Démission de la Pdg de Presstalis

La présidente des messageries de presse tire les leçons de la nouvelle loi qui, en permettant une alliance entre la presse quotidienne nationale et la presse régionale, condamne son entreprise.

C’est le début des grandes manœuvres dans le monde la presse. La présidente des messageries Presstalis quittera  ses fonctions le 1er octobre prochain. Elle sera remplacée par Dominique Bernard, ancien dg du groupe Hersant de 2010 a 2014, aujourd’hui conseil, à travers sa société DB, dans la restructuration des entreprises médias. 

La décision de Michèle Benbunan remonte à la fin juin lorsqu’elle a appris que des administrateurs de Presstalis étaient en train de s’associer pour se lancer, soit directement, soit indirectement avec l’aide de la presse quotidienne régionale, dans la distribution de la presse.  Comme le permet la nouvelle loi défendue par Franck Riester, ministre de la Culture, qui va être prochainement promulguée. 

Dans un marché en régression constante, l’entrée  de ces nouveaux acteurs condamne Presstalis et ses 1200 salariés et menace, à terme, son concurrent, les MLP ( Messageries Lyonnaises de Presse) qui prend 30% du marché. 

Michele Benbunan avait réussi à limiter le déficit d’exploitation de Presstalis à 5 millions d’euros pour 2019 et elle était en négociations avec Géodis et, dans une moindre mesure, La Poste afin de mettre en place un plan d’adossement sur cinq ans. 

Cette option recevait,semble-t-il, le soutien de Franck Riester, ministre de la Culture, mais elle ne verra  pas le jour. Le départ de madame Benbunan qui ne croit donc plus au redressement de l’entreprise met définitivement fin à cette solution. Michèle Benbunan serait sans doute restée en place et elle aurait, sans doute, renoncé au nouveau poste qu’elle aurait obtenu si ce plan avait pu être mis en place. 

Le fait que Louis Dreyfus, directeur général du Monde et président de la coopérative des quotidiens et Richard Lenormand, président de Marianne et président de la coopérative des magazines, prévenus de la démission de madame Benbunan dès le 15 juillet, aient porté leur choix sur Dominique Bernard, 64 ans, professionnel chevronné mais qui aurait connu quelques problèmes de santé, révèle à quel point le poste suscite désormais peu de convoitises . Certains murmurent que le Dg des MLP aurait même  pu, faute de candidatures, faire l’affaire mais le patron du Monde n’auraIt jamais voulu porter un tel coup au concurrent de Presstalis. On n’insulte pas l’avenir quand tout le système menace d’exploser.

Sans la loi, Presstalis était déjà en survie avec elle, se dirige vers la saisine du tribunal de commerce. Elle faisait face à un déficit structurel important, lié d’une part, au financement des plans sociaux et, de l’autre au coût de l’affacturage, c’est à dire du poids des emprunts exceptionnels destinés à couvrir des trous de trésorerie. Elle  ne pourra plus, comme par le passé, faire appel à l’Etat car celui-ci -ci pourra difficilement lui accorder d’autres prêts alors que la société n’a pas remboursé ceux que le FDES lui a octroyés. Le faire l’exposerait à des sanctions européennes qu’il n’a pas envie, de surcroît, d’encourir, quand il s’agit d’aider une société dont il souhaite la disparition.

Pourquoi les autorités financeraient-elles Presstalis , dont les fonds propres sont négatifs à hauteur de 480 millions d’euros, alors qu’elles viennent, par une nouvelle loi, de créer une alternative en ouvrant le marché à de nombreux concurrents ?

Et en tout premier lieu de la pqr, la seule crédible à leurs yeux car son rôle sera primordial lors des prochaines élections municipales et, bien évidemment, des présidentielles. 

En lui confiant la distribution des quotidiens nationaux, le gouvernement permet à la pqr de mettre la main sur les 19 millions d’euros que le Parlement octroie chaque année à la distribution de la presse ainsi que sur les 20 millions du fonds de péréquation.  Crée à la Libération, ce fonds est abondé par tous les titres de presse et toutes les publications distribués en France :son produit doit compenser le surcoût de distribution de la presse quotidienne nationale. 

Aujourd’hui, Le Figaro ou Le Monde ne vendent plus que 35000 exemplaires papier ( dont 20000 sont distribués sur l’île/de-France) , leurs coûts de distribution ne sont plus les mêmes qu’il y a dix et à fortiori vingt ans quand ils vendaient cinq fois plus. Un simple scooter suffit quand il fallait jadis un utilitaire. Dès lors, en mettant la main sur la péréquation la pqr qui s’appuiera sur son propre réseau s’approprie un pactole. Tout cela explique que La Dépêche et Ouest France soient les plus actifs sur ce dossier.

Comme, de surcroît, la pqr va pouvoir distribuer le chaud ( la pqn et les magazines d’info) mais aussi le froid ( les mensuels et toutes les autres publications)  , très  rémunérateur, celle-ci n’aura plus à craindre pour son avenir dans la prochaine décennie. Au moment où elle connaît,de nombreux déficits d’exploitation- /bien qu’elle bénéficie de dizaines de millions d’euros de fonds publics- elle va recevoir une aide complémentaire de 40 millions d’euros.

Et l’on comprend mieux pourquoi Michele Benbunan a préféré rendre son tablier avant d’être progressivement dépouillée de tous ses titres.

 

 

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