Sommaire du numéro 90

La littérature étrangère est à la Une de ce nouveau numéro, avec le grand roman de Mircea Cărtărescu, "Solénoïde", qui confirme la place de l’écrivain roumain dans la littérature mondiale.

Littérature française

Nathacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit, Gallimard
Après que son jeune fils est envoyé en prison, sa mère se remémore sa propre jeunesse traumatisante. La délicatesse de l’écriture de Nathacha Appanah se marie mal à cette histoire de la violence, et Le ciel par-dessus le toit passe ainsi à côté de ses sujets.

Brigitte Giraud, Jour de courage, Flammarion

Le dernier roman de Brigitte Giraud se déroule en un jour, une heure de cours : son personnage principal, Livio, présente un exposé sur Magnus Hirchfeld, défenseur des droits des homosexuels, raconte le premier autodafé nazi par la parole, par le geste, par un corps « qui crie avant de se taire ».

Pierre Péju, L’œil de la nuit, Gallimard

Horace Frink a été l'un des introducteurs de la psychanalyse aux États-Unis. Sans vraiment convaincre, Pierre Péju raconte un homme brillant mais rejeté par le monde.

Tanguy Viel, Icebergs, Éditions de Minuit
Le premier essai du romancier Tanguy Viel est une plongée dans l’intimité de l’écriture. Icebergs est une enquête fragile et inquiète sur la possibilité d’être écrivain, sur le doute, l’imposture qui guette, le droit d’écrire…

Littérature étrangère

Mircea Cărtărescu, Solénoïde, Noir sur Blanc
Après La nostalgie, le romancier roumain Mircea Cărtărescu confirme son immense talent avec Solénoïde, journal d’un professeur qui aurait pu devenir écrivain dans la Roumanie communiste. Un roman démesuré qui, en explorant un monde intérieur, propose une expérience hors-normes.

Diana Evans, Ordinary People, Éditions du Globe
«
Je voulais montrer les nuances et la complexité de la britannicité noire » : Diana Evans, nouvelle star de la littérature anglaise, a répondu aux questions de Steven Sampson à l'occasion de la parution en français d'Ordinary People, qui se penche sur les méandres sentimentaux et érotiques de deux couples de la classe moyenne noire londonienne.

Karl Emil Franzos, Sender le bouffon, Circé
Sender le bouffon, chef-d’œuvre méconnu de Karl Emil Franzos, est traduit en français plus d’un siècle après sa publication : l’histoire d’un amuseur à la fois exalté et horrifié à l’idée d’être un traître à ses origines juives, par un écrivain au rire grinçant.

Christoph Hein, Gegenlauschangriff, Suhrkamp et Daniela Dahn, Der Schnee von Gestern ist die Sintflut von Heut, Rowohlt Taschenbuch Verlag
Trente ans après la chute du Mur de Berlin, deux livres non traduits en français montrent que la fin de la success story allemande a bien sonné et que l’avenir qu’elle a préparé est préoccupant. Christoph Hein rassemble des anecdotes significatives sur « l’entrée de la RDA en RFA » ou « la fin de la guerre germano-allemande ». Daniela Dahn expose les conflits internes et les luttes de mémoire dans la nouvelle Allemagne.

Gazmend Kapllani, Le pays des pas perdus, Intervalles
Partir ou rester, c’est la question qui taraude de nombreux habitants des Balkans : dans Le pays des pas perdus, inspiré de son expérience personnelle, l’Albanais Gazmend Kapllani met en scène deux frères qui se retrouvent après une longue séparation, celui qui s’est exilé et celui qui est resté, en laissant le débat ouvert.

Geovani Martins, Le soleil sur ma tête, Gallimard
Les nouvelles du Soleil sur ma tête se déroulent dans les favelas de Rio de Janeiro, où a grandi Geovani Martins, et ont connu un succès retentissant au Brésil. Au-delà d’un univers marqué la drogue et la violence, et de la maîtrise narrative dont fait preuve cet auteur de 28 ans, c’est la langue, inventive et débridée, magnifiquement traduite par Mathieu Dosse, qui retient l’attention.

Tommy Orange, Ici n’est plus ici, Albin Michel et Richard Wagamese, Starlight, Zoé

Chez Richard Wagamese, un fermier et photographe indien apprend à une Blanche à vivre dans la forêt ; Tommy Orange raconte à la manière d'une épopée tragique les trajectoires de douze Indiens d'Oakland. Deux Amérindiens de notre temps, deux territoires à l'opposé, deux grands romans sur l'être indien en Amérique.

Mircea Cărtărescu © Silviu Guiman Mircea Cărtărescu © Silviu Guiman

Poésie

Sophie Loizeau, Les loups, José Corti
La nature reste le territoire de la poésie : dans son dernier recueil, Sophie Loizeau observe les animaux et les paysages, et met en scène les forces contraires qui s'acharnent contre la nature, « ces mots qui souillent le poème ».

Essais

Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital, Seuil et Manfred Spitzer, Les ravages des écrans, L’Echappée
Deux essais signés Michel Desmurget et Manfred Spitzer démontent le mythe des bienfaits du numérique « éducatif », alertent sur les dangers liés aux écrans, de la cyberdépendance au cyberstress, et proposent des pistes pour prendre conscience de cette dépendance, et s’en arracher.

Tim Flannery, Le supercontinent, Flammarion

Le paléontologue Tim Flannery propose une Histoire naturelle de l’Europe particulièrement addictive avec Le supercontinent, livre de vulgarisation scientifique qui retrace les derniers cent millions d’années de l’Europe.

Michael Richardson (dir.), The International Encyclopedia of Surrealism, Bloomsbury
Michael Richardson reprend le projet d’Encyclopédie du surréalisme qu’André Breton ne put mener à bien : un projet pharaonique qui couvre vingt-trois pays, une soixantaine de concepts et dont on attend avec espoir la traduction française.


Carl Schmitt, Loi et jugement, Éditions de l’EHESS
Le point de départ de Loi et jugement, texte de 1912 de Carl Schmitt, est une question : « quand une décision judiciaire est-elle correcte ? ». Le juriste, futur théoricien du nazisme, y répond en s’attachant non pas à la doctrine, mais à la pratique.

Histoire

Antoine Lilti, L’héritage des Lumières, Gallimard/EHESS/Seuil

Antoine Lilti met à plat notre compréhension des Lumières, plus complexes et ambivalentes que l'héritage qu'on croit en tirer. Il nous invite à nous replonger dans les textes qui donnent, moins qu'une idéologie, une impulsion.

Antoine Lilti, L’héritage des Lumières, Gallimard/EHESS/Seuil
 et Roger-Pol Droit, Monsieur, je ne vous aime point, Albin Michel et Richard Popkin, Histoire du scepticisme, Agone
Roger Pol-Droit présente Voltaire et Rousseau sous le jour aimable du roman, Antoine Lilti offre une réflexion profonde et équilibrée de l’histoire et de la culture des Lumières, Richard Popkin retrace le devenir de l’une de leurs composantes majeures, le scepticisme. Trois livres qui, chacun à leur manière, déradicalisent les Lumières

Philippe Meyer, Histoire de Dresde, CNRS
Du village de pêcheur à la cité anéantie par les bombardements alliés de la Seconde Guerre mondiale en passant par les grandes heures de la capitale de la Saxe, Philippe Meyer livre une Histoire de Dresde documentée et clairvoyante.

Josephine Crawley Quinn, À la recherche des Phéniciens, La Découverte
Fondateurs de Carthage, à l’origine de l’alphabet grec, inspirateurs d’Homère, ancêtres des Britanniques et des Irlandais… Mais au-delà des mythes, qui sont les Phéniciens ? Étaient-ils un véritable peuple ? Josephine Crawley Quinn mène une enquête originale et stimulante.

Philosophie

Francis Wolff, Plaidoyer pour l’universel, Fayard
Francis Wolff veut rendre aux idées universalistes leur puissance mobilisatrice. Son Plaidoyer pour l’universel poursuit ainsi la défense de l’humanisme que le philosophe a entamé dans ses précédents ouvrages. Un livre vertigineux.

Sociologie

Matthew Desmond, Avis d’expulsion, Lux
À Milwaukee, 16 000 personnes sont expulsées chaque année de leur logement. Matthew Desmond a rencontré les locataires et les propriétaires et éclaire l’infinité d’enjeux politiques et sociaux qui se cache derrière l’euphémisme de « mal-logement ».

Arts plastiques

Exposition Félix Fénéon, Musée de l’Orangerie
Critique, collectionneur, anarchiste, c’est le sous-titre du catalogue de l’exposition que le Musée de l’Orangerie consacre à Félix Fénéon, un des grands passeurs de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.

Cinéma

Todd Phillips, Joker
Incarné par Joaquin Phoenix, le plus grand ennemi de Batman connaît un grand succès en salles avec l’origin story mise en scène par Todd Phillips, et attire les suspicions d’une partie de la critique. Guillaume Basquin salue ce Joker qui attaque frontalement le capitalisme et la société du spectacle.

Chroniques

Suspense (27)
Mike Nicol,
L’agence
, Gallimard
Pour L’agence, le Sud-Africain Mike Nicol prend pour thème la violence des élites de la « nation arc-en-ciel » et de ses services de renseignements. Une charge politique terrible et drôlatique.

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