Éditorial du numéro 99

À l’honneur, d’infatigables penseurs, qui sont aussi des hommes engagés : Pierre Vidal-Naquet, dont Sonia Dayan-Herzbrun évoque des souvenirs précis qui éclairent son action ; Étienne Balibar, dont Marc Lebiez indique les différentes manières qu’il a d’être embarqué.

Dans le numéro 99, dès aujourd’hui, ou bien en différé, En attendant Nadeau rassemble ponctuellement des grandes figures de la pensée, nous met en compagnie de François Gantheret, John Rawls, François Jullien…

Des œuvres littéraires, des personnages de roman, peuvent aussi être à leur manière, de grands « penseurs » (c’est Deleuze qui employait ce terme à leur propos). Les textes de Bolaño le sont sans aucun doute. Son projet conçu vers 1993, L’université inconnue, qui devait réunir une grande partie de sa poésie, et a été publié de manière posthume, en témoigne. Il est un adresse au lecteur qui, en autodidacte — comme l’était Bolaño lui-même — devra adhérer à sa cause ou la réfuter et constituer son propre canon littéraire.

Du côté de la littérature qui s’écrit en français, on lira De l’autre côté de la peau, de l’autrice biélorusse francophone Aliona Gloukhova qui situe l’intrigue de son deuxième roman entre le Portugal et Saint-Pétersbourg. Avec Des gens comme eux, Samira Sedira, comédienne et écrivaine, transforme un fait divers en exploration intime des violences sociales. Dans Jeanne, l’Algérie, la guerre, Anne-Marie Allain nous restitue « sa guerre », celle d’Algérie, où elle vécut adolescente, dans un très beau premier livre. Plus léger en apparence, mais réfléchi et grinçant, Mélancolie du pot de yaourt de Philippe Garnier est un livre drôle sur l’omniprésence dans nos vie des paquets, boîtes, sacs et autres emballages.

Au chapitre des essais, on s’intéressera aux logements et aux camps de regroupement dans l’Algérie en guerre, avec le livre de Samia Henni, Architecture de la contre-révolution ; ou encore au Culte des images avant l’iconoclasme, avec le livre enfin traduit d’Ernst Kitzinger. Une nouvelle édition admirablement commentée par Gabrielle Houbre des souvenirs d’Abel Barbin, né Adélaïde Herculine nous plonge, elle, dans le destin de centaines de sujet auxquels à la naissance on attribua un sexe erroné.

T. S., 11 mars 2020

www.en-attendant-nadeau.fr

 

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