Ruée mondiale sur la chloroquine

On assiste, un mois et demi après les premiers articles scientifiques chinois, à une ruée mondiale sur la chloroquine et l’hydroxychloroquine (notre article n'étant pas scientifique, nous utiliserons seulement le premier terme pour faire simple).

Le phénomène a véritablement commencé lorsque Donald Trump a annoncé que la FDA (Food and Drug Administration) permettait aux médecins de combattre le Covid-19 avec la chloroquine, jeudi 19 mars. Peu après, des pharmaciens français ou américains se sont plaints de médecins, parfois retraités, qui prescrivent préventivement de la chloroquine pour eux-mêmes ou leurs proches.

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L’enthousiasme de Trump a eu des effets pervers immédiats. En Arizona, un homme est mort après avoir avalé du phosphate de chloroquine, produit destiné à l’entretien des aquariums ; sa femme est hospitalisée. De nombreuses overdoses ont été recensées au Nigeria, faisant deux morts et provoquant des cécités temporelles. Les annonces de la Maison blanche ont également eu un effet particulièrement sensible sur les prix du médicament, utilisé en Occident contre le lupus et l’arthrite. Une compagnie pharmaceutique du New-Jersey a brièvement augmenté ses prix de 98 % avant de revenir au prix normal. A Lagos, où la chloroquine était couramment utilisée comme antipaludéen avant 2005 (elle fut supplantée car la maladie lui résistait de plus en plus), le prix du médicament, habituellement modique car libre de droits, a grimpé de 400 % dans certaines pharmacies. Philanthropes, Bayer, inventeur de la chloroquine en 1934, Sonafi, Teva et Novartis offrent des doses à qui mieux mieux. 

L’Angleterre, qui avait interdit l’exportation de chloroquine le 26 février semble avoir pris du retard. Il y a une semaine, un médecin mettait en ligne une pétition demandant au ministère de la santé de faire tester l’antiviral. D’un autre côté, les autorités, alertées par l’AFP, ont ouvert une enquête sur le site internet qui vendait le médicament.

En Suisse, le canton de Vaud a réquisitionné la chloroquine pour assurer une juste répartition. Plus tôt, les mêmes dispositions avaient été prises par les autorités marocaines. Après que les Etats-Unis aient levés des restrictions d’importation envers des compagnies pharmaceutiques indiennes pour faciliter son approvisionnement, New Delhi a aujourd’hui décidé d’empêcher son exportation.

Aux Pays-Bas, le patron d’une boîte produisant la molécule tant convoitée a été placé sous protection policière après avoir reçu des visites pressantes à son domicile.

En République Démocratique du Congo, le président Tshisekedi et la Pharmakina, compagnie franco-allemande implantée localement, premier fabricant de quinine, aimeraient produire rapidement la molécule de synthèse inspirée de la quinine (alcaloïde naturel extraite du quinquina, arbre originaire d'Amérique du Sud).

Au Brésil, Jair Bolsonaro, dans les pas de Trump, refuse le confinement qui menacerait "d'exterminer des emplois", et demande à l'armée de contribuer à produire de la chloroquine... Didier Raoult aussi pense que le confinement est une mesure archaïque. Espérons qu'il a raison et que nous pourrons en produire massivement et soigner rapidement les malades. Si cela marche, alors gouvernants européens, lobbyistes et technocrates de l'OMS devront rendre des comptes. Pour le moment la chloroquine semble se généraliser grâce aux médecins et aux réseaux sociaux...

raoult

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