La vie secrète des arbres (lecture)

J’ai lu tout l’été, le plus lentement possible, en prenant quelques notes et relisant des passages avant d’aller plus avant, La vie secrète des arbres (sous-titres : Ce qu’ils ressentent. Comment ils communiquent) de Peter Wohlleben. Ce best-seller international a été traduit de l’allemand par Corinne Tresca. Il est publié en français chez Les Arènes.

La lecture est simple et les informations nombreuses. Des illustrations, notamment de la petite faune et des micro-organismes qui habitent les arbres, auraient été bienvenues.

Je vais essayer de vous donner quelques informations faciles à assimiler, mais vous invite à lire sur le sujet pour comprendre le fonctionnement des arbres, qui sont des êtres sociaux, faits pour vivre en collectivité, c’est-à-dire en forêt. Je précise que si Wohlleben parle de l’arbre et de la forêt en Europe en général, il prend ses exemples principalement dans les forêts des plaines d’Europe centrale (notamment dans sa forêt de Hümmel à l’ouest de l’Allemagne). Il y est aussi un peu question de la forêt des régions froides, pas du tout de la forêt tropicale.

Pardonnez-moi de lister seulement quelques informations marquantes :

- Les arbres vivent dans une autre temporalité que la nôtre. Ceux qui sont exposés trop tôt au soleil pousseront rapidement mais auront une courte vie. Leurs grosses cellules rend leur bois fragile, plus sensible aux agressions du vent ou des parasites. Un feuillu centenaire est un donc encore adolescent. Il faut recréer des forêts vierges en Europe, ce qu’on commence à faire, en éliminant l’intervention humaine dans un maximum d’espace. Contrairement à ce qu’on croit souvent, après quelques décennies, dans une forêt naturelle, les ronces n’ont plus assez de lumière pour survivre et les ballades sont aisées. Il faudra attendre 500 ans sans y toucher avant que les espaces qu’on abandonne à la nature puissent ressembler à des forêts vierges adultes.

- Les arbres des villes sont malheureux. Leurs interactions y sont réduits, et les défenses immunitaires des arbres faibles. En raison d’un sol tassé, ratissé ou goudronné, l’eau y pénètre mal, les connexions racinaires sont minimes, la vie du sol limitée. Pour survivre, les malheureux se tournent souvent vers les réseaux de canalisation où des gouttes s’échappent. Gavés de lumière dès l’enfance, ils poussent assez vite, mais privés de parents, ne pourront longtemps vivre. Cerise sur le gâteau, on les aura bien souvent affaiblis par des tailles répétées ou carrément supprimés pour préserver nos multiples réseaux de la croissance des racines.

- Le tremble est un arbre pionnier qui pousse vite. Il a mis au point une technique originale pour photosynthétiser la lumière, sur les deux faces de ses feuilles, en perpétuelle agitation. Après vingt ou trente ans, si on ne l’aide pas, il sera dépassé par d’autres arbres qui le priveront de lumière et donc de nourriture.

- Un hêtre adulte absorbe 97 % de la lumière du soleil. En moyenne, malgré les milliers de faînes qu’il disperse chaque année, il ne laisse, comme tous les arbres, qu’un descendant au cours de sa vie en moyenne. Il abrite pourtant sous sa houppe des poupons en nombre, qu’il nourrit de sucre à travers le méli-mélo des racines. A la mort de l’adulte, les plus jeunes se battent quelques décennies pour capter les rayons du soleil. Ceux qui perdent la bataille finissent par mourir.

- Un arbre mort dans la forêt offre le gîte et le couvert à de nombreuses formes de vie. 6000 espèces connues vivent sur les arbres en décomposition.

- Les champignons et bactéries aident les arbres à s’alimenter, et à être solidaires entre eux. Un arbre privé de lumière est souvent nourri par l’adulte qui le prive de lumière, par un réseau de radicelles auquel s’accroche des êtres vivants microscopiques qui nous restent largement mystérieux. Les scolytes, qui ravagent des plantations de conifères faussement apparentés à la forêt (car celle-ci est sauvage par définition) ne sont pas si méchants. Ils préparent le terrain à une forêt authentique. En Europe, les conifères devraient, d’après l’auteur, principalement se cantonner aux montagnes.

 

- Les essences importées d’Amérique atteignent rarement les dimensions spectaculaires du Nouveau Monde, car les champignons et bactéries de son continent d’origine sont absentes du sous-sol européen. Ils ne peuvent donc se nourrir correctement.

 

- Les arbres ont une mémoire. Un arbre privé d’eau, s’il survit, s’en souviendra toute sa vie, et réagira mieux à la prochaine sécheresse.

 

- Les arbres sont des régulateurs d’humidité. Au-delà de l’humidité marine, ce sont les forêts qui drainent les nuages vers l’intérieur du continent. Les sources naissent dans les forêts, qui permet à la pluie de s’infiltrer doucement, et en profondeur, dans le sol.

 

- Les forêts sont connectées à l’océan : Katsuniko Matsunaga, chercheur en chimie marine, a montré que les feuilles des arbres abritent des acides qui, grâce aux fleuves, alimentent les planctons marins.

 

- La monoculture d’arbres, notamment celle de résineux, est sans intérêt écologique. Les résineux sont naturellement faits pour la montagne. Bien souvent, ils souffrent de sécheresse dans les plaines. A la monoculture d’arbres, il faut préférer la futaie jardinée, dans lequel on laisse les générations cohabiter et on échelonne les prélèvements.

 

- Etonnement, les forêts européennes abritent cinquante fois plus de cerfs qu’ils ne pourraient en nourrir à l’état naturel, car les cervidés n’ont presque rien à se mettre sous la dent dans une forêt adulte. Friands de jeunes pousses et du sucre des bourgeons, ce sont eux, à l’état naturel, qui participeraient à conserver des espaces ouverts. Aujourd’hui, ils sont nourris par les chasseurs ou se servent directement dans les champs.

 

- Les composés volatiles des plantes sont intéressants : les noyers éloignent les moustiques, les aiguilles des conifères émettent des phytoncides qui stérilisent l’atmosphère, les forêts de feuillus font baisser la tension.

 

Enfin, le livre de Peter Wohlleben nous donne quelques billes d’optimisme. D’après lui, les arbres ont un patrimoine génétique assez riche pour survivre à une augmentation brutale des températures… Il faudra néanmoins leur rendre une grande partie du monde et les laisser tranquillement pousser où ils veulent. Demain, sans doute, passerons-nous les hivers dans des roulottes en bois faciles à chauffer, que nous transporteront aux beaux jours à l'ombre des cimes. Nous irons glander avec les porcs à l'automne, et pour suppléer aux protéines animales surabondantes, redécouvrirons le génie des fruitiers à coque.

 

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