Macron et les sondages, ou quand le mirage se dissipe

La communication soignée du nouveau président "jupitérien" et de ses amis, prompts à saluer la "vague" triomphale qui l'aurait porté au pouvoir, ne doivent pas faire oublier qu'Emmanuel Macron a réalisé, au premier tour de la présidentielle, la 3e pire performance électorale de tous les présidents élus depuis 1965. Seul Jacques Chirac a fait pire - deux fois.

Les journaux multiplient, depuis hier, les articles sur la "chute" de la popularité d'Emmanuel Macron, l'Ifop faisant état d'une baisse de dix points en un mois de sa cote de popularité. Malgré la valeur toute relative de ces indicateurs, le phénomène semble réel puisque les méthodes de l'Ifop sont restées constantes au cours de la période: "toutes choses égales par ailleurs", le soutien exprimé par les personnes interrogées à l'endroit du président de la République a manifestement diminué.

Ceux que ce constat étonne devraient se souvenir des résultats de l'élection présidentielle, en cherchant à dissiper l'écran de fumée créé par les articles de quotidiens et hebdomadaires un peu trop prompts à saluer le "triomphe" du nouveau monarque républicain, qui aurait été porté au pouvoir par une "vague" irrépressible.

Préalable: choux et carottes électoraux

Les données communément utilisés pour comparer la performance de tel ou tel candidat lors de différents scrutins sont les résultats électoraux en pourcentage des suffrages exprimés. Cet indicateur, utile pour savoir qui a gagné un scrutin particulier, est en revanche peu utile pour comparer des scrutins distincts, dès lors qu'il occulte le nombre d'abstentionnistes (qui explique la différence entre le nombre d'inscrits et le nombre de votants) ainsi que le nombre de votes blancs et nuls (qui explique la différence entre le nombre de votants et le nombre de "suffrages exprimés").

Résumons-nous: Inscrits = Votants + Abstentionnistes

                           Votants = Exprimés + Blancs et Nuls

Intéressons-nous donc aux résultats électoraux de nos différents présidents élus depuis 1965 (première élection présidentielle au suffrage universel direct), en exprimant chaque score en pourcentage des inscrits

2017: calme plat sur Jupiter

En fait de vague, Emmanuel Macron n'a recueilli sur son nom, au premier tour (moment qu'il est possible de considérer comme étant celui de l'expression la plus pure d'un soutien "positif" à tel ou tel candidat), qu'un score représentant 18,19% des inscrits. Seul Jacques Chirac avait fait pire, à deux reprises, en 1995 (15,88%) et 2002 (13,76%). Sur un total de dix élections présidentielles, celle d'Emmanuel Macron se classe à la 8e place de ce point de vue. Selon ce critère, les deux prédécesseurs immédiats d'Emmanuel Macron le distancent largement: François Hollande avait recueilli le soutien de 22,30% de l'ensemble des électeurs inscrits en 2012, et Nicolas Sarkozy 25,74% en 2007.

En revanche, et malgré cette très faible performance au premier tour, l'accession de la candidate de l'extrême-droite au second tour aurait dû logiquement entraîner des reports de voix massifs et une véritable "vague" de soutien en faveur d'Emmanuel Macron. Jacques Chirac avait ainsi bénéficié de reports de voix gargantuesques en sa faveur entre le 21 avril et le 5 mai 2002: ce soir-là, il recueillait le soutien de 62% des électeurs inscrits (+48,24 points de pourcentage entre les deux tours), réalisant ainsi un score plus de 4,5 fois supérieur à son score du premier tour. Las! Emmanuel Macron ne parvint, le 7 mai 2017, qu'à atteindre un total de voix représentant seulement 43,59% des inscrits (+25,40 points de pourcentage entre les deux tours), ne multipliant son score du premier tour que par 2,4. 

Ainsi, celui qui s'est revendiqué comme le candidat unique des républicains face à l'extrême-droite qui menaçait n'est parvenu qu'à réaliser une performance électorale très similaire (entre 43 et 44% des inscrits) à celles de Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand en leur temps. Giscard puis Mitterrand avaient pourtant dû compter, en 1974, 1981 et 1988, avec des adversaires autrement plus puissants au second tour.


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