La morale à deux balles des pourfendeurs de l'islamogauchisme

Il y avait des gens peu fréquentables au rassemblement international organisé après les attentats de Charlie Hebdo, et en février dernier à la marche contre l'antisémitisme. Il y avait des criminels de guerre, élus ou non par leur peuple.

Je n'ai participé à aucun de ces rassemblements. Je n'irai pas non plus à celui de dimanche, étant loin de Paris. Surtout, je préfère les samedis en jaune, et parler social et démocratie.

Prenant la plume d'abord pour moi-même afin de mettre au clair ma position, il m'apparaît assez vite que laisser les musulmans seuls face à leur désarroi est une mauvaise idée. Déjà, nos lois leur interdisent depuis quinze ans des pratiques jadis tolérées. Je ne suis pas contre toutes les interdictions. Moi président, j'interdirais par exemple le cumul des logements, pour pouvoir loger ceux qui n'en ont pas. On éviterait des morts : ce serait un progrès. Mais interdire quelque chose à autrui ne me rend pas plus libre : en quoi serait-ce un progrès de forcer des bénévoles à adopter la neutralité vestimentaire du fonctionnaire ?

Interdire une forme d'expression de soi ne permet que de soulager les intolérants, et les mesures qui attentent aux libertés desservent souvent l'objectif visé. Par exemple, si on interdisait le port de signes religieux chez les parents en sortie scolaire d'une école publique, ne risque t-on pas de booster les écoles confessionnelles ? Chaque fois que l'on interdit quelque chose à une minorité (qui par définition, était tolérée jusque-là), on participe à la stigmatiser et on encourage les éléments les plus en révolte à se radicaliser, comme on dit. Tous les non-musulmans effrayés par les perspectives de guerre religieuse qu'on nous promet (peut-être pour éviter la guerre sociale vers laquelle nous pousse mathématiquement l'accroissement des inégalités) pourraient donc réfléchir à se joindre à ce genre de mobilisation.

Naturellement, on devrait pouvoir compter parmi les manifestants de demain, par réciprocité, sur tous ceux qui ont manifesté en solidarité avec les Juifs en février dernier, lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes frappés d'islamophobie.

Quand on s'est affiché près des derniers présidents de la République et de l'actuel, tous responsables du déclenchement de guerre ou de la vente de matériels à des régimes corrompus ou criminels, tels les sponsors qatari, émirati et saoudiens du terrorisme islamiste, on peut bien, je suppose s'afficher auprès d'un imam-youtubeur borderline !

Mais bon nombre de ces moralistes hors-sol se moquent bien des politiques criminelles que mènent nos représentants.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.