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Billet de blog 13 févr. 2018

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Presstalis: l’Etat au parfum

Informé de l’absence de viabilité de l’entreprise depuis décembre 2017, le gouvernement d’Edouard Philippe décide de la refinancer à fonds perdus. Et il prépare l'abrogation de la loi Bichet qui permet à tous les titres d'être distribués. Quitte à jeter la presse française dans les bras d'un Uber de la distribution.

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L’Etat sait. Lorsque l’échec du nouveau plan d’urgence de Presstalis sera patent, les pouvoirs publics ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas. Madame Nyssen, ministre de la Culture, ne pourra pas déclarer qu’elle ignorait l’ampleur du désastre alors qu’elle a délibérément occulté le rapport de Gérard Rameix consacré à ces messageries. L’ancien président de l’Autorité des Marchés Financiers avait, en effet, conclu à la nécessité du dépôt le bilan et il s’est aperçu, à son corps défendant, qu’il est plus facile de réformer les règles bancaires que la distribution de la presse française.
Un monde, il, est vrai,contrôlé par les oligarques comme Bernard Arnault, Serge Dassault, Xavier Niel.

Emmanuel Macron ne peut pas méconnaître la recommandation de la Cour des Comptes du 12 février l’invitant à réformer « le cadre juridique de la distribution de la presse pour le rapprocher du droit commun des entreprises ».
Edouard Philippe, Premier ministre, et Bruno Lemaire, ministre de l'Economie et des Finances, ont été, eux-aussi, informés, en décembre 2017, de la déclaration de cessation de paiements déposée par Michèle Benbuban qui a donné lieu à l’ouverture d’une période de conciliation de quatre mois. Un répit qui débouche - juridiquement parlant- soit sur un dépôt de bilan, soit sur le retour à une activité normale.
Bruno Lemaire, ministre de l’Economie et des Finances sait aujourd’hui mieux que quiconque que l’Etat vient d’effectuer un versement de 13 millions d’euros pour permettre à l’entreprise de payer les salaires en fin de mois.

                                                                            90 millions d'euros  
Les pouvoirs publics auraient pu faire face à leurs responsabilités en lançant une réforme du mode de distribution de la presse et de l’écrit dans son ensemble. Et en remettant aussi à plat le système des aides dont l'ampleur est révélé dans ttps://www.mediapart.fr/journal/france/130218/les-milliardaires-de-la-presse-gaves-d-aides-publiques-et-privees. Au lieu de cela, ils ont pris la décision, de valider, d’une part, un plan de sauvetage identique à celui de 2012 et, de l’autre, de restreindre les libertés démocratiques en lançant l’abrogation de la loi de 1947, dite loi Bichet.
L’Etat va donc aider Presstalis à hauteur de 140 millions d’euros, soit un montant équivalent au chiffre d’affaires attendu de Presstalis en 2018, en échange de l’application du plan d’urgence. Celui-ci prévoit le licenciement de 300 personnes au sein du groupe dont 114 au siège. Ce qui représente 18% des effectifs (1672 salariés déclarés fin 2016) et non 25% comme l’a déclaré Presstalis. Car, contrairement à ce qui a été martelé, les effectifs du groupe n’ont pas été réduit de moitié depuis 2010, il est souvent arrivé que des CDD, dont certains ont été transformés en CDI, se soient substitués aux salariés licenciés. Le constater c’est avouer l’échec des plans passés et le gaspillage de l’argent public. Michèle Benbunan, nouvelle venue dans cet univers, résistera t-elle à cette pression de la réembauche? Elle se montre, en tout cas, bien  optimiste et déclare, à l’issue de la présentation du PSE devant le comité central d’entreprise que les conditions de départs seront « moins favorables que dans le passé ».
C’est très possible mais cela ne surviendra qu’à l’expiration d’un conflit avec le Livre dont nul ne connait encore l'issue. Le syndicat s’oppose aux licenciements des ouvriers de moins de 55 ans et veut que les salariés licenciés soient payés jusqu’au jour de leur prise de retraite à temps plein, sans que celle-ci soit minorée. Et il exige - et ce point n’est pas négociable- qu’un fonds spécial soit créé et abondé dans l’année.
Les spécialistes de ce droit social particulier qu’est celui de la presse savent qu’un PSE portant sur 300 personnes, négocié avec le Livre, coûte dans les 90 millions d’euros.
La pdg a aussi rappelé qu’elle voulait céder les neuf dépôts les moins rentables, une fois les plans sociaux engagés, ce qui est une condition de leur vente. Enfin, elle renonce à la diversification numérique, vend l’application Zeens, une web agency et cède le siège social. Ce qui prouve au moins - lorsqu’on connait l’impact sur la trésorerie d’un déménagement- qu’elle veut croire à son plan.

                                                                                   Opération blanche
Dans le même temps, les administrateurs de Presstalis sont tombés d’accord pour imposer à tous les éditeurs une contribution de 2,25% sur leur chiffre d’affaires dont le produit sera uniquement reversé à cette société, les dépositaires et les marchands de presse ne percevant strictement rien. . A noter que l’éditeur qui verse cette contribution avec quatre années d’avance réalisera une opération blanche car la contribution ne lui sera plus demandée. Une mesure voulue par les grands éditeurs comme Le Monde ou Le Figaro qui disposent d’une trésorerie permettant ce versement anticipé. Pour eux, la taxe se transforme en simple avance de compte courant. Cela prouve, si besoin en était, que ces grandes sociétés peuvent apporter un important soutien financier qui aurait pu minorer les aides d’Etat.
Le Conseil Supérieur des Messageries de Presse (CSMP), dominé par ces grands éditeurs, veut aussi imposer cette contribution aux MLP, le concurrent qui, lui, la refuse,l a jugeant inutile. Même si en interne, des commerciaux considèrent comme politiquement acceptable et techniquement justifiable un taux de 0,4%. Conscients du fait que les éditeurs bénéficient de meilleures rémunérations aux MLP  que chez Presstalis, le CSMP veut geler pendant une période de deux à quatre ans tout transfert d’éditeur. Ce qui est contraire à la liberté contractuelle défendue et réaffirmée,  dans ses dernières décisions, par le Conseil Constitutionnel en application de la Déclaration des Droits de l’Homme.
Il semble que les pouvoirs publics prennent sur ce dossier la même liberté avec le droit que celle qu’ils ont prise par rapport à la réalité économique.

                                                                   L'avenir de la presse libre                                              

Plus grave, le gouvernement d’Edouard Philippe a décidé, comme l’a confirmé dans Le Figaro du 13 février, Marc Schwartz, la réforme de la loi Bichet. Votée à la Libération, celle-ci impose à tout marchand de presse de proposer à la vente tous les titres. Incapable de réformer la distribution de la presse, le gouvernement veut restreindre cette liberté sans en définir les contours. Si la loi disparait, un marchand pourra refuser des titre féministes, écologistes, de gauche ou de droite en fonction de ses opinions. La grande distribution pourra exercer des pressions sur un vendeur pour qu’il retire de la vente des exemplaires de Que Choisir, par exemple.L’affaire Conforama-Challenges qui porte atteinte à la liberté de l’information appelle autant à la vigilance qu’à la mobilisation. Réformer à chaud, sous la pression d'une société qui aurait dû bénéficier d'un redressement judiciaire, une loi touchant à la liberté démocratique, est très préoccupant. Là encore, l'Etat ne pourra pas dire qu'il n'a pas été averti. Venant d’Hachette Livre, Michèle Benbunan veut s’inspirer du système des libraires qui sélectionnent, en bons gestionnaires, les ouvrages qu’ils vendent pour ne pas avoir trop de pertes. Madame Nyssen, la fille du fondateur d’Actes Sud, la rejoint complètement .Et tout cela parce que madame Benbunan l'a convaincue en déposant sur son bureau une publication Velu traitant de la pilosité que les marchands doivent !  Comme si ce seul exemple justifie l'abrogation de la loi. Pourtant, il ne faut pas se livrer à une longue analyse du monde de l’édition pour comprendre que c’est la loi Lang en imposant le prix unique, qui a protégé les libraires des  dangers d’Amazon. C’est la régulation française qui a sauvé le livre. Demain, dans cinq ans, quand Presstalis aura disparu, quand il n’y aura plus de loi protectrice, quand les titres seront vendus par un Uber de la distribution, y aura t-il encore la place pour des journaux libres?

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