Malaise, sur la PMA

Qu'on me permette de l'exprimer...

À la fois parce que je n'ai aucun problème vis-à-vis de l'homosexualité, ni féminine, ni masculine, ni d'aucun genre, d'ailleurs, et forcément aucune envie d'aller manifester avec les autres fêlé.e.s de la patate, ceux et celles de la Manif pour tous, des Mères veillent et autres conneries, que je suis même favorable à la régularisation des enfants nés de GPA, parce qu'il me paraît totalement inadmissible de ne pas vouloir reconnaître l'existence d'un être humain existant... Et encore, s'il faut vous en convaincre, que l'une de mes cousines a donné naissance à deux enfants nés de PMA et que plusieurs de mes copains sont allés donner de leur sperme...

Sauf que voilà, moi j'ai du mal. J'ai énormément de mal avec cette idée d'un "droit à l'enfant", et autant de mal avec la conception que le principe d'égalité, ce serait simplement "pour tous" : le mariage, les enfants, la communion, et que tout le monde devrait être égo égaux sur tous les sujets.

D'abord, ce n'est pas cela, le principe d'égalité. Il ne consiste pas à considérer simplement que tout le monde est à égalité sur tous les sujets, mais plus précisément que les gens placés dans la même situation, par rapport à une question donnée, doivent être traités également. Il en résulte, notamment, que vis-à-vis des Droits de l'Homme, nous sommes évidemment tous égaux, puisque nous sommes des êtres humains, et c'est pourquoi les Droits de l'Homme sont imprescriptibles et absolus.

En revanche, sur des sujets tels que la natalité, la sexualité, le genre ou le mariage, il n'y a vraiment aucune raison de penser que nous serions à égalité, puisque de facto, nous ne le sommes pas. Jusqu'à présent, un homme ne peut pas porter un enfant et une femme infertile ne le pouvait pas non plus jusqu'à une date récente (à l’échelle de l’humanité). Or, c'est bien ce qu'il y a d'étrange, là-dedans : que ce soient les découvertes de la science qui viennent bousculer notre conception de l'égalité. C'est absurde, me semble-t-il.

Ah non ?

Alors, dites-moi pourquoi, moi qui ai presque soixante balais et qui suis ménopausée depuis des lustres, je ne pourrais pas revendiquer l'égalité avec des jeunes femmes de trente ans vis-à-vis de la maternité, et en exiger, de surcroît, le remboursement par la Sécurité sociale ? Puisque, scientifiquement, ce n'est pas impossible. Et vous traîner devant les tribunaux, pour discrimination, parce que je suis vieille ?

Entendons-nous bien, je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, d'ouvrir la PMA, mais qu'on ne vienne pas me raconter que ce serait au nom du principe d'égalité, c'est du grand n'importe quoi. Si l'on doit le faire, c'est au nom d'un choix de société, d'un choix éthique, et c'est bien pourquoi c'est si difficile.

Sur les choix de société, sur les mœurs, on évolue au cours d'une vie. En ce qui me concerne, s’agissant du Pacs, j'ai été pour dès le début. En revanche, sur le mariage homosexuel, j'ai hésité. Je me disais que les homosexuels n'étant pas dans la même situation que les hétérosexuels vis-à-vis de la procréation, il n'y avait pas grand inconvénient à maintenir le mariage comme un truc d'hétéros : à situation différente, réponse différente. Je me disais même, je l'avoue, mais ça c'est un biais de génération : "Flûte, les homos, de mon temps, ils revendiquaient leur différence, et ça faisait du bien. Maintenant, ils veulent se marier, faire des enfants, aller à la messe et voter UMP, quelle désolation..." Bon, mais j'ai changé d'avis. À regarder mes amis, filles ou garçons, depuis qu'ils sont mariés, je me dis que ça les a apaisés, aidés à rentrer dans une forme de normalité qui leur fait du bien, qu'ils sont plus heureux, alors je reconnais que j'avais tort.

Sur la PMA, il est possible en conséquence que j'évoluerai peut-être aussi. Simplement, est-ce vraiment le moment de vouloir faire des enfants "à soi" ou au moins génétiquement "à l'un des deux", en allant chercher du sperme inconnu, au risque de la marchandisation ? Est-ce le sujet primordial pour la planète ? Est-ce une question si essentielle, et pour combien de ménages ? C'est une question morale, en définitive, pas plus une question d'égalité que de société, une question éthique et à laquelle il faudra mettre des verrous. Rien que de le dire, "mettre des verrous", ça me fait mal, mais je ne peux pas m'empêcher de le penser, et c'est pourquoi je suis mal à l'aise. Ce n'est pas dans ma culture, les verrous, mais pour autant, la question de la PMA me plonge dans ce malaise.

Très franchement, je préférerais leur dire : "Tu étais dans la merde et la misère et je suis allée te chercher", que de me faire inséminer par je ne sais qui d'anonyme. Je conçois que cela soit choquant, je conçois que l'on puisse ne pas être d'accord avec moi, mais c'est ça, le sujet. Certainement pas l'égalité.

Et ce billet est peut-être un peu décousu mais c'était simplement une façon de rendre compte de ma très grande perplexité.

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