Le nouveau mouvement multiforme contre la politique Macron

La seule façon d'empêcher la mise en œuvre de la politique de Macron est la mobilisation du mouvement populaire dans la rue et dans les lieux de travail et d'études. Pour mettre ce gouvernement en difficulté il faut créer des foyers de résistance dans plusieurs points du paysage géographique et social et les coordonner à travers des comités de lutte unitaires.

Ce texte est la traduction par son auteur de l'article paru dans le bimensuel grec «Ergatiki Aristera» («Gauche Ouvrière»), numéro 406, p.17, du 18/04/2018
Une interview radiophonique à repris les contenus de ce texte sur l'antenne du syndicat des salarié-e-s de l'audiovisuel public grec ertopen.com le 28/04/18
S'en est suivi le même jour une présentation avec débat public à l'Insitut grec d'études sociales et théoriques «La Commune»

Paris, le 14 avril 2018

En France, en moins d'un an, le gouvernement du président Macron et du Premier ministre Philippe a légiféré une série de mesures contre les intérêts des classes populaires dans l'objectif de restructurer tous les niveaux de la société française en annulant ou réduisant les conquêtes sociales et démocratiques de plusieurs décennies. Le principal levier pour imposer le projet néolibéral est le cadre constitutionnel autoritaire de la 5ème République française et ses ramifications institutionnelles.

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Aucune des mesures de Macron n'a rencontré l'approbation de l'opinion publique française et encore moins des couches sociales directement touchées (travailleu-r-se-s, retraité-e-s, étudiant-e-s, fonctionnaires). De plus, le caractère manifestement ploutocratique du gouvernement français, effrontément affiché par le président lui-même, est une des principales raisons du divorce avec la grande majorité des Français.

La seule façon d'empêcher la mise en œuvre de la politique gouvernementale est la mobilisation du mouvement populaire dans la rue et dans les lieux de travail et d'études. Il faut toutefois prendre en compte le fait que le rapport des forces est asymétrique en termes d'organisation et d'appuis internationaux. Macron agit pour le compte de la bourgeoisie française mais aussi de la bourgeoisie internationale et de ses institutions (UE, FMI, etc.).

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Les syndicats

Dans le champ du syndicalisme des salarié-e-s, principale expression organisée de la résistance sociale, il existe des divergences stratégiques et tactiques, aussi bien entre les directions confédérales qu'entre ces directions et les bases.

Dans un tel contexte, la lutte contre la déconstruction néolibérale du cadre de fonctionnement de la SNCF a caractère de lutte contre l'austérité néolibérale en général, et ses conséquences. Cette lutte concerne tous les travailleu-r-se-s et la défense des droits fondamentaux au travail, les étudiant-e-s et l'accès à l'enseignement supérieur, les retraités et la décence des niveaux de vie, les fonctionnaires de toutes les branches et l'égalité d'accès des citoyen-ne-s aux services publics , la société dans son ensemble et la revendication de conditions environnementales compatibles avec la sécurité et la santé de la population.

Objectivement, les cheminot-e-s sont aujourd'hui en France ce secteur qui peut agir en avant-garde et pôle de rassemblement d'un mouvement populaire ample et multiforme grâce à leur grand nombre (150.000 salarié-e-s), leur présence sur l'ensemble du territoire national, leur longue tradition de luttes et leur possibilité de gêner sérieusement le gouvernement en ralentissant la vie économique de tout le pays. Cette position pivotale des cheminot-e-s dans les luttes est prise en compte par eux-mêmes, mais aussi par le mouvement populaire dans son ensemble et par le gouvernement.

Malgré les divergences stratégiques au sein du mouvement et les difficultés organisationnelles qui en résultent, les grèves et les rassemblements qui ont débuté en France depuis le 22 mars ont atteint des niveaux de participation historiques comparables à ceux des mobilisations de 1995. Un débat tactique qui a eu lieu parmi les cheminot-e-s consistait à décider si la grève serait continue ou «perlée», à rythme de deux jours tous les cinq jusqu'à la fin de juin. La majorité c'est prononcée en faveur de la deuxième option qui présenterait des avantages tactiques.

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Le mouvement étudiant

L'autre espace qui pourrait agir dans le sens de la convergence nationale des mouvements de lutte est celui de la jeunesse étudiante, en lutte contre l'imposition de la sélection à l'entrée aux établissements de l'enseignement supérieur, et contre l'austérité néolibérale exprimée par les fusions et suppressions de départements et d'établissements. Les mobilisations étudiantes ont été lancées depuis le début de 2018 avec des manifestations et des occupations de départements et d'établissements, et elles ont aujourd'hui essaimé dans toute la France, malgré la répression féroce, l'incursion systématique des forces de police spéciales dans les campus, suppléées même par des bandes néo-fascistes auxquelles certaines autorités rectorales ont fait appel pour «rétablir l'ordre» dans les établissements.

On ressent au quotidien que la France est hantée aujourd'hui par le spectre, d'un mouvement généralisé de résistance et de désobéissance, faisant écho au réveil de la mémoire collective de mai 68 à l'occasion du cinquantième anniversaire du soulèvement. Le gouvernement et tous les «décideurs» sont dans un état de nervosité expectative, oscillant entre les choix d'accorder des concessions et d'intensifier la répression.

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La ZAD et les mouvements citoyens

Un épisode récent, illustrant la dynamique actuelle en France, est l'évacuation violente, il y a quelques jours, de la ZAD (Zone à défendre) de Notre Dame des Landes, dans la région de Nantes, occupée par des militants écologistes depuis six ans. Le gouvernement par cette action, dans la tentative de faire la démonstration de son pouvoir et de son contrôle de la situation, a réussi à susciter une vague de protestations et mobilisations dépassant l'espace des mouvements organisés et les frontières nationales de la France. Les militants écologistes restent mobilisés et se préparent d'occuper à nouveau la ZAD.

Il est tout aussi important de mentionner que les mobilisations d'aujourd'hui s'appuient beaucoup sur des intersyndicales locales, des coordinations horizontales élargies et des assemblées générales, qui décomplètent les directions syndicales confédérales historiques. Ces formes d'organisation, ainsi que des slogans entendus lors des manifestations, témoignent de la continuité avec le mouvement «Nuit Debout» de 2016 et les luttes contre la loi El Khomri .

Dans les semaines à venir nous pourrons constater si le mouvement populaire s'élargira, par l'extension et l'approfondissement de la solidarité sociale avec les grévistes, et par l'unité d'action entre citoyen-ne-s, travailleu-r-se-s et étudiant-e-s. Déjà les caisses de grève ont récolté des fonds supérieurs à un million d'euros, alors que la participation des cheminot-e-s aux «grèves perlées» ne diminue pas au fil des semaines contrairement à ce que le gouvernement avait prévu et souhaité.

À Marseille, à Lille, à Nantes, à Montpellier sont organisées pour aujourd'hui des marches unitaires visant à rassembler grévistes, étudiant-e-s et citoyen-ne-s alors que la grève nationale interprofessionnelle est annoncée pour le 19 Avril.
Enfin, le 4 Avril a été organisée à la Bourse du Travail de Paris, à l'initiative de Ruffin et Lordon, une assemblée ouverte des syndicalistes et des militant-e-s, qui a appelé à une manifestation nationale à Paris le samedi 5 mai avec pour revendication l'arrêt de la mise en œuvre des politiques de Macron. Cet appel (https://www.change.org/p/le-peuple-appel-au-samedi-5-mai-faire-sa-fête-à-macron) a l'ambition, en prolongeant la manifestation de la fête du Travail, prévue comme chaque année pour le 1er mai, de devenir le point de départ d'un mouvement généralisé de contestation et de renversement de l'austérité néolibérale.

Quelqu'un pourrait commenter que le mouvement populaire en France aujourd'hui, dépourvu d'un centre de coordination centrale d'acceptation générale, pourrait se retrouver trop faible pour renverser une offensive politique planifiée de longue date par la classe dirigeante, et mise en œuvre depuis un centre qui ne se prive pas de moyens pour y parvenir. Toutefois, la participation massive aux mobilisations, ainsi que l'émergence dans tout le pays de coordinations de luttes, suscitent l'optimisme. Encore, la diversité, la mobilité et l'inventivité des formes de lutte créent un sérieux problème au gouvernement français qui se retrouve en difficulté, malgré sa domination des médias, aussi bien pour les désamorcer politiquement que pour les réprimer par la force policière, dans la mesure où elles apparaissent sans avertissement dans plusieurs points du paysage .

Publication originale :
Γαλλία: Το νέο πολύµορφο κίνηµα ενάντια στην πολιτική Μακρόν
(https://rproject.gr/article/gallia-neo-polyuorfo-kiniua-enantia-stin-politiki-makron)

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