Éditorial du numéro 97

Ulysse Baratin a lu pour En attendant Nadeau l’énorme livre de Thomas Piketty, "Capital et idéologie", qui se présente à la fois comme une histoire mondiale des inégalités économiques et comme un programme pour réduire celles-ci, fondé notamment sur une rigoureuse progressivité fiscale et un plan de redistribution novateur.

Cette somme n’aura sans doute pas le succès mondial sidérant du Capital au XXIe siècle, mais on peut néanmoins souhaiter qu’elle ait un réel impact.

Siri Hustvedt et Jean-Christophe Bailly ont en commun d’opérer une fusion des genres, entre écriture et théorie, essai et roman pour la première, essai et poésie pour le second. Leurs géographies et leurs références sont éloignées mais ils donnent tous deux accès à l’intimité des œuvres et des vies par le biais de l’imaginaire, de la mémoire, du désir, et des manières souples — Siri Hustvedt dirait féminines — de penser.

La science-fiction chinoise, de Liu Cixin, dont les livres sont suivis avec régularité et passion par Sébastien Omont, et de Ken Liu, permet-elle d’envisager un avenir plus serein pour la Chine que celui qui s’énonce dans l’actualité ? Pas sûr, même si les conflits et les effondrements y sont atténués par des personnages conciliants, par une délicatesse de ton et une grande élégance narrative.

Guère moyen en revanche de sauver le personnage exécrable du dernier roman d’Yves Laplace, le sinistre antisémite Georges Montandon, sauf à considérer comme l’auteur que l’écriture, sans réparer, ouvre un espace critique de résistance et de réflexion. C’est ce qu’a toujours proposé Ursula Le Guin dont les essais viennent d’être traduits, un intérêt passionné pour le rapport à autrui et un rejet des préjugés, une inventivité généreuse et un refus de la facilité, en réfléchissant en particulier au statut de la femme qui écrit dans l’histoire.

Avant de retrouver, au cours de la quinzaine, Marie Cosnay, Johann Chapoutot, Georges Perec et Kostis Maloùtas, écoutons pour nous apaiser les voix des oiseaux. Les poètes qui les entendent et dialoguent avec eux donnent des ailes, et donnent de l’essor à l’existence et à la pensée.

T. S., 12 février 2020

www.en-attendant-nadeau.fr

 

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