Oh, Xavier, Xavier...

Tu ne devrais pas me laisser la nuit, tu sais. J'écoute les infos jusqu'à minuit et après, je le regrette. C'est comme une histoire de Ligonnès, et il n'empêche que ça interroge.

C'est vrai, je ne fais que des conneries en ce moment. Par exemple, la nuit dernière, j'ai écouté France Info jusqu'à minuit.

Un vendredi soir sur la terre...

Le lendemain matin, j'avais la gueule de bois.

Pourtant ça partait bien, tu sais : un bandeau sur le Net pour dire que Le Parisien avait retrouvé... le gars qui allait nous assurer la Une de tout le week-end. Ce qui n'était pas de refus, remarque, car ce n'est tout de même pas avec la Turquie, la Syrie et les Kurdes qu'on allait faire recette, et vu que le match de rugby de chez les Nippons a été annulé pour cause de typhon, tu vois le malaise... Ils étaient bien contents, dans les rédactions, parce que l'info, il vaut quand même mieux que ça claque, et un peu tous les jours. D'accord, on pourrait aussi passer tout l'automne à décrypter le projet de loi de finances, mais au risque de lasser. Quand même un peu de lasser...

Alors, je me suis dit qu'on allait sûrement s'amuser. Pour un peu, j'aurais bien invité le frangin et la famille. On aurait sorti les bulles de champagne, les bretzels et les cubes de Vache-qui-rit, on aurait fait une raclette-partie ou un barbecue selon le temps, avec Champomy et Nutella à volonté pour les enfants, et peut-être même des Rochers comme chez l'ambassadeur... On aurait eu des discussions passionnantes sur l'Église, est-ce que tu crois que sa mère est seulement un peu piquée ou alors carrément ravagée ? sur la préméditation, est-ce que tu crois qu'il voulait se tuer à la fin ou est-ce que c’était pour refaire sa vie ? sur l'école privée, est-ce que ça les rend vraiment marteau ou sont-ils normaux? sur la frustration, est-ce que l'usure de la vie de couple est une fatalité ou les dessous chics peuvent-ils y remédier ? sur l'Immaculée Conception, que personne ne sait que c'est un dogme tardif de la fin du XIXe siècle auquel personne ne peut croire, sur les empreintes digitales, que personne ne sait non plus que les Écossais ne les calculent pas comme nous et d'ailleurs les bras m'en tombent, puis on aurait pu enchaîner... par exemple sur l'amour filial, l'instinct maternel, la PMA, puis, de fil en aiguille, sur la GPA. Ou alors se demander, peut-être, où était Castaner, pendant ce temps-là, ou est-ce qu'il allait danser le jerk ?

Bref, on allait bien rigoler, mais vlatipas que patatras.

Dès le lendemain matin, le proche n'était plus qu'un appel anonyme, les empreintes ne matchaient plus, le faux passeport était devenu vrai, le sombre criminel qui avait refait sa vie avec une Écossaise n'était plus qu'un p'tit gars des Yvelines issu de l'immigration, quelle désolation...

Quelle désolation, et à quand la prochaine ? De quoi allons-nous parler demain ?

Qu'on ne s'y trompe pas, c'est une alerte, une vraie catharsis. Un symptôme de ce que l'on constate de plus en plus, sur les ondes ou les réseaux, à enfourner de l'information non digérée et non hiérarchisée, à ingurgiter de la pub en permanence, sans même plus savoir ce que l'on entend, c'est une overdose.

Et que le service public de la radiodiffusion ne vienne pas nous donner des leçons de vertu. Il a comme les autres été à la ramasse, qu'il s'agisse de l'édition spéciale de France-Info jusqu'à minuit ou que France Inter y ait mis "des guillemets", comme ils s’en sont targués le lendemain matin, entre deux spots de pub sur Lapeyre que y'en a pas deux ou sur les collants de contention Sigvaris, que je ne recommande pas, d'ailleurs, étant donné qu'ils filent à grande vitesse, aussi vite que l'information.

PS : Une seule bonne nouvelle, figurez-vous : quand on tape "Dupon..." sur Google Actualités, ce n'est plus Dupond-Moretti qui vient en premier, carrément dépassé, le pauvre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.