Sommaire du numéro 45

La littérature par sa seule présence peut aussi incarner un esprit de résistance ; c’est elle qui défend le mieux cette existence individuelle, dans sa frivole fragilité, que tous les régimes totalitaires veulent mobiliser et détruire avec une constance qui interroge.

Littérature française

Constantin Alexandrakis,  Deux fois né, Verticales
Deux fois né est une bien étrange autobiographie, qui nous transporte de l’Olympe au Mexique chamanique en passant par la crise de la dette grecque.

Robert Bober, Vienne avant la nuit, POL
Publié en parallèle d’un film éponyme, Vienne avant la nuit est un album où les photographies se répondent pour interroger le passé d’un ancêtre inconnu, l’arrière-grand père de l’écrivain. Cet article sera publié dans quelques jours.

Blaise Cendrars, Œuvres romanesque I précédées de Poésies complètes & Œuvres romanesques II, Gallimard
Blaise Cendrars, grand voyageur, homme aux mille vies, est assurément, nous dit Maurice Mourier, « un écrivain complexe, retors, agile ». Son œuvre, gigantesque, l’une des plus fascinantes et les plus originales du XXe siècle. Cet article sera publié dans quelques jours.

Pascal Convert, Conversion, Filigranes
Il y a tout juste quatre ans, Pascal Convert, artiste-sculpteur, publiait La constellation du lion, livre consacré à sa mère. Conversion, qui en est comme le pendant masculin, s’attache à la figure paternelle.

Exposition Jean Echenoz, Roman, rotor, stator, Bibliothèque du Centre Pompidou, du 29 novembre 2017 au 5 mars 2018
EaN vous propose un long entretien dans lequel on traversera les espaces mentaux, romanesques et géographiques d’un écrivain qui se dit être, « en permanence, perméable et attentif à tout se qui se passe », parce que « c’est une espèce de maladie, (il) cherche toujours ».

Anne F. Garréta, Dans l’béton, Grasset
Le roman familial qu’écrit Anne F. Garréta, membre de l’Oulipo, est à la fois jouissif et mélancolique. Lire Dans l’béton, exploration du rapport de deux filles à leur père, plein d’inventivité textuelle, « c’est un peu comme lire un roman de Queneau tout en défonçant un mur avec une masse. »

Cahier Pierre Michon, L’Herne & Pierre Michon, Tablée suivi de Fraternité, L’Herne
Le substantiel Cahier de l’Herne : Pierre Michon est une nouvelle et légitime consécration. L’auteur des Vies minuscules semble recevoir avec ce volume un hommage collectif, qui donne par nombre d’études subtiles et originales une dimension nouvelle à son œuvre.

Littérature étrangère
 
Lawrence Block, Tue-moi, Gallimard & Ray Bradbury, La solitude est un cercueil de verre, Denoël
Le roman noir n’est pas un sous-genre qui demeure confiné dans l’arrière-fond des bibliothèques. On peut aborder ces textes selon des prismes variés. Ainsi, Alain Joubert revient à l’un des ses auteurs de prédilection, Lawrence Block, et propose également une lecture originale du seul roman noir de Ray Bradbury.

Piedad Bonnett, Ce qui n’a pas de nom, Métailié
Le fils de la poète Piedad Bonnett, Daniel, jeune schizophrène, s’est donné la mort. Ce qui n’a pas de nom, récit bref, incandescent, revient sur cet événement, l’éclaire. Et fait du texte l’espace d’une relation à la fois sentimentale et intellectuelle.

J. M. Coetzee, L’éducation de Jésus, Seuil
Quatre ans après L’enfance de Jésus, Coetzee poursuit logiquement avec L’éducation de Jésus, continuant d’occuper le blanc des Évangiles. Mais nous ne sommes plus en Palestine au Ier siècle et aucun des personnages ne s’appelle Jésus. Cet article sera publié dans quelques jours.

Stefania Giannotti, Troppo sale. Un addio con le ricette, Feltrinelli
Stefania Giannotti évoque la mort de son fils en racontant sa passion salvatrice pour la cuisine. Il en résulte un récit intime ponctué de recettes, où la nourriture constitue une mémoire vive et une invitation à l’oubli de soi.

Srdjan Valjarevic, Journal de l’hiver d’après, Actes Sud
Le deuxième roman de l’auteur de Côme, n’est pas seulement le journal d’une convalescence. Journal de l’hiver d’après mène aussi une réflexion sur une ville, Belgrade, sur ce qu’elle porte de soi-même et d’un rapport à l’histoire, sur comment un corps y revient à la vie.

David Vann, L’obscure clarté de l’air, Gallmeister
Dans L’obscure clarté de l’air, David Vann investit le mythe de Médée en en excluant tout surnaturel. La sorcière laisse donc place à une femme luttant pour la liberté et le pouvoir dans un monde patriarcal grossier et brutal.

Poésie

Jean Ristat, Ô vous qui dormez dans les étoiles enchaînés, Gallimard
Depuis 2009, Jean Ristat n’avait pas publié de poésie. Son dernier recueil, plein d’évocations au théâtre et à la culture du XVIIe siècle, semble aller à l’encontre des modes et des tendances actuelles.

Essais

Umberto Eco, Chroniques d’une société liquide, Grasset 

Les Chroniques d’une société liquide donnent à entendre, quelques mois après la disparition de leur auteur, la voix critique et singulière d’Umberto Eco. On y retrouve son impertinence savante, son ironie mordante, la puissance d’une pensée qui se porte sur les menus objets de nos existences. Cet article sera publié dans quelques jours.


Image du film « 300 Miles » d’Orwa Al Mokdad Image du film « 300 Miles » d’Orwa Al Mokdad

Dominique Eddé, Edward Said, le roman de sa pensée, La Fabrique 

Très peu d’ouvrages ont été consacrés à la figure majeure d’Edward Said. Quatorze ans après sa mort, Dominique Eddé qui était une amie très proche, lui consacre un livre dense qui entreprend de penser son travail et à sa vie à l’aune de ses positions théoriques sur la littérature.



Tom Wolfe, Le règne du langage, Robert Laffont
Tom Wolfe, figure exemplaire du « nouveau journalisme », auteur à succès du Bûcher des vanités, signe avec Le règne du langage un essai sur la théorie de l’évolution et sur l’apparition des langues. Confondantes, consternantes, ses positions permettent de réaliser combien le sophisme et la mauvaise foi intellectuelle peuvent être nocifs.

Histoire

Stephen Greenblatt, Adam & Ève, Flammarion
Avec la même verve et la même érudition que dans Will le magnifique, Stephen Greenblatt entreprend les figures d’Adam et d’Ève. Son livre, au-delà de l’analyse historique et littéraire précise des sources et des avatars du récit biblique, offre une réflexion forte sur le monde d’aujourd’hui et sur les structures de la pensée occidentale.

Arlette Jouanna, Montaigne, Gallimard
La remarquable biographie que consacre l’historienne Arlette Jouanna à Michel de Montaigne s’attache à contextualiser son existence et sa pensée. Elle confronte la littérature monumentale qui lui est consacrée à une approche  transdisciplinaire et dévoile toute l'inactualité si proche des troubles de notre temps de l’auteur des Essais.

Philosophie

Georges Didi-Huberman et Niki Giannari, Passer quoi qu’il en coûte, Minuit
Passer quoi qu’il en coûte s’élabore  à partir d’un poème de Niki Giannari qui accompagne un documentaire éponyme tourné dans un camp de migrants en Grèce. Georges Didi-Huberman commente cet ensemble depuis lequel il poursuit une réflexion au long cours et engage à reconsidérer l’une des questions les plus graves de notre époque.

Jacques Rancière,  Les bords de la fiction, Seuil
Lorsque Jacques Rancière parle de la fiction, on déborde très vite de l’esthétique vers le politique.

Politique

Justine Augier, De l’ardeur, Actes Sud, Yassin Al Haj Saleh, La Question syrienne, Actes Sud & Majd al-Dik, avec Nathalie Bontemps, À l’Est de Damas. Au bout du monde. Le témoignage d’un révolutionnaire syrien, Don Quichotte-Seuil
Comment parler de la Syrie au cœur de Paris ? Comment parler de 7 millions de déplacés, de 6 millions d'exilés et plus de 600 000 morts et disparus (sur une population de 22 millions d’habitants en 2011) ? Catherine Coquio nous propose d’en parler, de regarder, à tous les sens du terme, ce problème en face. Par un texte fascinant à lire ici et par un événement d’une ampleur inégalée où l’on pourra voir des films d’animation, des photographies, assister à un colloque et vivre enfin plus près de ce pays que l’on sait martyr mais que l’on continue d’ignorer.

Arts

Gilbert Lascault, Saveurs imprévues et secrètes, Hippocampe
Comment lire une anthologie de textes sur l’art de Gilbert Lascault ? Comment rendre compte de son ton si singulier, de son goût pour le bizarre, le mineur ? 

Cinéma

Jean-Paul Civeyrac, Rose pourquoi, POL
Une rose sans pourquoi n’est pas forcément une rose sans raison. Le cinéaste Jean-Paul Civeyrac explique dans un bel essai la raison pour laquelle cet énoncé résonne dans son œuvre.

Léonor Serraille, Jeune femme. Avec Laetitia Dosch, Souleymane Seye Ndiaye, Grégoire Monsaingeon… Belgique-France, 2017. En salles.
Jeune femme, de Léonor Serraille, est un premier film d’une justesse remarquable, qui se situe quelque part entre La vie rêvée des anges d’Erick Zonca et La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Une révélation, dans tous les sens du terme.

Théâtre

Falk Richter, Ivresse(s), Théâtre de la Tempête, jusqu’au 17 décembre & Thomas Bernhard, Maîtres anciens, Théâtre de la Bastille, jusqu’au 22 décembre
Deux spectacles : Maîtres anciens, au Théâtre de la Bastille et Ivresse(s) de Falk Richter à La Tempête. Très différents l’un de l’autre, ils apparaissent représentatifs d’une priorité donnée au texte qui persiste, résiste, malgré les écritures de plateau, les actualisations du répertoire, les jeux entre cinéma et théâtre.

Chroniques

Notre choix de revues (9)
Trois revues qui nous offrent des alternatives : La Revue du Crieur, le hors-série Desports, Mettray et Siècle 21.

Suspense : Mick Herron, Les lions sont morts, Actes Sud
Mick Herron est l’un des auteurs de romans d’espionnage les plus intéressants du moment. Dans une série de cinq romans, il met en scène des agents des services secrets britanniques avec un grand sens de l’action et de l’humour. Aurait-on trouvé le successeur de John Le Carré ?

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