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Billet de blog 11 janvier 2026

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Qu'est-ce qu'on rigole !

Bilan de la visite au musée avec une première classe de 3e : et bien c’est positif ! Ils ont tous au moins un souvenir marquant. Et le tour de la classe donne une liste qui complétera bien la leçon, avec des petits détails qu’ils retiendront, pour certains, bien mieux que ce que je leur raconte. 

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 Mardi 6 janvier – Musique d’entrée en classe : Monstre de Foire (Circus-P revisité, proposition d’élève)

Le titre initial de la chanson, c’est Circus Monster, qu’un(e) certain(e) Eluna sur YouTube a traduit en français et a accéléré en rythme, la manip s’appelle le « nightcore ». Mes élèves m’en apprennent de belles, dites.

Les 3e passent à l’oral pour présenter leurs études de documents. N’ont pas eu beaucoup de temps de préparation, mais le résultat est vraiment bien ! Les 4e sont au taquet pendant le quizz sur Napoléon. Yanis (1), à chaque question, commente par un « j’suis trop fort ! » On compte les points : il a 9/20. On se marre, surtout lui ! Je suis bien content de l’avoir débusqué, ce quizz (si on oublie les photes d’aurthographe).

 Pendant la pause, Célia demande timidement (c’est pas son genre, pourtant) à aller aux toilettes. Elle voudrait aussi son sac (2) pour y « prendre des trucs ». Ah ! Je comprends pourquoi timide… Elle est rigolote, Célia. Blasée, désinvolte, du mal à finir ses exos, se fout un peu de tout, arrive à la bourre, avec un chewing-gum, elle a perdu un paquet de points pour tout ça, mais sacrément attachante. Pour les mêmes raisons, d’ailleurs. 

Une classe de 3e suit un atelier animé par une asso extérieure, j’ai pas bien compris le thème, j’étais pas là au début de l’atelier. Il y a Selma qui a peur que sur les photos on voie son double menton (elle n’en a pas) ; Louis, le probable-autiste-rigolo-mais-qui-peut-te-péter-à-la-gueule-à-tout-instant, qui tient tête à toute la classe sur le débat « pour ou contre l’uniforme à l’école » (il est contre, et convainc une dizaine de gamins) ; Mohamed, qui place « avec toute cette inflation dans la France de Macron » pendant le même débat sur l’uniforme. Il replace sa phrase dans un autre débat sur le vote à 16 ans. Pendant le 3e débat sur « liker c’est harceler », je lui offre ce qu’il veut s’il arrive à replacer l’inflation. Il n’y arrive pas.

J’ai beaucoup aimé, les voir débattre. On le fait jamais, en classe. Pas le temps. Je me note d’essayer. En EMC au moins, je pourrais.

Mercredi 7 janvier – Musique d’entrée : Gabriela (Katseye, proposition d’élève)

Les 5e commencent l’écriture de leur scénario sur le programme d’histoire. Là, ça devient chouette ! Ça feudartifice dans les cerveaux ! Et ça donne des trucs bien marrants. Ils inventent Elisabeth et Philippe à Jérusalem qui veulent se planquer des Croisés (vous êtes sûrs que c’est des prénoms de Jérusalem en 1099, les enfants ?), Charlemagne qui part en Croisade dès 800 et se fait décapiter en Grèce… Ils se sont même auto-restreints : ils pensaient qu’ils devaient juste raconter la leçon. Non ! Inventez ! Amusez-vous ! T’aurais vu leurs yeux… « C’est vrai monsieur, on a le droit ?? »

Je pars marcher après le déjeuner, autour de chez moi. Autre résolution de l’année : aller prendre l’air ! Pendant la marche, des idées surgissent pour la préparation des prochains cours. Je retrouve avec plaisir cette sensation : la créativité spontanée pendant la marche. Je bosse tout l’aprem, bien motivé.

J’ai aussi la force de dire « peut-être pas » : une collègue aimerait qu’on relise les rapports de stage des 3e pour lundi. Cinq jours, donc, en comptant le weekend avec enfant à charge. J’explique que je ferai de mon mieux, mais peut-être pas lundi. Je suis fatigué des injonctions, tous les jours, qui s’empilent, toutes urgentes, qui nous transforment en châteaux de cartes.

Jeudi 8 janvier

Ce matin, sortie au musée ! On est trois profs et une AESH, pour 54 élèves de 3e. Départ à 8h10. Le musée parle, en gros, de 39-45, des régimes totalitaires, de la déportation. On y va à pied et en transports en commun, en 1h15 aller (et pareil retour). C’est peut-être ça le plus fatigant, d’ailleurs. Les élèves sont calmes, à leur âge et à cette heure-là, sont plus en mode emmitouflés dans le manteau, à pioncer, qu’à sauter sur les fauteuils pour infarctuser les mamies partant au marché.

Les deux heures au musée sont plutôt paisibles, une bonne partie des élèves se prêtent au jeu, même si d’autres s’en fichent en attendant que l’heure tourne. Même Louis, mon probable-autiste, est presque parfait. On relève juste une descente aux toilettes en urgence (nausée, elle a pas vomi mais c’est pas passé loin) et une crise de larmes (angoisse ?) qui prend la moitié de la visite, plus tout le voyage de retour.

Je ferai le bilan avec les petits, pour savoir ce qu’ils ont retenu. Et savoir si c’était vraiment utile ; à chaud, j’ai un petit doute. Cela dit, j’ai entendu sur le trajet : « heureusement qu’on a vu tout ça en vrai, sinon j’aurais jamais cru que c’est vraiment arrivé ». Ah ! Déjà un bon point. Une collègue est surprise de cette remarque. Ben oui mais, la 2e guerre, pour eux, c’est au moins leurs arrière-grands-parents ! Donc totalement abstrait.

Vendredi 9 janvier – Musique : The Inspector Cluzo (chanson du groupe du même nom)

Bilan de la visite au musée avec une première classe de 3: et bien c’est positif ! Ils ont tous au moins un souvenir marquant, même ceux qui avaient l’air de s’en f***re. Et le tour de la classe donne une liste qui complétera bien la leçon, avec des petits détails qu’ils retiendront, pour certains, bien mieux que ce que je leur raconte. C’est de bonne guerre (mondiale), et c’est l’avantage de multiplier les sources d’apprentissage.

Les 6e ont des devoirs en SVT : une activité sur documents, bien entamée en classe, il reste juste la dernière question. Crois-moi ou pas, on y passe toute l’heure ! A partir de documents qui prouvent pourquoi deux individus N’APPARTIENNENT PAS à la même espèce, ils doivent trouver comment on prouve que deux individus APPARTIENNENT à la même espèce. Et ben ils sont paumés. Même si je les aide. Même les meilleurs élèves. Un lion et un tigre qui font des enfants qui, ensuite, ne peuvent pas avoir d’enfants : ça les dépasse. Par contre, une photo de « ligre », ça les passionne !

Les 5e sont à fond dans l’écriture du spectacle. Ils ont plein d’idées, on fait le tri, on s’amuse. Des habitants de Bruges, au XIIIe siècle, qui partent en voyage et reviennent avec un crocodile, on rigole. Clara qui commence toutes ses questions par « monsieur, euh… euh… euh……………………..… euh… », on rigole. « Monsieur, et si François 1er il était dyslexique ? » On rigole. « Monsieur, imaginons que Charlemagne et Charles Quint ils se battent… » Non !! On rigole.

  • Monsieur, qui c’est qui a construit la tour Eiffel ?
  • C’est M. Eiffel.
  • Et monsieur, qui c’est qui a construit l’Arc de Triomphe ?
  • Ben, c’est M. Triomphe.

On rigole. Maïssa, montrant une copie simple :

  • Monsieur, si on écrit sur ça, c’est bon ?
  • Vous devez écrire sur quoi ?
  • (Relisant la consigne) « Sur – une – feuille – à – part »
  • Et ça c’est quoi ?
  • … Une feuille à part ? (elle rigole)

En rentrant chez moi, je lis les derniers messages sur le groupe Whatsapp du collège.

Un prof d’EPS, depuis le gymnase : « quelqu’un peut venir chercher Imran, qui aime me répondre « de quoi j’me mêle » quand je le reprends sur sa conduite ? »

Une prof d’anglais, depuis sa salle : « urgence ménage, un élève ne s’est pas senti bien et il y a du pipi par terre au fond de la salle ! »

L’infirmière : un élève a pissé dans une poubelle de la salle de repos (alors qu’il y a des WC juste à côté).

Qu’est-ce qu’on rigole.

(1) Tous les prénoms sont modifiés

(2) Oui je sais, ça fait presque « saucisson sec »

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