S'il faut parler de l'UNEF,

Depuis quelques jours, je suis contacté par des journalistes pour donner mon avis sur le fait que l’UNEF ne condamne pas une de ses représentantes locales parce qu’elle porte un voile.

S’il faut parler de l’UNEF,

Depuis quelques jours, je suis contacté par des journalistes pour donner mon avis sur le fait que l’UNEF ne condamne pas une de ses représentantes locales parce qu’elle porte un voile. 

Je n’ai pas répondu. Je ne voyais aucune bonne raison de le faire. Ou plutôt je ne voyais que des bonnes raisons de ne pas le faire. En voilà au moins trois. 

D’abord, s’il faut parler de l’UNEF aujourd’hui, je préfère que cela soit pour les soutenir, eux qui sont en première ligne pour défendre l’idée que la démocratisation scolaire n’est pas une utopie de jeunesse. En ce moment même, ils accompagnent nos centaines de milliers de petits frères et petites sœurs, neveux, nièces, cousins, cousines, voisins… qui ont les larmes aux yeux parce que la promesse des études supérieures s’est transformée, en un soir, en cauchemar des classements et des listes d’attentes. Et je pense qu’il y a d’autres choses à faire que de les entraver dans cette tâche.

Ensuite, il me semble que choisir son camp quand la ligne de partage des eaux a été tracée par Laurent Bouvet, c’est être à peu près sûr d’aller dans le mur. Les obsessions du Printemps Républicain ne sont pas les miennes et leur façon de disqualifier systématiquement leurs contradicteurs par un perfide "Je suis Charlie, mais..." - qui les relègue sans autre forme de procès au rang de complices des tueries de janvier (rien que ça !) - est à des lieues de ma conception d’une discussion démocratique.

Enfin, je ne vois pas l’intérêt de nourrir la bête du buzz et la fièvre des réseaux sociaux qui ne laissent aucune place à la nuance et au débat serein. 

Alors non, je ne pense pas qu’il y ait quoique ce soit de bon à tirer de cette polémique. Aucun avis à méditer. Aucun sens à tirer. Aucun progrès à percevoir. Ce sera sans moi. 

Et puis il y a eu la campagne d’injures, de harcèlement et d’humiliation contre une militante. Une campagne d’une violence inouïe, loin, bien loin du simple débat sur l’opportunité – ou non – de porter un signe religieux lorsque l’on a des responsabilités politiques ou syndicales. Une campagne de haine, se donnant des airs de saine réaction devant le péril d’un islam politique qui s’infiltre et gangrène nos universités. Une campagne de dénigrement qui s’est rapidement étendue à l’ensemble de l’organisation, dont le principal tort était de prendre la défense de l’une des leurs. 

C’est là que rester silencieux devient plus compliqué. Et qu’il faut prendre le temps d’une explication, même si j’en mesure les pièges et les risques de fâcherie. 

Je ne crois pas que les signes religieux, quels qu’ils soient, soient quelque chose de neutre. Lorsque j’ai eu des responsabilités syndicales, j’ai eu, à plusieurs reprises, à affirmer cette position. Elle a pu parfois donner lieu à des protestations – non pas tant en interne de l’UNEF  d’ailleurs, que sur la facho-sphère  puisque nous dénoncions dans le même temps le financement privilégié de l’enseignement privé catholique par le ministère de l’enseignement supérieur. Ce n’était donc, en effet, pas un moment très agréable, mais je ne renie rien de cette position. 

Comme hier, je pense qu’il faut barrer la route aux multiples tentatives des religions pour intervenir dans l’espace politique et que ce combat n’est pas accessoire, en France comme ailleurs dans le monde. 

Comme hier j’applaudis quand les bigots reculent et font place au progrès des droits humains comme cela a été le cas en Irlande ces derniers jours.  

Comme hier je pense que les femmes comme les hommes sont plus heureux chaque fois qu'ils sont libres de croire ou de ne pas croire, de vivre et de se comporter selon leur conscience et non en étant assujettis à des règles édictés pour eux par d'autres.   

Et pour autant, je comprends que les organisations progressistes discutent, en interne, de la meilleure façon de porter ces aspirations à l’émancipation sans exclure ni stigmatiser. La position à tenir n’a rien d’évident a priori et les contradictions sont suffisamment nombreuses pour ne pas considérer d’emblée comme une faute impardonnable le choix d’une modalité plutôt qu’une autre. Les discuter pourquoi pas, mais les condamner, vraiment, je ne vois pas.  

S’il faut parler de préservation des libertés et d’émancipation, mettons les re-tweets de côté et parlons des tentatives d’influence des religions sur les affaires publiques, à commencer par le droit à mourir dans la dignité et la PMA pour toutes. Fixons notre propre agenda de lutte contre les obscurantismes plutôt que d’accourir au moindre geignement des hérauts du combat laïc, aussi douteux qu’autoproclamés. 

Des débats, la gauche n’en manque pas. Des forces, il lui en reste quelques unes, et en premier lieu dans la jeunesse. Mais peut être plus pour longtemps si nous sombrons encore un peu plus dans ce que notre camp politique a de plus étriqué, et de plus sectaire.

Nos adversaires ne demandent que ça.

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