Sommaire du numéro 68

Leonard Cohen, note Claude Grimal, refusait les distinctions entre genres : "Il n’y pas de différence entre un poème et une chanson", affirmait l’auteur de "Suzanne" en 1969, "certains de mes écrits sont d’abord des chansons, d’autres des poèmes, d’autres des notes". La voix est la même. La nostalgie est là.

Pierre Alferi, Hors sol. P.O.L
C'est un étrange montage, qu'on peut ranger en roman d'anticipation. Dans un futur assez proche et effrayant, Millénium réapparaît sous forme d'un bug : 43 fichiers triés, traduits et homogénéisés par une narratrice/traductrice. Hors sol fait montre de créativité, d’inventivité et d'insolence, mais la cité des mots construite par Pierre Alferi peut égarer son lecteur.

Jean-Pierre Orban, Pierre Mertens, le siècle pour mémoire. Biographie.  Les Impressions Nouvelles
Comment émerge-t-on d’une société aussi cosmopolite que Bruxelles pour prendre la parole d’une manière monolingue et universelle, sans pour autant perdre de vue les problèmes locaux et nationaux ? Ce problème s'est posé aux intellectuels belges, et en particulier au romancier Pierre Mertens. Son biographe, Jean-Pierre Orban, retrace le parcours de cet agitateur d'idées.

Jean-Claude Pirotte, La pluie à Rethel, La Table Ronde
Fraîchement réédité, La pluie à Rethel de Jean-Claude Pirotte est un récit d’amour contrarié, sans cesse remis au lendemain par son narrateur. On s'égare avec plaisir dans les méandres de ce grand cru qui n'a cessé de se bonifier depuis 1982.

Littérature étrangère

Edmund Blunden, La Grande Guerre en demi-teintes. Mémoires d’un poète anglais, Artois, Somme, Flandres (1916-1918), suivi d’un Supplément d’Interprétations et Variations poétiques, Editions Maurice Nadeau
Aux idéologies figées de la « Grande Guerre », les mémoires du poète et soldat anglais Edmund Blunden opposent une attention sidérante aux paysages dévastés et une empathie exemplaire pour toute forme de vie atteinte par la destruction.

Elie Chekhtman, Erev, Buchet-Chastel
Le grand écrivain yiddish Elie Chekhtman a passé trente ans à écrire Erev, ce grand cycle romanesque qui retrace la destinée de la famille Boïar, depuis les pogroms jusqu’à la création de l’État d’Israël, sous deux guerres mondiales et deux totalitarismes.

Liu Cixin, La Mort immortelle, Actes Sud
Après Le problème à trois corps et La forêt sombre, le romancier chinois Liu Cixin clôt avec La mort immortelle sa trilogie de science-fiction à l'échelle cosmique. L'humanité y lutte pour sa survie dans un univers où les lois de la physique deviennent des armes.

Leonard Cohen, La Flamme : poèmes, notes et dessins,Seuil
Dès la publication de ses premiers écrits, dans les années 1950, le jeune Leonard Cohen se fait au Canada, son pays natal, une réputation de poète et de romancier. Peu avant sa mort en 2016, il avait assemblé en grande partie le livre qui paraît aujourd’hui, qui présente aussi des extraits de son journal.

Richard Flanagan, Première personne, Actes Sud
Première personne, septième roman de Richard Flanagan, relate l’histoire de Kif Kehlmann, embauché pour écrire l’autobiographie de Siegfried Heidl, grand escroc australien des années 80. En attendant Nadeau a pu s’entretenir avec l’auteur lors de son passage à Paris.

Jim Harrison, Un sacré gueuleton, Flammarion
Jim Harrison aimait les vins du Rhône et du Languedoc, la marinade et les pièces de gibier. Il détestait le fast food, la piquette californienne, la malbouffe et la cuisine minceur. Un sacré gueuleton rassemble pour la première fois ses chroniques, qui dessinent une biographie vagabonde mais toujours cohérente : un auto-portrait rabelaisien, assaisonné d’une réflexion philosophique sur notre temps.  

Poésie  

Lais du Moyen Age, Récits de Marie de France et d’autres auteurs (XIIe-XIIIe siècles), Gallimard
Au Moyen Âge, femmes et hommes se réunissaient lors de veillées culturelles pour écouter de beaux contes, du comique au merveilleux, dont certains furent appelés « lais ». Quarante textes sont traduits aujourd'hui par Philippe Walter sous le nom de lais narratifs, dont ceux de Marie de France : des bijoux littéraires médiévaux.

José-Flore Tappy, Trás-os-Montes, La Dogana
L’art de José-Flore Tappy est profond : aéré de maintes racines, réminiscences de lectures, échos. Son dernier recueil, Trás-os-Montes, s’ouvre sous le regard d’une Vierge, en Grèce, et pense la poésie comme un mode d'appauvrissement.

Essais

Maxime Decout, Le pouvoir de l’imposture, Minuit
Avec Pouvoirs de l’imposture, Maxime Decout nous entraîne dans une visite guidée des arcanes de l’imposture littéraire.

Jean-Pierre Mertens Jean-Pierre Mertens

Histoire

Johann Chapoutot, Comprendre le nazisme, Tallandier
L’historien Johann Chapoutot, avec clarté et précision, définit le nazisme comme une « révolution culturelle » et une entreprise pseudo scientifique, qui vise à l’élimination à la fois des populations dites « inférieures » et de la pensée libre présente en Europe depuis au moins le XVIIe siècle.

Emmanuel Debruyne, « Femmes à boches ». Occupation du corps féminin dans la France et la Belgique de la Grande Guerre, Les Belles Lettres
Depuis les livres de Stéphane Audoin-Rouzeau et de Fabrice Virgili, le croisement entre genre, guerre et sexualité a profondément renouvelé l’approche des deux conflits mondiaux. Emmanuel Debruyne prolonge cette veine historique en étudiant les relations intimes qui se sont nouées entre les femmes et les militaires dans la zone occupée par l’armée allemande de 1914 à 1918.

Thomas W. Gaehtgens, La Cathédrale incendiée. Reims, septembre 1914, Gallimard
Thomas W. Gaehtgens replace le bombardement par l'armée allemande de la cathédrale de Reims, en 1914, dans son contexte religieux et symbolique, militaire, esthétique et politique, ainsi que dans la perspective d’une histoire plurielle, européenne.

Irina A. Khorochounova, Carnets de Kiev 1941-1943. Journal d’une bibliothécaire russe pendant l’occupation allemande, Calmann-Lévy /Mémorial de la Shoah
Irina Khorochounova, issue d’une famille aristocratique russe victime du régime soviétique, a été engagée comme bibliothécaire pendant l'occupation allemande de Kiev. Elle a consigné dans son Journal tout ce qu'elle a vu et ressenti — massacre de Babi Yar, rafles d'Ukrainiens, spoliations et opéra. Un témoignage inespéré.

Karol Modzelewski, Nous avons fait galoper l’histoire. Confessions d’un cavalier usé, Éditions de la Maison des sciences de l’homme
Les mémoires de Karol Modzelewski, figure de l’opposition démocratique polonaise, reviennent sur son combat militant et intellectuel dans le sillage de Solidarność. Elles regrettent, malgré la réussite de sa lutte contre la dictature, l’avènement d’une « liberté sans fraternité ».

Philosophie

Jean-François Braunstein, La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, Grasset
Jean-François Braunstein a choisi la forme du pamphlet pour dénoncer les errances de la théorie du genre, de l’animalisme et de certaines doctrines justifiant l’euthanasie. Mais son travail proprement philosophique déçoit, quand on ne le prend pas en flagrant délit de non-respect des textes.

Pierre-Henri Castel, Le Mal qui vient, Le Cerf
Pierre-Henri Castel réfléchit aux conditions de la fin de l’humanité, qui selon lui peut s’accomplir dans quelques siècles et à travers la réalisation du mal absolu. Il y a quelque chose de performatif dans la prolifération de tels discours de catastrophe, qui oublient que la « fin du monde » n’est jamais que la fin « d’un » monde.

Michel Foucault, La sexualité, suivi de Le discours sur la sexualité, EHESS/Seuil/Gallimard
Un nouveau volume constitué à partir d'archives personnelles rassemble des travaux inédits de Michel Foucault, qui laissent deviner la construction de La volonté de savoir. Cet ensemble d’écrits préparatoires permet de voir Foucault au travail, tant dans son enseignement que dans son écriture.

Sociologie

Bernard Lahire, L’interprétation sociologique des rêves, La Découverte
Avec L’interprétation sociologique des rêves, somme « théorico-méthodologique », Bernard Lahire se propose, en plus d’offrir une nouvelle « interprétation des rêves », de renouveler complètement les sciences sociales.

Arts plastiques

Miró au Grand Palais du 3 octobre 2018 au 4 février 2019
Présentant 150 œuvres cardinales (peintures, céramiques, bronzes), la remarquable exposition du Grand Palais met en évidence l’inventivité et la générosité du très grand créateur catalan Joan Miró.

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