♦ Le bLog et moi, le point final

Ils furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants... euh, non, enfin vous verrez...

capcod
Épilogue

 

Un jour, il y a longtemps, les Maytree furent jeunes.
Ils vivaient sur ce qui semble, encore aujourd’hui, la surface même de l’Antiquité :
tout au bout du Cap Cod, le « cap aux morues », cette sablonnière minérale exposée aux intempéries.

Annie Dillard, L’amour des Maytree.

 

 

– Tu te fais plaisir, là ?
– Oui tout à fait, je me fais plaisir avec la fin. Je reviens un peu en arrière ou je vaticine, mais ça me fait du bien. Oups, tu l’as mise où, ta main ?
– Sur tes seins. Je ne l’ai pas fait exprès mais tu le sais bien, cabotine. Je te demanderai plus tard la permission d’enlever ton… Ou alors ta… Je ne sais pas encore, on verra…
– Et après ?
– Pourquoi, après ? Tu veux toujours savoir l’après, Louise, alors qu’on s’en fout, de l’après, on verra bien… C’est le moment qui compte, elle n’est pas belle, la mer ? Le sel et la mer, le vent, les dunes, ça été dur de chercher mais j’ai trouvé… Personne, il n’y a personne, ici.
– Tu vas y rester, alors ?
– Oui, je crois, ça fera un changement positif pour ma thyroïde.
– Et je pourrai venir en vacances ?
– Bien sûr, que tu pourras… Ce sera ta maison, forcément ta maison. Tu pourras même inviter des gens.
– Tu m’as déjà dit ça la dernière fois et on a vu le résultat, alors que ce sera ma maison, j’ai du mal à y croire…
– Si, tu verras, il faut juste qu’on accorde nos violons… Que tu me laisses tranquille quand j’ai besoin d’être tranquille, et c’est tout.
– Remarque, cette fois-ci, elle est grande, la maison, tu pourras avoir au moins deux pièces pleines de fils et de cartons, et Ludo aura de quoi se promener… Si tu veux, on pourrait aussi installer deux cuisines, la tienne avec la gazinière et la cafetière italienne, et la mienne avec la plaque à induction, le micro-onde et la Nespresso ? Comme ça, tu pourras m’inviter quand je serai là, et comme ça…
– Arrête, Louise, ne recommence pas à faire des plans sur la comète. On est bien, non, aujourd’hui on est bien. Alors, respire, et tu ferais mieux d’arrêter de fumer.
– Oui, bon, j’y penserai. N’empêche qu’on a même de quoi payer la grande baignoire, pour que tu puisses te prélasser en écoutant des chants de baleine… Tu vois, je te l’avais dit, que ça allait marcher, l’affaire du bouquin…
– Oui, mais à quel prix. Ce n’est pas seulement la taule, ça je m’en fous, mais le déferlement de tous ces gens qui avaient décidé de filer en Lozère, comme si j’étais le petit Grégory ou le Da Vinci Code, alors là ça m’a fait mal, cette curiosité malsaine… Encore pire que pendant le premier confinement… Ils voulaient tous photographier Ludo devant ton rosier, ça devenait vraiment pénible, cette histoire. Insupportables, tous ces gens, leur présence est insupportable, ils sont insupportables. Encore plus que les camping-cars, sinon que ça doit être les mêmes. Comme on ne peut pas passer dans la rue, trop étroit, ils doivent aller le garer à l’entrée, près de la fontaine… Ensuite, ils déferlent, avec leurs mômes, leurs coups de soleil, leurs odeurs de frites ou de crèmes solaires, leurs appareils photo, je n’en pouvais plus…
– Un peu bien fait pour toi, quand même… D’autant plus que tu ne m’as pas aidée, quand je t’ai demandé de compléter ton audition, alors que tu aurais pu. Dommage, je t’aurais refilé 3% des droits pour un seul chapitre, un sur trente…
– Et qu’est-ce que j’aurais fait de 3% des droits ? L’argent, c’est toi, Louise, ce n’est pas moi… Et l’écriture, pareil… D’ailleurs, je t’ai répondu, je t’ai dit que si ça te faisait du bien, tant mieux, et aussi que je ne me sentais pas concerné. Et que ce n’était pas non plus la peine de mettre un encart, pour dire que je t’avais prêté mon identité. Alors pose-toi un peu, Louise, pose-toi.
– Ça, je ne sais pas, moi, j’hésite… Je voudrais que ça se voie, tu comprends, je voudrais le crier sur les toits et que tout le monde le sache, que tu es comme le magicien d’Oz, mon b…
– Non, non, ne recommence pas, tu avais promis.
– J’avais promis, moi ? Aucun souvenir…
– Si, si, tu l’as dit. La publicité, ça va bien cinq minutes, mais j’ai déjà déménagé une fois, je ne vais tout de même pas recommencer…
– OK, alors je remballe mes secrets d’archives, mais bon... En définitive, je ne suis pas certaine d’être fiable, comme personne. J’aime bien les grands déballages, moi, les catharsis et les ménages de printemps. J’aime bien que la vie soit comme un roman et qu’on ne s’ennuie pas.
– Alors, fais un effort.
– Un effort, c’est toi qui me demande ça ?
– Je n’ai jamais rien demandé, Louise, je te rappelle que je n’ai jamais rien demandé.
– Alors, tu regrettes ?
– Non.
– Alors, tu es content ?
– Oui et non.
– Mais oui comment et non comment ?
– Je ne sais pas.
– Pff, tu es désespérant…
– C’est ton opinion, Louise, c’est ton opinion.
– C’est ça, et le chien, bien entendu, il est d’accord avec toi ?
– Oui.
– Alors, je fais quoi, moi ?
– Eh bien, par exemple… Rapproche-toi un peu, je vais te le dire rien qu’à toi et, s’il te plaît, ne le dis à personne.
– Ok, promis.
– Promis comment ?
– Euh… Comme ci comme ça, ou alors, pour le prochain roman. On verra.

 

FIN

chat-sourire

 

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Prochain épisode : euh, ça s'appelait Secrets d'archives, mais il n'y en a pas. Ce n'est tout de même pas mon genre de laisser un pic à glace sous le lit ;-)

 

 

 

 

 

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