Démission de Hulot : politique de l’écologie ou écologie politique, il faut choisir

La démission spectaculaire de Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, en direct dans une émission de radio, permettra à l’écologie de se re-politiser si elle clôt un long cycle de dépolitisation dont Nicolas Hulot, mais aussi EELV assument une part de responsabilité de compromis en compromissions.

Cette dépolitisation est la conséquence d’une amnésie chez les écologistes ; ils ont oublié que leur colonne vertébrale politique vient du mouvement antinucléaire dans ce qu’il dit du rapport féodal que l’État entretient avec la société

Cette démission illustre l’impuissance de la figure de l’homme ou la femme providentielle, confondant rapport à l’opinion et relation à la société, idéologie et politique, essayant de faire la synthèse impossible à lui tout seul entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

Cette démission est aussi indirectement, et il faut le rappeler en permanence quand on est écologiste, l’illustration de la décadence démocratique entraînée par l’élection présidentielle au suffrage universel. Mode de scrutin qui entretient un rêve d’empire, qui fragilise notre rapport au monde et à l’Europe, qui évacue les débats de société, qui contraint le débat public à la personnalité du candidat et entretient jusqu’à l’absurde un monarchisme républicain.

Monsieur Hulot avec une naïveté touchante dit qu’il est bien seul. Mais quand on devient ministre sans délibération collective, quand on participe à la construction d’une majorité sans exiger un groupe parlementaire qui permet d’exercer des rapports de force au sein de l’Assemblée, comment s’en étonner ! Ne pas être seul, c’est accepter l’engagement laborieux dans une organisation collective, certes moins gratifiant qu’un plateau média mais plus utile quand on se confronte à des intérêts dominants (d’autant plus quand ceux-ci contrôlent les médias), c’est réapprendre à construire et à utiliser le « nous ».

Au moment même où la culture politique sociale-démocrate s’écroule partout en Europe faisant remonter rapidement de sales odeurs du passé, la question pour l’écologie n’est plus la reconnaissance de la pertinence de ses analyses mais bien la confrontation en termes de projets de société. Un projet de société qui s’attaque directement à la propriété privée des moyens de production, en particulier quand ils deviennent, par le droit de la propriété intellectuelle, une « ressource génétique ». Aujourd’hui le vrai clivage idéologique pour l’écologie politique, il est là. En face, leur projet repose sur une idéologie scientiste persuadée de pouvoir aménager la nature en l’artificialisant (notamment par les biotechnologies) pour un humain augmenté (connecté mais plus très vivant) dans une société diminuée, projet de société transhumaniste porté par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), relayés par le projet politique de la « startup nation ». S’attaquer directement à la propriété privée des moyens de production, c’est promouvoir partout des modèles de production fondés sur les communs et la coopération qui partent de la diversité des territoires, c’est se placer dans le monde du travail et des métiers.

Espérons que cette démission redonne goût à l’engagement collectif, où le supporter devient un militant capable de penser par lui-même au-delà de ses émotions, capable de prendre des risques et d’être solidaire, capable d’apprendre du passé pour se confronter aux enjeux présents et à venir. Un.e militant.e suffisamment équipé pour ne pas réduire la politique à un spectacle, à une affaire de « casting », un.e militant.e qui n’oppose pas volonté et raisonnement, qui comprend que l’exercice du pouvoir est une drogue dure et que nul n’échappe à la démesure et au cynisme, s’il n’inscrit pas son action au sein d’un engagement collectif.

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