Ce peut être aussi l’occasion de rencontrer ceux qui animent notre propre revue. EaN se félicite en effet d’être partenaire de cette manifestation chaleureuse qui se déroule, cette année encore, les 11 et 12 novembre 2017, à l’Espace des Blancs Manteaux (Paris IVe). EaN, qui consacre régulièrement une rubrique aux revues, publie dans ce n° 43 des articles qui mettent en vedette quelques publications.
Mais novembre, n’est-ce pas aussi le mois de l’atmosphère floue, de la demi-teinte, des ambiguïtés et, pour tout dire, de la mélancolie sous ses formes diverses ?
Mélancolie de Melville, le maître en trench-coat du film noir, qui emprunte son pseudonyme, nous dit Antoine De Baecque, au roman Pierre ou les ambiguïtés du romancier américain, et qui vit dans la nostalgie de L’Armée des ombres.
Quelque chose de cette mélancolie sans racines se retrouve chez la romancière allemande Esther Kinsky, déambulant à Londres le long d’un affluent sans charme de la Tamise, dans une « très belle variation sur la vie et le souvenir » (Jean-Luc Tiesset). Tout est ambiguïté également dans les personnages des nouvelles d’Hélène Lenoir, « qui maintient le flou et le vague des gestes et des situations », nous dit Jeanne Bacharach.
Mélancolie, mais mêlée de rage, chez James Baldwin revenant sur le Harlem de son enfance et le racisme du Sud. Mélancolie des souvenirs de Patrick Modiano dans la mise en scène « magnifique et émouvante » (Norbert Czarny) d'Un pedigree par Edouard Baer.
Et Enzo Traverso reprend l’expression de « mélancolie de gauche » pour décrire la situation politique actuelle en Europe… Novembre comme horizon… Mais le message n’est pas déprimant : il existe, dit Enzo Traverso, une « tradition cachée » de la mélancolie lucide, qui peut alimenter le « désir de comprendre pour agir ».
Pour sa part Linda Lê, outre Héroïnes, publie un recueil d’essais, Chercheurs d’ombres, dans lequel elle « ne sombre pas, écrit Hugo Pradelle à propos de cette quête de l’ombre, dans la nostalgie ou dans une déploration bien vaines » et, au contraire, affirme la vitalité de la littérature.
Invoquer la « vitalité de la littérature » contre le spleen de novembre ? Pourquoi pas ? N’est-ce pas l’esprit de ce Salon des Blancs Manteaux ? Venez nous voir.
J. L., 8 novembre 2017
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