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Billet de blog 10 octobre 2020

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Overdose du soir, en attendant le matin

Je zappe un peu, ce soir. Mauvaise idée, mauvaise pioche, vivement demain matin.

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Je zappe un  peu, je l'avoue. On a beau avoir cinquante chaînes de télé, faut toujours zapper, pour se rendre compte qu'il n'y a rien à zapper. Après un coup de fil, souvent, je la laisse sans le son, la télé, et les images défilent, tandis que je fais autre chose. Ça me fait un peu une compagnie, vous voyez. Un chien, ce serait trop compliqué pour moi, parce que j'habite en ville et que ça ne lui plairait pas, au chien.

Non que je sois contre la télé, remarque, j'assume. C'est comme les soirées d'antan, la télé : Noëlle aux quatre vents, Le 16 à Kerbrian, les trucs que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, alors c'est difficile d'y renoncer, au petit écran. Le même divertissement à la même heure, pour tout le monde et les enfants en pyjama, il en reste encore quelques traces. C'est pour ça que je laisse les images défiler, même si j'ai toutes les autres panoplies connectées qu'il faut (Apple, la tablette, le smartphone, les deux ordinateurs, Netflix, tout ce qui s'en suit...) et que pas mal des jeunes de mon entourage peuvent me pirater tout ce que je veux, comme film. Bon, mais avant de regarder les films piratés ou la playlist de Netflix, je jette un coup d’œil à la télé, c'est plus fort que moi.

Et qu'est-ce que je vois, à la télé, qu'est-ce que j'entends, vous ne me croirez pas. Non, non, vous ne pourrez pas me croire.

Ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu ce soir, dans un fugace éclair de publicité, je vous le donne en mille, c'est la même chose que ce que j'avais capté sur France Inter, ce matin et les jours d'avant, dès potron-minet : Carla Bruni, et d'une, Julien Doré, et de deux !!

Et là, je me dis qu'il y a quelque chose qui cloche. Julien Doré, d'ailleurs, je le retiens. À peine révélé par cette émission, À la recherche de la nouvelle star ou un truc comme ça (non, ça ne peut pas être L'amour est dans le pré, je me souviendrais), eh bien trois mois après, le Julien, il faisait déjà un duo avec Carla Bruni. C'est dire si M6 a de l'entregent, quand même.

Et alors, me direz-vous ?

Alors, alors, je m'interroge : on ne va tout de même pas me raconter que ce sont les deux événements musicaux de la saison, ces deux-là, non ?

Je ne sais pas, moi, je n'ai pas tant que ça l'oreille musicale et je dois reconnaître que je marche souvent à n'importe quoi. Mais tout de même. Dans ma grande humilité, je suis à la fois capable de dire que je n'ai pas d'oreille et que la richesse de tout ce que j'attrape parfois, comme musique, me bouleverse. J'entends, je vois, je suis souvent abasourdie par tant de jeunes talents, par tant d'orchestres, de quartets, de duos, de solos, de voix impressionnantes, de basse, de gorge, de souffles éraillés, de limpides cristallins, de groove et de toussa... J'en reste parfois par terre, de leur créativité, de leur inventivité, de ce don qu'ils ont pour transcender le réel et me faire vibrer, rire ou me pâmer.

Sauf que ceux-là, je ne les entends jamais à la télé ou sur la radio publique, jamais.

Pas grave ? Je peux aller ailleurs ? Peut-être.

Sinon que lorsqu'on commence à douter pour la musique, on finit par douter de tout. Vous allez peut-être vous moquer de moi mais finalement, finalement, je me demande... Je me demande si tous ceux que j'entends sur les ondes, le matin, les invités, par exemple... Les ministres, c'est vrai, je ne les écoute pas vraiment, parce qu'on sait d'avance ce qu'ils vont dire : nous avons pris toute la mesure de la situation et nous faisons tous les efforts... Mais les oppositions ? On nous sort les caciques du PS, les gloires montantes et les premiers de cordée présentables du Rassemblement national, les économistes en vogue, tous ceux qui ont écrit des livres ou fait des films, mais pourquoi ceux-là ? C'est bête, ce que je vais dire, mais j'ai quelquefois l'impression qu'ils ont été fabriqués pour l'occasion. Comme Carla Bruni et Julien Doré. Que dans une autre vie, peut-être, s'ils n'étaient pas déjà là et qu'ils ne se connaissaient pas tous, eh bien, ils n'existeraient pas. Aucune raison de les écouter plutôt que les autres.

Voilà, alors c'est l'overdose, et comme j'ai raté le programme du soir, je vais aller dormir jusqu'à demain matin. Demain est un autre jour et on verra bien, si ce que je dis est vrai ou si j'hallucine.

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