Oui, je sais, ça peut paraître bizarre. Parce que, tout de même, tu fermes ta gueule, salope, ce n'est pas anodin. Pour moi qui l'ouvre tout le temps, ma gueule, c'est même un truc assez inaudible.
Bon, mais j'y suis habituée, tout de même. C'est bien plus classe que ça, mais les mâles blancs upper middle class qui m'entourent, et que parfois j'aime bien, d'ailleurs, et sans vouloir dénoncer personne, j'ai très souvent l'impression qu'ils me le disent, ferme ta gueule, ma belle. Bon, sinon que c'est à l'insu de leur plein gré, les pauvres chéris. Alors, je peux comprendre. Sont pas très sûrs d'eux, en fait. On croit qu'ils ont le pouvoir, qu'ils ont tout réussi, alors on oublie, on passe... Sauf que de temps en temps, ça leur fait rudement du bien, de me claquer le beignet et de me dire de la fermer, ma gueule (s'il te plaît, poupée, salope ou pas salope). Ou alors au moins (c'est plus policé) ne l'ouvre surtout pas, ma petite, ça nuirait à ton charme. C'est tellement facile, d'ailleurs, que tu ne l'ouvres pas, si tu savais... Il suffit de te passer au dessus du citron et de ne lui parler qu'à lui, à l'autre au bout de la table, vu qu'on se comprend tellement bien, qu'on a fait la même école et qu'on a les mêmes costards. Tu ne fais pas le poids, ma chérie, hi, hi !!
Ça, on est d'accord, ça prendra des siècles.
Mais baisse les yeux... Baisse les yeux, je ne sais pas, mais ça ne m'inspire qu'une chose :
– Alors là, mon petit pote, tu peux toujours te brosser !