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Billet de blog 6 janvier 2026

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Un lundi de rentrée

Ce lundi de rentrée est dense. Très dense. Je le vois à ma « to-do-list » du jour : elle ne tient pas sur une page. C’était jamais arrivé ! Pour fêter ça, cet article ne raconte pas ma semaine, mais juste ma journée.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce lundi de rentrée est dense. Très dense. Je le vois à ma « to-do-list » du jour : elle ne tient pas sur une page. C’était jamais arrivé ! Pour fêter ça, cet article ne raconte pas ma semaine, mais juste ma journée.

Elle commence devant l’énorme grille du collège. J’ouvre la petite porte, incluse dans la grille, qui permet au personnel d’entrer. Pendant que je referme, je pense : « bienvenue en prison ! » Allez, un peu d’humour…

J’ai cours dans 40 minutes, ce qui laisse le temps de :

  • Imprimer 16 kilos de photocopies, résultat de mon travail de préparation pendant les (fausses) vacances
  • Me rappeler où est ma salle, puis mon bureau, puis ce qu’est une chaise, et comment je m’appelle, déjà ?
  • Préparer la salle, en me plantant 2 ou 3 fois, vu que j’ai encore un demi cerveau farouchement accroché à l’oreiller
  • Retourner à la photocopieuse parce que bien sûr j’en ai oublié
  • Préparer la musique d’entrée : ce sera Marilyn Manson, Sweet Dreams, je me fais plaisir.

Ça sonne !

1ère heure – des 3e

Je leur souhaite bonne année, et annonce dans la foulée ma résolution les concernant : j’ai plus du tout - mais du tout ! - envie de me prendre la tête avec les comportements inadaptés. Donc je ne laisse plus rien - mais vraiment rien ! - passer. Le message sera renouvelé dans toutes mes classes, avec le même effet immédiat : l’ambiance est bizarrement calme et studieuse.

On parle de l’emploi du temps de la semaine, léger comme un avenir en Ehpad : demain le cours est remplacé par l’intervention d’une asso, et jeudi on visite un musée. Ensuite je réponds à toutes leurs « questions libres », écrites avant les vacances. Florilège :

  • Quel est le personnage historique le plus inspirant pour vous ? (j’ai dit De Gaulle, à chaud, mais j’aurais pu dire Gandhi, mon grand-père, des noms vraiment classes)
  • Vous êtes fier de vos élèves ? (parfois, oui)
  • Vous aimez Macron ? (j’ai pas le droit de répondre, et vous, vous l’aimez ?)
  • C’est quoi la philosophie ? (réponse longue)
  • Êtes-vous riche ? (oui pour certains, mais pauvre pour d’autres)
  • Aimez-vous encore la mère de votre fils ? (réponse longue)
  • Vous avez déjà aimé un homme ? (non, mais allez savoir ! – ça les fait rire)
  • Vous avez déjà pris de la drogue ? (oui, de l’alcool, du tabac – ça les scotche, ils pensaient pas que c’étaient des drogues)
  • Êtes-vous heureux de faire ce métier ? (oui et non, ça je vous en parle souvent)

Vous préférez vous marier à Staline ou à Hitler ? (ni l’un ni l’autre – en mimant la chair de poule)

  • C’est quoi votre plus grand rêve ? (j’en ai deux, je leur raconte)
  • Que s’est-il passé dans les relations internationales depuis que Trump est au pouvoir ? (réponse longue !)
  • Est-ce que je peux repasser l’éval ? Avec le stress j’ai tout oublié (malheureusement, non)

A la fin de l’heure : je rends les éval d’avant les vacances, corrigées pendant.

A la récré : je reste dans ma salle, au calme. Pas envie d’entendre les collègues râler.

2e heure – des 4e

Bonne année ! Et il y en a quatre qui comprennent très vite que je ne laisse vraiment plus rien passer. Ensuite, j’entends les « chuuutt » de ceux qui ont compris.

Je mea culpate sur le Venezuela : une élève, dont la famille en est originaire, m’avait demandé avant les vacances si les Etats-Unis allaient attaquer. J’avais dit que je n’y croyais pas. Raté ! On en parle 10 minutes.

Je relance 2 élèves qui m’ont pas rendu le questionnaire sur les migrations dans leurs familles. J’ai oublié de fabriquer un document pour ma non voyante, je me note de le faire. Je devais donner ce même doc à 2 élèves absents la dernière fois, sont toujours absents, je me note de leur ramener encore. Je fais écrire le travail à faire : relire les leçons. Je leur raconte la fin de l’histoire de la Révolution, on traverse la période Napoléon en un quart d’heure, pas le temps de faire plus, le chapitre est déjà trop long. Et dire qu’à mon époque on étudiait toutes les batailles, d’Austerlitz à la Berezina, et Waterloo morne plaine !

Fin de l’heure : je rends les éval d’avant les vacances, corrigées pendant.

Zut : j’ai oublié d’appeler 2 élèves à la fin, j’avais des trucs à leur dire. Je me note : à faire la prochaine fois.

Pause déjeuner

Je demande au chef cuistot de nous garder des repas jeudi, quand on rentrera (tard) du musée avec 2 classes de 3e. A la cantine, ça parle des vacances, des gosses malades pendant, des élèves pénibles ce matin ; je me tire. Dans la salle des profs, re-belote. Je me re-tire. Réfugié politique dans ma salle. Je trie les questions des 3e, pour le florilège que vous avez lu.

3e heure – des 5e

Bonne année ! Je m’occupe de 2 élèves qui rattrapent l’éval faite avant les vacances (ils étaient absents). Les autres, en silence, ont compris : plus rien passer. Ensuite… Une de mes amies avait été touchée par l’histoire d’Eva, à qui un élève (jamais identifié) avait volé un stylo, vous vous souvenez ? Ladite amie, croisée pendant les vacances, m’a donné un lot de 2 stylos-quatre-couleurs. Je dois les offrir à Eva, avec le message suivant : la justice arrive parfois de là où on ne l’attend pas. Je transmets tout ça à Eva, dans un silence collectif ému. Un moment suspendu comme j’aime. Merci, très chère amie.

Ensuite ! Je distribue un doc qui résume tout notre travail autour de « savoir ou croyance ». J’annonce les notes de leur travail en groupes (compétence évaluée : ont-ils compris comment on travaille en groupe ?). On dessine un schéma de l’empire carolingien, pour qu’ils comprennent ce qu’est un empire. Je distribue un document guide « comment écrire une saynète », et je leur laisse quelques minutes (c’est déjà la fin) pour le découvrir.

Fin de l’heure : je rends les éval d’avant les vacances, corrigées pendant.

4e et 5e heure – des 3e (deux heures de suite)

Bonne année ! Une élève rattrape son éval. Un autre devait finir une punition : il est pas là, je me note de lui ramener. Travail à faire : relire les leçons, et pareil pour toutes les classes. Je donne la liste des garçons que je ne veux plus entendre pendant 2 semaines ; ils étaient prévenus. Je rappelle l’orga de la sortie au musée jeudi matin. Tout ça prend un bon quart d’heure.

Ensuite, je raconte l’entrée en guerre de l’URSS et des Etats-Unis en 1941, vidéos à l’appui.

J’explique la suite : un petit travail en groupes, des études de documents (pas les mêmes pour chaque groupe), ensuite vous venez raconter à la classe. Avant la récré, sortez vos téléphones et téléchargez les vidéos que je vous ai envoyées hier (dimanche).

Pendant la récré, j’improvise une explication sur l’intérêt des groupes avec niveaux mélangés. Parce que là c’est moi qui ai fait les groupes, donc ça râle un peu. J’explique après la récré : la science a prouvé que quand on mélange les élèves, tout le monde comprend mieux. Ceux qui-ont-compris expliquent à ceux qui-ont-pas, du coup ceux qui-ont-pas comprennent un peu, et ceux qui-ont-compris comprennent encore mieux en expliquant.

Vous avez compris ?

Très bien. Au boulot !

Pendant une demi-heure. Ça me repose. Presque. Faut quand même circuler, aider, expliquer, vérifier, surveiller…

Fin de l’heure : j’oublie de rendre les éval d’avant les vacances, corrigées pendant.

Re-zut. A faire demain.

6e heure – des 4e.

Bonne année ! Quatre élèves rattrapent leur éval (ah oui, au fait : pour le rattrapage, faut faire un nouveau sujet, sinon c’est trop fastoche ils se refilent les questions). Il y a un nouvel élève dans la classe, mais personne ne nous a prévenus avant. Il n’a pas de cahier, aucun document, il faudra tout lui donner, au moins les derniers docs, pour le reste… il faudra qu’il me dise (quand ?) ce qu’il a déjà vu. Trois élèves n’ont toujours pas rendu leur questionnaire-migrations, deux sont encore absentes ; on gère ça.

Ensuite, on peut travailler ! Ça parait fou ! Je raconte la Révolution entre la guerre (1792) et la mort du roi (1793). Puis une petite étude de documents. Elèves au travail, paisibles. Juste besoin de circuler, aider, expliquer…

Fin de l’heure : je rends les éval d’avant les vacances, corrigées pendant.

Ça sonne !

Fin de journée ? Presque. Dans la soirée, je corrige les éval rattrapées (comme ça, c’est fait), je fais le bilan du jour, je trie mes notes, ce qui reste à faire, prépare demain. Il est 22h.

J’écris le 1er jet de cet article.

C’est long !

Et tout ça pour une seule journée ?

Et encore : je vous ai pas parlé des demandes pour un mouchoir, pour les toilettes, pour sortir se moucher, pour prêter un stylo, pour répéter une 7ème fois la consigne, pour savoir si on change bientôt le plan de classe, sans oublier le fameux, récurrent et savoureux « monsieur, j’ai pas mon cahier »…

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