Éditorial du numéro 68 : mélange des genres

C’est une grande figure de l’opposition démocratique polonaise, Karol Modzelewski, dont Jean-Yves Potel lit les substantiels mémoires. Intellectuel très proche de Solidarność, c’est aussi un médiéviste reconnu qui, dans "L’Europe des barbares" (2006), a mis en évidence le rôle des Slaves dans la naissance de l’Europe.

Jean-François Braunstein, philosophe des sciences et de la médecine, a choisi la forme du pamphlet pour dénoncer les errances de la théorie du genre, de l’animalisme et de certaines doctrines justifiant l’euthanasie. Richard Figuier peut approuver la position mais aurait souhaité davantage de vraie philosophie.

Michel Foucault ? Toujours présent avec ses cours de Clermont-Ferrand et surtout Vincennes qui questionnent l’inscription du mariage dans le droit et font émerger, observe Philippe Artières, la notion toujours très actuelle d’hétérotopie, de lieu autre, d’utopie.

Un de ces lieux pourrait être le Théâtre-Poème de Bruxelles, longtemps animé par Pierre Mertens et Monique Dorsel. Jacques Darras saisit l’occasion de la biographie de Pierre Mertens par Jean-Pierre Orban pour donner sa véritable place au sein de la culture européenne à ce juriste et romancier dont il salue en même temps l’enracinement bruxellois et l’obstinée belgitude.

Carole Matheron évoque dans toute son ampleur Erev, l’œuvre de l’écrivain yiddish Eli Chekhtman, disparu en 1996, qui retrace l’histoire d’une famille de Polésie sur plusieurs générations, des pogroms de la Russie tsariste à la fondation de l’État d’Israël. Récit d’une catastrophe et d’une aube nouvelle dans un texte saturé d’histoire, mémorial de la culture ashkénaze.

Que faisait-on l’hiver au Moyen Âge ? L’amour et des enfants, sans doute, nous dit Maurice Mourier, mais aussi des veillées culturelles lors desquelles l’on écoutait de beaux contes, dont ces lais de Marie de France que publie en édition bilingue la Bibliothèque de la Pléiade : autant de bijoux littéraires de tous les genres, du comique au merveilleux.

Leonard Cohen, note Claude Grimal, refusait les distinctions entre genres : « Il n’y pas de différence entre un poème et une chanson », affirmait l’auteur de « Suzanne » en 1969, « certains de mes écrits sont d’abord des chansons, d’autres des poèmes, d’autres des notes ». La voix est la même. La nostalgie est là.

J. L., 5 décembre 2018

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