Sommaire du numéro 94

Avec Pierre Senges, lu par Pierre Benetti, le cinéma devient la plus aimable des machines : tout part d’une phrase de Stan Laurel (de Laurel et Hardy…) sur les tartes à la crème, et, "avec une patience de détective" et un grand sens de la parodie, l'écrivain offre à un livre "aérien, inattendu et désopilant" sur Hollywood.

Littérature française

Arthur Adamov, L’arbitre aux mains vides, Éditions de Paris et Gilles Ortlieb, Un dénuement. Arthur Adamov, Fario
Deux livres autour d’Arthur Adamov : Gilles Ortlieb remet son œuvre sur le devant de la scène théâtrale en approchant sa vie « nue », tandis que les Éditions de Paris publient ses textes de jeunesse.

Pierric Bailly, Les enfants des autres, P.O.L
Sous influence lynchienne, Les enfants des autres, le nouveau roman de Pierric Bailly, est un roman qui égare ; mais on aime être perdu.

Mika Biermann, Trois jours dans la vie de Paul Cézanne, Anacharsis et Jérémie Gindre, Trois réputations, Zoé
En se concentrant sur de petits éléments qu'on néglige d'ordinaire, Trois jours dans la vie de Paul Cézanne de Mika Biermann et Trois réputations de Jérémie Gindre illustrent tous deux l'art de la forme brève pour dire une vie.

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, Minuit
Le nouveau roman de Jean Échenoz suit Gérard Fulmard, embauché par un parti politique groupusculaire pour des tâches indécises. Écriture cinématographique, récit farfelu, précision et humour sont au rendez-vous, mais cette Vie de Gérard Fulmard semble un peu gratuite.

Jean-Michel Espitallier, Cow-Boy, Inculte
Jean-Michel Espitallier mène une enquête un peu particulière sur le destin oublié de son grand-père, Eugène, originaire d’un petit village des Hautes-Alpes, parti au début des années 1900 vers la Californie pour devenir cow-boy, avant de revenir mystérieusement en France, et d’y rester.

Joris-Karl Huysmans en Pléiade
2019-2020, année Huysmans : ses romans et nouvelles sont entrés dans la Pléiade, dans une édition dirigée par André Guyaux et Pierre Jourde, les éditions Bartillat font paraître l’édition intégrale de ses écrits sur l’art, l’exposition Huysmans critique d’art se tient au musée d’Orsay jusqu’au 1er mars — sans oublier un Cahier de l’Herne paru en 1985, réédité et augmenté. Cet article sera publié dans quelques jours.  

Sophia de Séguin, La séparation, Le Tripode
Le premier livre de Sophia de Séguin est la chronique bien de son temps d’une rupture amoureuse. La séparation est libre, belle et neuve, mais sa virtuosité qui vire au clinquant laisse un sentiment de fausse légèreté.

Pierre Senges, Projectiles au sens propre, Verticales
Depuis vingt ans, Pierre Senges met du poil à gratter dans les certitudes et les idées reçues du savoir et de la littérature. Projectiles au sens propre, sans doute le livre le moins sinistre de ce début de décennie, s’attaque à un sujet sérieux : un lancer de tarte à la crème a-t-il un sens ?

Anne-Sophie Subilia, Neiges intérieures, Zoé
Neiges intérieures n’est pas qu’un simple récit de voyage au Groenland. Anne-Sophie Subilia propose plutôt une méditation sur l’abandon, la disgrâce, au cœur d’un monde désolé.

Discours de remise du premier Choix Goncourt du Royaume-Uni
Un éclairage britannique sur le prix Goncourt : Catriona Seth traduit pour EaN le discours de Marina Warner, présidente du jury d’étudiants qui a remis le premier Choix Goncourt à Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. En soulignant l’absence des « voix les plus stimulantes de la littérature française actuelle ».

Littérature étrangère

James Ellroy, La tempête qui vient, Rivages
Lecteurs (et lectrices), préparez-vous, James Ellroy a décidé de vous « choper par les couilles dès le premier chapitre ». Agitée, compulsive, tour-à-tour piétinante et emportée, La tempête qui vient fait surtout mal au cœur.

Ian McEwan, Une machine comme moi, Gallimard
Le nouveau roman de Ian McEwan se passe en 1982, mais un 1982 fictif, bien plus avancé que notre propre présent : Charlie Friend vient de s’offrir un humanoïde très sophistiqué, qu’il va refaçonner avec sa voisine. Une machine comme moi est un livre à plusieurs facettes, tout à la fois dystopie, uchronie et réflexion sur l’écriture.

Yiyun Li, La douceur de nos champs de bataille, Belfond
La douceur de nos champs de bataille de Yiyun Li fait dialoguer une narratrice et l'esprit de son fils, récemment suicidé. La romancière sino-américaine revient avec Steven Sampson sur la place du « je » dans ce roman autobiographique.

Yukio Mishima, Vie à vendre, Gallimard
Resté inédit en France, Vie à vendre a été publié deux ans avant le suicide spectaculaire de Yukio Mishima, le 25 novembre 1970. Une parodie des romans policiers et d’espionnage, dont le héros, qui a raté son suicide, met sa vie en vente au plus offrant, un texte imparfait, mais au charme insidieux.

Poésie

Guy Debord, Poésie etc., L’Échappée
Sous le titre La librairie de Guy Debord, les éditions L’Échappée publient l’ensemble des fiches de lecture de l’auteur de La société du spectacle, nous permettant d’appréhender ses rapports avec la littérature.

Pierre Senges © Jean-Luc Bertini Pierre Senges © Jean-Luc Bertini

Essais

Jean Prévost, Journal de travail 1929-1943, La Thébaïde
Jean Prévost est mort trop jeune, le 1er août 1944, dans le maquis du Vercors, moins de deux ans après avoir soutenu sa thèse sur Stendhal. Son Journal de travail, qui n’était pas destiné à être publié, permet de suivre à la fois son cheminement littéraire et son désir de prendre part aux mouvements de son époque.

Ingrid Storholmen, Tchernobyl. Récits, Lanskine et Chernobyl, une série HBO
Dans la lignée de La supplication de Svetlana Alexievitch, une jeune poète norvégienne, Ingrid Storholmen, écrit sur Tchernobyl, objet d’une série diffusée cette année par la chaîne HBO. Deux œuvres qui fonctionnent par fragments pour dire un événement impensable.

Paul Vidal de la Blache, Carnet 9. Allemagne & varia, Macula
Quinze ans après la guerre franco-allemande de 1870, Paul Vidal de la Blache, fondateur de la géographie républicaine des années 1880, voyage en Allemagne. Le Carnet 9 publié par Macula constitue une archive précieuse, une réussite esthétique et intellectuelle.

Histoire

Anne Applebaum, La famine rouge, Grasset
La famine rouge de la journaliste américaine Anne Applebaum se compose de deux parties qu’on appréciera diversement : d’un côté le récit détaillé et nourri d’une grande masse de documents de la famine ukrainienne de 1932-1933 ; de l’autre, une très faible analyse politique sous laquelle perce nettement le rejet a priori de la Révolution russe et du marxisme.

Bruno Dumézil, Le baptême de Clovis. 25 décembre 505 ?, Gallimard
Bruno Dumézil trouve une nouvelle façon de raconter un évènement sans cesse mis en récit depuis un millénaire et demi : le baptême de Clovis. Il synthétise ainsi bien des enjeux d’une période méconnue

Michel Porret, L’ombre du Diable, Georg
Deuxième édition, revue et corrigée, de L’ombre du Diable, de Michel Porret : l’historien y explore le cas de Michée Chauderon, la dernière sorcière exécutée à Genève en 1652. Un moment de bascule dans les cadres mentaux, après lequel « l’hypothèse démonologique devient fragile, caduque, anachronique, insensée ».

Heinrich Zimmermann, Le dernier voyage du capitaine Cook. Suivi de Interpréter la mort de Cook. Les enquêtes de Marshall Sahlins par Isabelle Merle, Anacharsis
1776 : l’Allemand Heinrich Zimmermann monte à bord du Discovery, commandé par le capitaine Cook, qui part pour son troisième et dernier voyage dans le Pacifique. Son journal de voyage en Océanie, petit miracle éditorial et ethnographique, vaut le détour.

Philosophie

Jean-François Marmion (dir.), Histoire universelle de la connerie, Éditions Sciences humaines et Serge Cosperec, La guerre des programmes (1975-2020), Éditions Lambert Lucas
C’est sans doute une tâche trop imposante que s’est imposé Jean-François Marmion en dirigeant une Histoire universelle de la connerie qui en propose des aperçus éclairants. De son côté, Serge Cospérec montre par un cas pratique, la guerre des programmes de philosophie, que les philosophes ne sont pas épargnés par le virus.

Nietzsche, Écrits philologiques VIII. Platon, Les Belles Lettres
De 27 à 35 ans, Nietzche est professeur de philologie à l’université de Bâle. Les Belles Lettres entament la publication de ses Écrits philologiques, en commençant par son cours sur Platon : ni éblouissant, ni complètement décevant, on y lit un jeune universitaire qui respecte les cadres, mais parvient à ne pas s’y laisser enfermer.

Politique

Zehra Doğan, Naz Öke et Daniel Fleury, Nous aurons aussi de beaux jours. Écrits de prison, Des femmes/Antoinette Fouque
Le régime turc de Tayyip Erdoğan a un incontestable mérite : celui de faire renaître une littérature carcérale. Après le roman de Burhan Sönmez, les nouvelles de Selahattin Demirtaş ou les carnets de prison d’Ahmet Altan, voici les écrits de prison de l’artiste et journaliste Zehra Doğan, fondatrice d’une agence d’information féministe kurde.

Sociologie

Marie-Ève Thérenty, Femmes de presse, femmes de lettres, CNRS
Chroniqueuses, publicistes, frondeuses, aventurières… Marie-Ève Thérenty distingue six figures de femmes journalistes dans Femmes de presse, femmes de lettres, qui examine leurs conditions d’accès à ce métier, du début du XIXe siècle à 1945, leur manière spécifique de l’exercer.

Arts plastiques

Émilie Goudal, Des damné(e)s de l’histoire. Les arts visuels face à la guerre d’Algérie, Les presses du réel
Des damné(e)s de l’Histoire. Les arts visuels face à la guerre d’Algérie d’Émilie Goudal est la première étude à s’intéresser à cette mémoire du point de vue des arts plastiques. Le livre met en évidence un corpus d’œuvres jusque-là négligées, et à travers elles l’ombre posée sur les enjeux qu’elles soulèvent.

Frans Masereel, 25 images de la passion d’un homme et L’œuvre, Martin de Halleux
Les « histoires sans paroles » du graveur belge Frans Masereel, précurseur du roman graphique, continuent d’être rééditées par les éditions Martin de Halleux. 25 images de la passion d’un homme et L’œuvre offrent une nouvelle possibilité de redécouvrir un artiste original, alliant puissance visuelle, fulgurances narratives et force de l’implicite.

Théâtre

Christian Schiaretti quitte le TNP
Pour sa dernière création en tant que directeur du TNP, Christian Schiaretti a mis en scène un diptyque : Hippolyte de Robert Garnier et Phèdre de Jean Racine. Il achève ainsi un magnifique parcours amorcé à Villeurbanne en 2002, sur lequel revient Monique Le Roux.

Chronique

Esquif Poésie (2)
Dans le deuxième épisode d’Esquif Poésie, notre chronique de l’actualité poétique, Marie Étienne lit Un grand instant d’Olivier Barbarant, qui rassemble une trentaine de textes en prose ou en vers, et a valu à son auteur le prix Apollinaire 2019.

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