Flaubert ou le miroir éclaté...

Dans "Le Journal de Fifi" (2)

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Je sais, je sais, Fifi ne plaît pas à tout le monde. Pas plus que moi, j'en suis consciente, mais je suis au regret : il se trouve que cette conscience de ma non plaisantitude, loin de me décourager pourtant, ne fait au contraire que m'encourager plus avant dans la recherche éperdue de l'immense plaisir transgressif que j'éprouve à raconter n'importe quoi, ou apparemment n'importe quoi diront les plus indulgents, bienfaisants, pauvres frères humains frappés d'imbécile bénévolence ou sans doute abrutis de pastis et rongés par la canicule qui n'épargne personne, pas même les inclus du 16e arrondissement (où je suis allée folâtrer vendredi 3 août dernier en compagnie de qui vous ne savez pas.)

Las, encore un billet pour rien, vous direz-vous, et vous n'aurez pas tort.

En même temps, en même temps, sans doute n'aurez-vous pas forcément raison, sauf si jamais vous êtes du bon côté de la force : par exemple en villégiature à Bormes-les-Mimosas (quand j'étais petite, j'y faisais du camping et on allait parfois à la cafétéria Flunch avec mon père, ma mère, mon frère, à siroter des glaces à l’eau c'est bien pour ça que je dis ça) ou planqués quelque part à consulter les courbes mélodieuses du CAC 40 plutôt que de vous retrouver comme moi, vautré(e)s sur un canapé à regarder la télé (e?) tout en vous disant que vous auriez pu employer tout ce temps, si vous en aviez eu le courage, à lire ou relire Les Méditations de Descartes.

Or donc, quel rapport avec le titre ?

Et bien, c'est une histoire, une petite histoire, une anecdote, parce que c'est l'été et que les jours commencent à se dégonfler. Autrefois, il était une fois un Cénacle que je ne nommerai pas, qui ne créchait pas rue d'Ulm et encore moins rue de l'Université mais pas loin d'un parc, non plus, et où l'on aimait bien aller pêcher les truismes. Parmi les truismes, vous le savez sans doute, il y a "De tout temps l'Homme", premier au classement des commencements de dissertations. De tout temps, l'Homme ou l'homme a chassé, a pêché ou a péché, a eu besoin de ses couilles ou de la cueillette, de la chasse et de la pêche, aussi, pour se nourrir... Bref, il a tout le temps fait pareil, ce con.

Ce que je ne crois pas. Je crois à l'accélération de l'Histoire : en résumé, que l'Homme a plus consommé, de 1945 à nos jours, qu'il ne l'avait fait des commencements de l'humanité à 1945. Et, de surcroît, je pense que c'est un fait irréfutable. J'appelle ça de la connaissance.

Les autres trucs, par exemple Dieu ou l'Immaculée Conception, j'appelle ça de l'opinion. Et encore, vérifiez sur Wikipédia : l'Immaculée Conception, c'est un dogme très tardif et tout le monde se trompe à ce sujet. Très peu de gens savent ce que signifie ce dogme. Ce qui ne les empêche pas d'en parler à leurs enfants avec beaucoup d'autorité, sans savoir, et parce qu'ils n'ont pas vérifié leurs connaissances.

OK, mais quid de Flaubert ? Et bien, le miroir éclaté, c'est également un truc que vous pouvez dire de tout, pour commencer un billet : une problématique tout faite, comme Delenda Carthago, disait le grand Caton... Flaubert, Zola, Maupassant, Marcel Proust ou Chateaubriand, tous ceux-là ou le miroir éclaté, je vous assure que vous pouvez le dire de tous nos auteurs et que c'est très sympa, ça vous fera une problématique et pourquoi pas une opinion.

Une de celles au sujet de laquelle vous pourrez dire à n'en plus finir : "Laisse-moi parler !"

- Non, laisse-moi parler !

- Non, c'est toi qui a commencé, à me couper la parole !

- Non, c'est toi, tu ne laisses jamais parler personne, intolérante greluche !

- Ben non, suis pas d'accord et faudrait pas tout mélanger : tant que tu me diras que le soleil tourne autour de la terre, je ne vois vraiment pas pourquoi je te laisserais parler.

- Alors, là, je vais chercher mes copains et ils te feront ta fête...

...

Ce n'est pas seulement le retour du religieux, qui me frappe, en ce début du XXIe siècle, c’est plus généralement cette confusion permanente entre la connaissance et l'opinion, comme si tout se valait. Et c'est cela, qui rend si difficile le participatif. C'est cela, le fait nouveau : que tout se vaudrait sur l’agora numérique, ce qui, à l'évidence, n'est pas le cas.

C'est pour ça que c'est difficile, toujours sur le fil du rasoir, ce qui veut dire aussi que nous sommes tous un peu hypocrites, dans nos indignations qui se passent du savoir.

En conséquence, autant naviguer sans trop se prendre au sérieux, non ? Juste pour naviguer, pour découvrir, pour apprendre...

Et merci à Médiapart, pendant que j'y pense : figurez-vous que j'ai trouvé dans votre espace ce que je n'étais pas venue chercher et que je désirais tellement, peut-être sans le savoir.

 

AOC : https://blogs.mediapart.fr/emma-rougegorge/blog/270518/miscellaneous

 

 

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