"Il aimait beaucoup les ris de veau poêlés"

... dit-elle d'une petite voix cristalline et un peu haut perchée.

"Il aimait beaucoup les ris de veau poêlés", dit-elle d'une petite voix cristalline et un peu haut perchée, tout en s'essuyant les mains sur son tablier. La tête de veau, on l'avait mise à la carte, parce qu'on nous l'avait demandée (comprendre "les gens", puis "la tête de veau") mais lui (le président), il en avait un peu marre... Le tout prononcé dans la cuisine carrelée d'un restaurant dont je me doute qu'il doit être corrézien.

Attendrissement...

Ces instants de télévision m'émerveillent, tant ils sont délicieux. Ils me bouleversent, m'émoustillent et m'asticotent les papilles. Je goûte l'instant, je le salive et le savoure : la petite voix de la dame, le point d'interrogation final et son hésitation, comme une invite à y penser, à réfléchir, à soupeser ce point si fondamental, ce grand moment d'histoire... Le silence religieux de la journaliste (qui n'en perd pas une miette, en quelque sorte), muette, attentive et si délicate dans sa délicatesse... Consciente de la fragilité de cet instant, émue devant la postérité, c'est renversant. Alors je me redis la phrase, je la répète à voix haute, je la malaxe : "Il aimait beaucoup les ris de veau poêlés."  Il aimait beaucoup les ris de veau poêlés, comme c'est beau, tellement beau. Les ris de veau poêlés. Les ris de veau, beaucoup. Beaucoup, les ris de veau, il aimait... Comme la marquise, exactement pareil.

Un président jugé sympathique par neuf Français sur dix... Il nous a accompagnés... Dans les popularités comparées, il arrive en tête... J'aime le pain, le pâté, le saucisson, pas les limitations de vitesse... Il aimait les autres... Quand les enfants de la concierge étaient malades, il prenait des nouvelles...

Il a fait beaucoup pour le département de la Corréze, toujours prêt à aider les gens...

Un peu comme Balkany à Levallois, ou pas ?

En attendant, c'est de Rugy, qui doit rire jaune... Mauvaise pioche, mon gars, mauvaise pioche et prends en de la graine. Quand on entreprend de vivre sur la bête en espérant le firmament, encore faut-il savoir s'y prendre. Il aimait beaucoup les homards géants n'atteindra jamais les sommets de poésie que recèle cette simple phrase, qu'il aimait beaucoup les ris de veau poêlés. Aussi simple dans sa simplicité que toutes les niaiseries et autres stupidités que j'entends ce soir.

Bon, vous me direz que Mitterrand c'était les ortolans et qu'Henri IV la poule au pot, n'empêche que les ris de veau poêlés me font m'interroger sur le coût prohibitif de la redevance télé et de ma box de SFR.

C'est inimaginable, cet unanimisme béat, et n'oublions pas non plus la citation que les Français sont des veaux.

 

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