Papa, maman, la bonne et moi, dans nos 80m2 avec terrasse...

Restez chez vous, les vioques, les malades et les tertiaires, mais continuez de bosser, le BTP, les livreurs et les caissières. Non seulement les injonctions sont paradoxales, mais leur tonalité fleure bon le parisianisme auto-satisfait.

Qu'ont fait Pauline et Marion aujourd'hui ? Notre confrère journaliste nous informe, depuis le petit appartement parisien dans lequel elle est confinée, avec ses deux filles. Comment vivent-elles la situation ?

Eh bien, nous sommes organisés, mon mari et moi. Nous alternons télé-travail et moments de pause, en expliquant aux enfants qu'il y a des règles. Nous avons fabriqué, ensemble, un emploi du temps avec des marqueurs de couleur, première étape ludique de notre "enfermement", de façon à ce que tous les membres de la famille puissent s'approprier pleinement les comportements les plus à même de faciliter la gestion de ce moment difficile. Pauline et Marion ont très bien compris, par exemple, que nous ne sortirions notre chien, Ludo, qu'à tour de rôle et elles ont renoncé avec bonne humeur à leur cours hebdomadaire, de piano pour l'une, de violon pour l'autre. En revanche, pour qu'elles ne décrochent pas sur le plan scolaire, j'ai contacté un ami professeur de mathématiques et il leur donne rendez-vous tous les jours sur Whats'App : elles sont très assidues et ce cours d'un genre nouveau leur plaît beaucoup.

Pour autant, il y a eu un travail d'acclimatation, je le reconnais. Pourquoi on ne va pas chez Mamie à La Baule ? C'est une question qui est revenue tout au long du week-end dernier mais nous avons fait preuve de patience et de pédagogie. Maminette est âgée, elle ne sait pas si madame Perez pourra continuer à venir pour le ménage, étant donné qu'elle a encore des enfants à charge. D'accord, c'est un peu petit, chez nous, mais il faut savoir faire preuve de civisme.

C'est pourquoi, tous les soirs à vingt heures, nous nous réunissons sur la terrasse et nous applaudissons chaleureusement tous les personnels hospitaliers qui veillent sur nous, ainsi que les travailleurs de l'ombre.

On a aussi réappris à savourer les "petits riens", comme le jus d'orange, le pain grillé et les scones, alors qu'auparavant nous n'avions jamais le temps de partager le petit-déjeuner en famille. C'est une grande leçon de vie, je crois. Comme si l'on redécouvrait l'essentiel, n'est-il pas ? Un moment d'Histoire, et comme je l'ai dit à mes filles, vous vous en souviendrez, plus tard.

...

Bon, j'exagère ? Ou alors je n'écoute pas les bonnes infos ? C'est pourtant ce que j'entends à longueur de journée, tout en essayant de répondre à trois mails par jour, de façon à faire croire que je travaille pour de vrai. En fait, je ne travaille pas vraiment, parce qu'il me semble que mon rapport sur À l'heure de la mondialisation, nouveaux défis et prospective, tout le monde s'en tape.

Tous les deux jours, je remplis mon attestation et je file à la pharmacie voir si les médocs sont arrivés. Lundi, tout le monde faisait la queue dehors, comme en Pologne à la grande époque des queues en Pologne, mais maintenant, ça va. J'en profite également pour passer à la supérette, mais là, à la supérette, il y a tous les gamins du quartier qui viennent acheter des carambars... euh, c'est pour ma mère qui ne peut pas se déplacer. Et Momo qui plaque ses mains partout, puis qui me télescope.

- Ah, ouais, M'dam, un mètre, j'avais oublié, un mètre. S'cuse, m'dam, pas fait exprès.

C'est ça, mon gars, un mètre de distance, entre nous. On appelle ça de la distanciation sociale.

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