Emmanuel Dockès
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Billet de blog 18 mars 2020

«Le jour d’après»

Fissurée par des années de luttes, frappée par le drame du Covid 19, l’idéologie qui nous gouverne s’effondre jusqu’à être reniée par son porte-parole le plus officiel, M. Macron. La terrible crise qui commence, va nous faire changer d'époque. Les luttes pour ralentir la chute sont du passé. Lorsque nous sortirons du drame actuel, les temps seront à la construction d'un autre monde.

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La brutalité de la crise que nous vivons et allons vivre ces prochaines semaines, ces prochains mois, produit déjà une accélération de l'histoire.  

Les discours présidentiels du 12 mars et du 16 mars derniers sont des indices du retournement en cours. Ils ont immédiatement renié l'idéologie gouvernementale opiniâtre de ces dernières années. Idéologie à laquelle d'ailleurs plus personne ne croit depuis longtemps, y compris donc, comme cela vient d'apparaître, dans les plus hautes sphères du pouvoir. Ce qui vient de se produire est à mon avis assez simple. Dans les temps terribles que nous vivons et que nous nous apprêtons à vivre, l'avidité habituelle, celle qui forge la ligne directrice/destructrice des politiques des ces (trente) dernières années, cette avidité folle, devient brutalement indécente. Au point que même ses plus ardents défenseurs n'osent plus. Ils prennent peur (à juste titre). Et s'ils prennent peur si vite, c'est que toutes les luttes de ces dernières années les ont déjà profondément fissurés. Ce n’est pas seulement le virus qui nous fait changer d’époque, mais des années de luttes presque ininterrompues : la lutte contre la loi Travail, le soulèvement des gilets jaunes, la bataille des retraites... Tous ces combats ont portés plus de fruit qu'on ne le dit parfois. Nos gouvernants ne tenaient plus droit dans leurs bottes qu'avec du scotch et des bouts de ficelles. Alors, lorsque le drame survient, ils craquent. Ils renient tout, tout de suite. Ils parlent de l'importance du service public (1) qu'ils ont pourtant systématiquement renié et détruit, ils suspendent leur réforme de l'assurance chômage, il parlent d'Etat providence, de nationalisations, d'interdiction des licenciements (2), de moratoire sur les loyers (3) ...
Alors quoi ? Bien sûr, dans leur for intérieur, ils espèrent encore qu'ils pourront revenir à leurs vieilles habitudes. Bien sûr, déjà, certaines annonces ne sont pas suivies d'effets. Bien sûr, dès l'épreuve passée, les pulsions accumulatrices reviendront. L'avidité indécente est toujours là. Mais sous la loupe du drame, elle a été vue avec une précision oubliée depuis les grandes guerres. Quand viendra le temps de reconstruire, son indécence sera encore dans toutes les mémoires.
Sur cette base, nous saurons réclamer plus de justice sociale et plus de démocratie sur un ton un peu différent. Les puissants actuels le savent déjà si bien, que même notre président des hyper-riches le dit. Il n'est plus un président des hyper-riches à la conquête de nouveau territoires, mais un président des hyper-riches qui cherche à sauver les meubles, qui tente de lâcher tout le lest dont il dispose pour s'écraser moins vite, moins fort. Le 16 mars, devant 35 millions de téléspectateurs, il a dit : " le jour d’après, quand nous aurons gagné (la guerre contre le virus), ce ne sera pas un retour au jour d’avant. (...) nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences."(3)
Donc il le sait. Il sait déjà que nous aurons appris et que nous saurons en tirer toutes les conséquences. Il le sait tellement qu'il le dit deux fois.
Ce qu'il n'a pas encore compris c'est que, lorsque viendra le temps de la reconstruction, lorsque nous sortirons de nos nécessaires et terribles confinements, lorsque nous aurons pleuré nos morts, il nous reviendra, à nous et à nous seuls, de tenter de construire ce nouveau monde dont nous avons un besoin urgent. Et nous le ferons sans lui, contre lui.
Les longs efforts consentis par le mouvement social pour ralentir la chute sont finis. Lorsque nous sortirons du drame actuel, ce ne sera plus pour ralentir la chute, mais pour aller de l'avant.

(1) V. par ex. dans l'allocution de jeudi, du 12 mars, "la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché."

(2) La mesure un temps envisagée semble ne plus l'être si l'on en croit le premier ministre (allocation du 17 mars). Ils en ont tout de même parlé, ce qui est énorme.

(3) Dans l'allocation du 16 mars, il ne s'agit certes que du loyer dû par les entreprises, toujours mieux traitées que les personnes humaines... Mais tout de même, quelle entorse au droit du propriétaire.
(4) Allocation du 16 mars

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