Détour poétique sous les nuages: la classification de Lamarck

"Nuages diablotins", "nuages pommelés", "nuages moutonnés"... autant de catégories élaborées par le naturaliste français Lamarck au début du XIXe siècle pour classifier les nuages. Cette classification poétique n'a cependant pas pu rivaliser avec celle élaborée au même moment par Luke Howard, dont les cirrus et autres nimbus sont devenus nos catégories de référence.

Uu numéro récent de Concordance des temps, l'émission que Jean-Noël Jeanneney conduit avec brio sur France Culture depuis dix-huit ans maintenant, est venu replacer dans la longue durée le rapport de nos sociétés au temps qu'il fait. Pour cette émission, qui peut être téléchargée et écoutée ici, Jean-Noël Jeanneney avait invité l'historienne Anouchka Vasak, maître de conférences à l'université de Poitiers et qui a publié en 2007 un ouvrage majeur sur le sujet, intitulé Météorologies. Discours sur le ciel et le climat, des Lumières au romantisme (éditions Honoré Champion).

Au cours de ce voyage, Anouchka Vasak nous restitue l'histoire de la classification des nuages que nous connaissons aujourd'hui à travers les noms de cirrusstratus et autres nimbus. Cette classification a été élaborée et présentée en 1802 par Luke Howard, un pharmacien anglais, à l'occasion d'une conférence dont le texte a été ensuite publié sous le titre On the modifications of clouds. Cette classification se diffuse progressivement dans la première moitié du XIXe siècle, jusqu'à s'imposer comme référence.

La postérité de cette classification a éclipsé une autre classification, qui lui est exactement contemporaine mais a été élaborée de l'autre côté de la Manche. Son auteur, Jean-Baptiste de Lamarck, l'a élaborée en trois étapes successives: 1802 (an X), 1805 (an XIII) et 1818. Les efforts de Lamarck n'ont pas été couronnés de succès, et sa classification est tombée dans l'oubli.

La cause principale de l'échec de Lamarck est aussi ce qui fait tout l'intérêt de sa classification. Trop "naturaliste", celle-ci manquait de précision et s'avérait en définitive plus poétique que scientifique. C'est ce qui la rend amusante à parcourir aujourd'hui, au point que l'on regrette que la rigueur scientifique et la sécheresse du latin choisi par Howard l'aient emporté sur le charme de la classification française de Lamarck.

Dans un article consultable en ligne, Anouchka Vasak reproduit les différentes classifications élaborées au début du XIXe siècle, et en particulier les trois classifications de Lamarck. Celle de 1805 est la plus savoureuse, car la plus détaillée, des nuages en lambeaux aux nuages "diablotins" en passant par les nuages moutonnés. 

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Reste à savoir à quelle catégorie se rattachent les nuages que l'on peut observer dans le ciel de Paris en ce beau dimanche de juillet...

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