Paul à la plage (Série)

2. La Blonde et moi.

La Blonde et moi

 

 

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Il avait dans les 13-14 ans, Paul, ce jour-là.

On regardait la télévision, une sorte de film à thèse, avec Nicolas Cage dans le rôle principal et Diane Kruger dans celui de la blonde accessoire. Benjamin Gates et le Trésor des Templiers, je crois, mais c'est sans garantie. Toujours est-il qu'il fallait s'accrocher un peu pour comprendre le propos, d'une incroyable densité historique : Benjamin était à la recherche d'un trésor et, pour avoir une chance de mettre la main sur lui (le trésor) il était indispensable qu'il arrive à retrouver la version originale de la Déclaration d'indépendance des États-Unis. Toujours sans garantie, mais c'est à peu près ça. L'important, dans l'histoire, c'est que pour arriver à retrouver la Déclaration d'indépendance de 1776, il avait eu l'idée de farfouiller un peu dans les archives et de s'allier les services d'une remarquable journaliste, en la personne de Diane Kruger.

Là, vous commencez à comprendre le topo, pas trop tôt.

Paul et moi, on avait donc l’œil rivé sur l'écran (même si j'ai bien conscience que ce n'était pas forcément au même endroit de l'écran.) À un moment, comme souvent dans ce genre de films d'aventures à thèse et à rebondissements, on se retrouve forcément dans une crypte ou un puits sans fond grouillant d'insectes nécrophages, de mygales, d'araignées ou tout simplement de serpents venimeux. Et bien, dans ce film-là, pas du tout : il s'agissait d'une sorte de tunnel et l'on ne savait pas ce qui allait se passer, on n'en avait aucune idée, ni d'où surgirait le danger. Sinon que Ben, alias Nicolas Cage, était passé devant pour protéger ses compagnons d'infortune, parmi lesquels Diane Kruger, j'espère que vous suivez. Ben Nicolas se trouvait donc en tête, suivi de Diane Kruger et d'un obscur comédien de troisième zone, étant entendu que le lumpen-prolétariat des figurants sans aucun avenir autre que les allocations sociales, et encore aux USA c'est pas gagné, fermait la marche.

Ce qui devait arriver arrive, un peu brumeux dans mon souvenir, mais l'idée générale est qu'à un moment, Nicolas se retourne pour voir si tout le monde suit, qu'à cet instant précis Diane Kruger bute sur une brindille ou un serpent venimeux et qu'inévitablement, elle lui tombe dans les bras, d'où la grande révélation d'un baiser langoureux, en plein milieu du tunnel et sous le regard interloqué du gars qui suivait dans la file indienne. C'est donc là que le troisième zone prononce la réplique de sa vie :

- Pourquoi, ça m'arrive jamais, ça, à moi ?

...

Et qu'à ce même instant (de la réplique) Paul éclate de rire et qu'il se tourne vers moi (il est comme ça, Paul, il est nature.)

- Alors là, alors là, maman, tu ne devineras jamais !

- Je ne devinerai pas quoi ?

- Et ben, la coïncidence, c'est quand même fou, ce qu'il a dit, le mec, là...

- ?

- Si, ce qu'il a dit, le mec, là... Pourquoi ça m'arrive jamais, à moi ?

- Et bien ?

- Et ben, tu ne vas pas me croire, c'est exactement ce que j'étais en train de me dire !

...

En ce qui me concerne, ce que je me suis dit ce jour-là. c'est que c'est souvent à ces instants-là, à ces minuscules instants de vérité, ces petites brindilles de peccadilles, ces tout petits riens, que l'on comprend soudain... que les enfants sont devenus grands.

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