citoyenne lambda ne disposent pas des mêmes privilèges que les puissants. Ni que la dignité de la fonction n'en n'a pas été écornée. Et quant à l'idée que "tout le monde le fait", elle m'insupporte. Dans toutes les affaires, quelles qu'elles soient, je ne vois vraiment pas en quoi le fait que "Machin a fait pire et souvenez-vous de Truc" serait un argument. Je ne le vois vraiment pas, sauf à dire que rien ne changera jamais. En tous les cas, si rien ne doit jamais changer, qu'on ne vienne pas me bassiner avec la Révolution.

En définitive, la question est politique : c’est bien joli de nous prévoir des lois et des circulaires sur les violences sexuelles et la lutte contre le sexisme, mais c’est désormais inaudible.

Hulot, enfin.

Et bien Hulot, on n’en sait rien. C’est une affaire qui ressemble beaucoup plus au départ de l’affaire Baupin qu’aux précédentes. Rumeur fondée ou rumeur infondée ? Sur le viol présumé passé, la justice a déjà tranché. Y-a-t-il lenteur, obstruction, protection, il n’est pas impossible de le penser mais, dans ce cas-là, à défaut d’informations plus tangibles, on voit mal pourquoi la présomption d’innocence ne s’appliquerait pas, étant entendu que de nouvelles révélations nous ramèneraient forcément au même cas de figure que dans l’affaire Darmanin.

Alors, à quoi rime tout ce salmigondis ? De lire partout que ce serait  n’importe quoi et que le pauvre Ramadan serait stigmatisé par rapport aux autres, que ce soit par islamophobie ou pour autre chose ? De relire, encore et encore, qu'on en a marre de ces histoires et laissons la justice travailler ?

A mon avis, c'est une façon très efficace de noyer le poisson. Et le pire, c'est que ça marche. S'agissant du ministre Darmanin, on pourrait même soutenir qu'il a beaucoup de bol, d'être ainsi planqué derrière plus gros poisson que lui. Dans quelque temps, si d'aventure la qualification pénale des faits n'est pas retenue, il viendra clamer la main sur le cœur, et sous une nouvelle salve d'applaudissements, qu'enfin son honneur est rétabli, et combien ce fut difficile pour lui, de résister à toutes ces calomnies...

Quant au reste, ce ne sera plus qu'une vieille lune !

 

 

 

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