Présidentielle : cinq ans de plus ou enfin la rupture ?

Contribuer à la réflexion politique est une responsabilité citoyenne : celle de débattre de la chose commune pour des choix assumés et clairs. Faute de quoi, politique du pire de l'extrême droite ou résignation et dégradation continue de nos droits, libertés et conditions d'existences par l'ultra-libéralisme financier, c'est à subir que nous nous condamnons et condamnons nos enfants.

La situation de la politique et des politiques, au moins au niveau national, dans ce pays est en effet complètement surréaliste : non seulement on assiste à une implosion / explosion de tous les partis traditionnels de gouvernement, sous le coup essentiellement de pratiques de renoncements et de mépris des électeurs, de collusion avec les puissances bancaires et financières et d'abus de pouvoir largement consignés par les médias un peu indépendants, et par conséquence à un niveau d'abstention électorale mais aussi d'absence de débat politique rarement atteint, mais encore doit-on faire face à l'incroyable spectacle d'un champion de la lutte contre la fraude fiscale, ministre du budget d'un gouvernement dit socialiste... qui la pratique tranquillement lui-même (Mr Cahuzac) et tout récemment d'un champion de la probité, de la rigueur et de la demande des efforts pour tous (Mr Fillon) qui pratique pour lui-même et sa famille depuis 30 ans un accaparement de fonds publics à une hauteur que la grande majorité des habitants de ce pays n'atteindront pas en une vie de travail...!! Fabuleux non ? Sans parler de toutes les affaires que la justice a à traiter concernant des hommes politiques, de Mme Lagarde condamnée mais dispensée de peine (une première dans notre république !), à Mr Sarkozy pour pas moins de six ou sept affaires dont un dépassement des frais de campagne de 22 millions d'euros en 2012 (le double du plafond légal), la suspicion d'un financement libyen de 50 millions d'euros lui ayant permis de se faire élire en 2007, en passant par Mr Guéant condamné pour s'être servi dans les fonds spéciaux destinés aux opérations de police...

Alors quoi ? Tous pourris ? Non sans doute, mais victimes, consentantes pour une bonne majorité, d'un système dont tout contrôle est évacué, où la majorité des grands médias, propriétés de (très) riches actionnaires plus portés sur le business que sur l'information*, sont peu enclins à la pugnacité et à la dénonciation, et d'un système dans lequel la fréquentation permanente de grands patrons et de financiers qui gagnent dix à vingt fois leur salaire de ministre ou de député doit certainement amplifier la frustration... et le glissement tentateur de se servir du pouvoir dont ils ont la charge : frustration et impunité, voilà sans doute une part du mélange conduisant à cette banalisation de se croire au-dessus des lois.

La période électorale à venir se situe donc dans un moment de grande décomposition politique, dans un contexte d'éliminations surprises dans les deux primaires organisées et découvre, contre toute attente, un espace ouvert à de nouvelles perspectives et à des possibles jusque là inenvisageables. Comme beaucoup je me pose la question du choix en mai prochain. Et pour une fois je dois dire que d'hésitation il n'y a point. Sans parler de l'attrait ou de la proximité personnelle avec tel candidat plutôt que tel autre, la simple logique cette fois fait loi.

Il y aurait en effet trois listes / programmes / candidats susceptibles de capter mon vote : l'Écologie en premier lieu, mon choix récurrent toutes ces dernières années, représentée par Mr Jadot ; la radicalité de gauche qui fut parfois mon second choix quand les écologistes n'avaient aucune chance, représentée par France Insoumise mouvement conduit par Mr Mélenchon ; et le programme porté par Mr Hamon vainqueur surprise de la primaire de gauche, adhérent d'un PS qui a reçu ma voix au second tour en 2012.

Contenu des programmes, confiance que ledit programme sera appliqué une fois le candidat élu, et compétence et intégrité des équipes appelées l'épauler au gouvernement dictent ma réflexion. Si question programme, sur ce que j'en connais aujourd'hui, l'hésitation perdure, chacun pouvant répondre à mes aspirations sur tel point et moins sur tel autre, avoir ma préférence pour telle ou telle orientation ; par contre sur les deux autres critères, point de photo. Mr Jadot, victime des luttes intestines dans son parti et des égos combattant pour un strapontin ministériel, va faire comme ses illustres prédécesseurs entre 2% et 4% à l'élection... Quant à Mr Hamon, entre l'investiture aux législatives de tous ceux qui sont comptables des cinq année passées, si jamais il avait vraiment l'intention d'appliquer son programme, -ce dont je ne peux que douter à voir ses positionnements tout au long du quinquennat-, il ne pourrait aucunement le faire tant le poids des députés opposés à ce programme l'en empêcherait (abroger la loi El Khomri avec Mrs Valls Cazeneuve, Cambadélis et Mme El Khomri députés ??? Schizophrénie ou encore une fois prendre les électeur pour...?).

Donc pour qu'éventuellement les choses simplement s'améliorent en terme de vie, de valeurs et de projet dans le sens qui me semble nécessaire, France Insoumise reste la seule possibilité.

 

Pour terminer ce chapitre, hors l'absence d'alternative crédible et en mettant de côté les défauts connus et supposés de son candidat, un programme qui se nomme "l'Humain d'abord", qui s'est construit dans une large collaboration avec la société civile, qui envisage la renégociation des Traités Européens (sans lesquels toute autre politique que libérale est vouée à l'échec, cf la Grèce, puisque le libéralisme est inscrit DANS les traités et que ceux-ci s'imposent pour une large part aux législations nationales), qui prône un strict cumul des mandats (enfin un véritable espoir de renouvellement d'un personnel politique ancien et complaisant), qui développe une conscience écologique récente mais affirmée et inscrit une réelle redistribution des richesses comme priorité... me semble dans le sens de l'histoire et valoir au moins la chance d'être tenté. Sans doute en cas d'élection tout ne pourra pas se faire comme ça, mais il y a là au moins une vision de société et d'avenir, cohérente et argumentée qui ROMPT avec ce qui est entendu ailleurs. Et sans doute est-ce d'abord à ça qu'aspirent nombre de citoyens : le besoin de rupture.

Mais rupture de droite lepéniste ou rupture de gauche radicale, c'est la seconde partie de la question : et pour éviter celle d'une droite extrême dont il ne faut pas se cacher la violence et les intentions totalitaires, ne faut-il pas se résoudre à une droite (Fillon) ou un centre (Macron) quand même plus acceptables et moins destructeurs ? Soit le vote par défaut qui est une constante de notre démocratie. Certes, certes. Sauf que... Dans un contexte plié d'avance, genre Fillon - Le Pen à 25 - 30% chacun et les autres derrière, ça reste défendable. Dans une configuration à 4 voire 5 candidats entre 15 et 20%, bien malin qui pourrait dire aujourd'hui quel sera le résultat. Sous conditions évidemment de ralliements, imaginer une second tour avec France Insoumise n'est donc plus totalement une utopie.

Alors ne vaut-il pas la peine de se donner l'autorisation de simplement examiner la question de ce point de vue ? D'envisager une réunion de profils certes hétérogènes mais capables de revitaliser la politique, où l'absence d'expérience et de compétences permettraient paradoxalement un nouveau regard et de nouvelles pratiques de gestion de la chose publique (Res publica). Et l'exemple des villes espagnoles gagnées par des coalitions du même genre, hétérogènes et inexpérimentées (Madrid, Barcelone, Valence ou Séville quand même, pas vraiment des villages...) montre que ça ne marche pas plus mal qu'avant tout en proposant du nouveau. Pour l'instant il n'y a en France que Grenoble comme exemple, mais le constat est le même: pas facile mais pas plus chaotique qu'avec les équipes politiques habituelles.

Et ils auraient quand même une autre gueule, les cinq ans à venir, que l'ubérisation tout azimut à la Macron, que la violence patriarcale et les délires libéraux d'un Fillon-la-pudeur ou que le renouveau-ancien d'un PS renouvelé-pareil ? Et un autre goût que la poursuite pendant cinq ans encore (cinq ans...!!) d'une résignation démoralisée face à une évolution qui va à l'encontre de valeurs, d'aspirations et de désirs de vie plus riche, plus juste et plus solidaire. Aspirations visiblement d'une grande partie de la population... mais individuellement de chacun de nous aussi non ? (j'en suis en tout cas). Alors faisons advenir l'impossible... Et seul un vote massif pour France Insoumise au premier tour le permettra éventuellement. Une chance historique, imprévue... mais à saisir...  Adelante companeros...!

 

* Pour mémoire : avionneur (Serge Dassault, Le Figaro, L'Express), propriétaires de réseaux de téléphonie (Xavier Niels, Le Monde), industriel (Claude Perdriel, Le Nouvel Obs), aéronautique, sports et spectacle (Arnaud Lagardère, Europe 1), bâtiment et travaux publics (Martin Bouygues, TF1), industrie de luxe (François Pinault, Le POint), banque (Vincent Bolloré, Canal +) etc...

 

Voir sur le sujet : https://blogs.mediapart.fr/ivan-villa et http://www.lepoint.fr/presidentielle/la-reponse-de- melenchon-a-hamon-choisissez-et-tranchez-01-02-2017-2101652_3121.php

 

 

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