Sommaire du numéro 30

La poésie à l’honneur, avec les poèmes inédits de Chalamov, l’entretien de Jean-Michel Maulpoix par Gérard Noiret, ou la substantielle anthologie de cinquante ans de poésie française par Yves di Manno et Isabelle Garron, éclairée par Marie Étienne et Anne Malaprade.

Littérature française

Catherine Benhamou, Hors-jeu, Éditions Des femmes - Antoinette Fouque et Agota Kristof, L’analphabète & Clous, Zoé
Agota Kristof, disparue en 2011, et qui a marqué les esprits à partir de 1987, avec sa trilogie Le Grand Cahier, La Preuve, Le Troisième Mensonge est ici rapprochée de Catherine Benhamou, une auteure plus secrète mais qui partage avec la première la modestie, le goût du théâtre et leur capacité à s’exposer, malgré leur timidité.

Albert Bensoussan, L’anneau, Al Manar
Il était un temps où juifs et musulmans cohabitaient en Algérie : dans l’enfance des narrateurs d’Albert Bensoussan qui, à travers eux, se souvient de la sienne.

Nina Leger, Mise en pièces, Gallimard et Gaspard Delanoë, Autoportrait (remake), Plein Jour
Mise en pièces de Nina Leger se donne l’apparence d’un court roman pornographique, étonnamment caustique et drôle. Autoportrait (Remake), est un collage autobiographique aussi drôle, dont l’auteur est un artiste écrivant sous le pseudonyme de Gaspard Delanoë. Ces deux écrivains ont en commun d’appartenir au champ de l’art contemporain, de mettre en scène l’éphémère et de danser sur le fil d’un humour fort intime.

Noëlle Revaz, Hermine blanche et autres nouvelles, Gallimard
En vingt-neuf nouvelles, Noëlle Revaz nous entraîne dans les plus infimes méandres de ces corps et de leurs intériorités, là où l’on rencontre d’autres territoires, celui des animaux, des bêtes, des rêves, des fous, des ogres...  

Littérature étrangère

Un panorama de la littérature irakienne
L’Irak, à l’histoire  terrifiante, est l’un de ces lieux d’où émane  aujourd’hui une littérature  splendide, dont chaque œuvre est comme un défi à la mort toujours présente. En attendant Nadeau recense six livres importants parus récemment, de Chawki Abdelamir, d’Ahmed Saadawi, de Hassan Blasim, de Sinan Antoon, d’Inaam Kachachi  et d’Ali Bader. Cet article a été publié sur Mediapart.

Jason Hrivnak, La maison des épreuves, L’Ogre
Les éditions de l’Ogre poursuivent leurs explorations littéraires, cette fois avec un étonnant premier roman canadien de Jason Hrivnak, La maison des épreuves. S’ouvrant sur un récit adolescent empreint de gravité, il se révèle rapidement joueur et halluciné. Faux jeu de rôle, vrai jeu de fausses pistes et libre au lecteur de laisser son imagination broder sur ces canevas.

Ismaël Kadaré, Matinées au café Rostand, Fayard
Le café Rostand qui se trouve sur la place du même nom, en face du Jardin du Luxembourg, est l’endroit où Kadaré écrit depuis des années. Sous le titre Matinées au café Rostand, l’écrivain nous livre ses réflexions à brûle-pourpoint sur des sujets qui lui tiennent à cœur.  Cet ouvrage permet ainsi aux lecteurs de se faire une idée de la personnalité de l’auteur qui n’a jamais beaucoup aimé parler de lui-même.

Molly Keane, La revenante, Quai Voltaire
La décadence de l’ascendancy anglo-irlandaise mise en scène dans une comédie caustique. Les secrets font surface, les langues se délient. À quel prix la grande maison pourra t-elle survivre ? Dans La revenante de Molly Keane, la fiction se fait théâtre.

Tom McCarthy, Satin Island, L’Olivier
Satin Island, roman de Tom McCarthy, se situe dans un univers virtuel et technocrate. On y trouve des échos de T.S. Eliot, de Ben Lerner et de Don DeLillo. Un roman très érudit et très parodique. 

W. G. Sebald, Amère patrie. À propos de la littérature autrichienne, Actes Sud
Le thème de la Heimat est au cœur de toute la littérature autrichienne de langue allemande, devenue un signe de reconnaissance des individus dispersés dans les différentes identités nationales de l’immense empire austro-hongrois. W.G. Sebald en montre les subtiles variations.

Martin Solares, N’envoyez pas de fleurs, Christian Bourgois
Après le succès de son premier roman, Les minutes noires (2009), le Mexicain Martin Solares revient avec N’envoyez pas de fleurs sur la scène de crime de la littérature mexicaine. Avec un grand défi : raconter la tragédie d’un pays qui lutte quotidiennement contre la violence d’une double séquestration politique, la première menée par les narcos, la deuxième par son propre gouvernement.

Yan Lianke, À la découverte du roman et Un chant céleste, Philippe Picquier

Après de nombreux autres livres de cet auteur, les éditions Philippe Picquier publient simultanément un essai et un roman de l’écrivain chinois Yan Lianke : À la découverte du roman et Un chant céleste. Cet article a été publié sur Mediapart.

Poésie

Varlam Chalamov, Cahiers de la Kolyma et autres poèmes, Maurice Nadeau
Les poèmes de Chalamov disent la souffrance toute nue et le besoin d’une littérature où les mots s’immisceraient dans l’âme comme une « meute de loups la nuit ».

Yves di Manno & Isabelle Garron, Un nouveau monde. Poésies en France 1960-2010, Flammarion
Où en est la poésie aujourd’hui ? Yves di Manno et Isabelle Garron, dans leur copieuse anthologie, répondent à cette question avec éloquence, érudition et une partialité assumée. Cette dernière est la règle : une anthologie, par principe, ne peut et ne doit pas tout recenser. Alors, autant qu’elle ait des parti pris et qu’elle les revendique.

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Jean-Michel Maulpoix, L’hirondelle rouge, Mercure de France
Jean-Michel Maulpoix publie L'hirondelle rouge, le plus sombre de ses 24 titres parus depuis 1978. Confronté à la perte du père et de la mère, témoin de la décrépitude de la génération qui l'a précédé, désormais aux portes la vieillesse, il lui reste à sauver ce qui peut l'être de la présence humaine d'aujourd'hui et à  refuser de céder à l'angoisse.

Paul Nougé, Au palais des images les spectres sont rois, Allia
Paul Nougé, « l’une des figures les plus symptomatiques et les plus irrécupérables de l'histoire littéraire belge », disait Francis Ponge a été éclipsé en partie par la figure de René Magritte. Il fallait le faire découvrir et le donner à lire, ce que fait Gérard Berréby en publiant 800 pages de ses « récits anthumes ».

Essais

Louis-Bernard Robitaille, Bouffées d’ostalgie. Fragments d’un continent disparu, Noir sur Blanc
C’est à un retour sur un « continent disparu » que nous invite le journaliste québécois avec ses notes de voyage en Europe de l’Est prises dans les années 1970. Ce recueil des clichés de l’époque, qui nous renvoie à nos représentations d’alors, devrait amuser ces sociétés « libérées » du communisme, aujourd’hui aux prises avec le populisme, l’autoritarisme et la corruption.  

Tzvetan Todorov, Le triomphe de l’artiste, Flammarion
Todorov éclaire les rapports compliqués des « artistes créateurs » à la révolution, d’abord comme « idée » (avant Octobre 1917) puis comme institution et incarnation du pouvoir (après Octobre 1917). Le livre forme un diptyque : la première partie  est une série de portraits brefs d’une quinzaine d’artistes face à la révolution; la seconde retrace le parcours individuel du peintre Kasimir Malevitch, de ses expériences avant-gardistes à ses tentatives de renouvellement artistique face au pouvoir communiste. Cet article a été publié sur Mediapart.

Histoire

Nils Andersson, Mémoire éclatée, de la décolonisation au déclin de l’occident, Éditions d’en bas
Les mémoires d’un homme engagé pour la liberté de penser et d’écrire pendant la guerre froide. Le livre interdit eut ses éditeurs capables de trancher sur l’essentiel et d’articuler la pensée à la morale, l’action aux options. Nils Andersson fut de ceux-là et à le lire, nous plongeons dans ce qui constitua des chaînes d’insoumissions du second XXe siècle.

Jean-Pierre Langellier, Mobutu, Perrin
Aucune biographie digne de ce nom n’est encore revenue sur la trajectoire intellectuelle et politique de Mobutu qui, à force de mettre en scène son propre pouvoir pendant trente-deux ans de règne, est parvenu à effacer sa propre complexité et son rôle dans l’histoire. Le livre de Jean-Pierre Langellier ne vient malheureusement pas combler ce vide.

Philosophie

Giorgio Agamben, Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens en quatre scènes, Macula
Après avoir abordé quantité de sujets « graves » (l’homme soumis tout entier à la biopolitique ; le nouveau fascisme technique et financier, le musulman à Auschwitz… voici que le grand philosophe italien s’attaque à un sujet « joyeux et teinté d’un air de plaisanterie » : Polichinelle. Un divertissement sérieux, entre art et histoire.

Martine Leibovici & Anne-Marie Roviello, Le pervertissement totalitaire. La banalité du mal selon Hanah Arendt, Kimé
Le cas Eichmann amène à s’interroger sur cette perversion de l’esprit qui fait que l’on va présenter comme le bien ce que toute société humaine normale tient pour le mal : tuer massivement. Voilà ce que, lisant Arendt, Leibovici et Roviello appellent le « pervertissement totalitaire ». Sans doute fallait-il que s’écoule un demi-siècle pour que l’on puisse aborder ainsi la question, sans s’arrêter à la singularité du cas Eichmann pour ne plus voir que l’exemplarité de son procès, les problèmes théoriques qu’il a posés.

Arts

Henri Michaux : Face à face, Centre Wallonie-Bruxelles (Paris) – 22 février-21 mai 2017
Dans le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, l’exposition d’Henri Michaux : face à face rassemble 181 documents : peintures, dessins, livres (avec dédicaces), lettres de Michaux adressées à ses amis. Les encres, les gouaches, les aquarelles de Michaux multiplient les visages hallucinés qui surgissent.

Chronique

Suspense (10)
Le 36 : histoire de poulets, d’indics et de tueurs en série de Patricia Tourancheau est un livre sur le quai des Orfèvres, qui déménage cette année pour se transporter aux Batignolles. L’ouvrage mêle portraits de flics ripoux ou non, histoires de « balances » et récits d’affaires criminelles.

Chronique préélectorale (6)
Si elle n’est certes pas la seule responsable du climat tendu qui règne aujourd’hui en France à propos des élections, Marine Le Pen n’est pas étrangère à la tension que l’on perçoit dans le débat public, à la fois du fait de la rhétorique qu’elle manie et du rejet qu’elle fait naître chez ceux qui s’opposent à ses idées.

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