Sommaire du numéro 62

Le devenir des peuples qui ont construit une culture propre et se trouvent affrontés à la « modernité » du capitalisme financier ou à la modernité tout court, technologique, des « forces productives », voilà en tout état de cause un bon fil directeur.

Littérature française

Joseph Andras, Kanaky. Sur les traces d’Alphonse Dianou, Actes Sud
Après le succès de Nos frères blessés, le deuxième roman de Joseph Andras met en scène le leader de la prise d’otage des gendarmes à Ouvéa en 1988. Une œuvre engagée, cohérente et forte qui paraît à quelques semaines du référendum en Nouvelle-Calédonie.

Thierry Froger, Les nuits d’Ava, Actes Sud
Après avoir réuni Danton et Godard dans Sauve qui peut (la révolution), Thierry Froger invente un autre couple : Ava Gardner et Gustave Courbet. Roman-enquête d’une grande inventivité, Les nuits d’Ava fait de la fabrique du roman le moyen de revaloriser la fiction.

Pierre Guyotat, Idiotie, Grasset

Après Coma, Formation et Arrière-fond, Idiotie de Pierre Guyotat montre comment toutes les formes de la révolte sont des conduites politiques de l’art. Un livre-événement.

Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit, La Peuplade
Le premier roman de Juliana Léveillé-Trudel raconte un voyage, un deuil, un amour pour le grand nord. Déconstruisant les oppositions essentialistes simpliste, le roman raconte les relations entre Canadiens et Inuits.
 
Pascal Quignard, L’enfant d’Ingolstadt, Grasset
Depuis presque vingt ans, Pascal Quignard écrit son Dernier royaume. Le dixième volume de cette série, L’enfant d’Ingolstadt, poursuit cette œuvre entêtée qui déploie une autre manière de penser la langue, le temps, les textes.

Steven Sampson, Moi, Philip Roth, Pierre-Guillaume de Roux
Spécialiste passionné, presque obsessionnel, de l’œuvre de Philip Roth, Steven Sampson lui consacre une fiction qui met en scène et en abîme la lecture et la vie, l’écrivain et son lecteur.

Bertrand Schefer, Série noire, POL
Série noire raconte comment un roman devient un fait divers. Bertrand Schefer va à rebrousse-poil de écrivains qui s’inspirent de faits divers pour écrire et convoque des images pour questionner notre imaginaire collectif et les limites de la fiction.

France Théoret, Les querelleurs, La peuplade
Sous les dehors d’une critique farcesque et cruelle des milieux littéraire, Les querelleurs de France Théoret, écrivaine québécoise méconnue en France, est un récit radical et exigeant qui questionne nos rapports au pouvoir, au langage et à la réalité.

Littérature étrangère

Bernardo Carvalho, Sympathie pour le démon, Métailié
Bernardo Carvalho avait déjà, dans Neuf nuits, exploré les liens entre la violence et le sacré. Sympathie pour le démon, récit haletant d’une déroute, mêle l’Histoire immédiate, une tragédie passionnelle entre deux hommes et quelque chose qui ressemble à un thriller, avec substitution d’identité. Mais ce roman de l’amoureux captif ne renferme pas seulement une charge destructrice.

Javier Cercas, Le monarque des ombres, Actes Sud
Javier Cercas revient là où tout a commencé : Le monarque des ombres, conclusion d’une trilogie sans fiction sur l’histoire espagnole, le mène sur les traces du héros de sa famille, Manuel Mena, et sur les champs de batailles de la guerre civile : à la source.

Lisa McInerney, Miracles du sang, Joëlle Losfeld
Sans être une suite véritable d’Hérésies glorieuses qui nous avait marqué l’an passé, Miracles du sang suit le même personnage de jeune dealer déjanté, poursuivant la chronique désabusée d’un underworld irlandais qui en synthétise les angoisses et la débâcle sociale du pays.

Dolores Prato, Bas la place y’a personne, Verdier
Pour avoir une idée de l’univers de Dolores Prato, il faut imaginer la rencontre de Simone Weil et de Flannery O’Connor. Née en 1892, elle les avait précédées sur un chemin de désolation ponctué de merveilles, qu’elle raconte dans une prose poétique et pleine d’esprit. Son livre-testament est aujourd’hui traduit par Laurent Lombard et Jean-Paul Manganaro.

Pierre Guyotat © Jean-Luc Bertini Pierre Guyotat © Jean-Luc Bertini

Heinz Rein, Berlin Finale, Belfond
Best-seller de la « littérature des ruines », publié en 1947, Berlin finale est un passionnant roman-feuilleton qui dessine le portrait d’une ville qui s’effondre. Esthétique documentaire, idéalisation du monde communiste, on y redécouvre une part de la littérature allemande de l’immédiat après-guerre.
 
Salman Rushdie, La Maison Golden, Actes Sud
Le 13e roman de Salman Rushdie est une saga familiale. De New York à Bombay on y suit la famille Golden de l’élection d’Obama à celle de Trump. Une tentative d’englober les grands bouleversements de l’Amérique et du monde et de dénoncer les fourvoiement du capitalisme sauvage.

Jón Kalman Stefánsson, Ásta, Grasset
C’est peut-être un roman de l’autre pente, désormais descendante, que le dernier livre de Jón Kalman Stefánsson. Mais les métamorphoses auxquels ce chemin conduit concernent moins les thèmes abordés que le système narratif qui préside à leur mouvement, et à notre émotion.

Poésie

W. B. Yeats, Correspondance avec Dorothy Wellesley, La Coopérative
Trois ans et demi avant sa disparition, Yeats rencontre Dorothy Wellesley, poète et aristocrate. Leur correspondance, autant technique que personnelle, toujours intense, témoigne de leurs liens affectifs et de l’extraordinaire énergie créative du poète à la fin de sa vie.  

Essais

Jade Lingaard (coord.), Éloge des mauvaises herbes. Ce que nous devons à la ZAD, Les Liens qui libèrent
Éloge des mauvaises herbes compile des textes d’intellectuels invités à témoigner de ce que la ZAD leur a fait. Livre de soutien à l’expérience, il permet de prendre conscience d’un réseau de solidarités politiques diverses intéressant mais pose la question de savoir qui possède l’autorité du discours sur le politique.  

Dominique Schnapper, La citoyenneté à l’épreuve, Gallimard
Dominique Schnapper revient sur la manière dont les individus transcendent leur spécificité dans un mouvement commun. À partir de l'exemple juif, en France, en Europe et aux Amériques, la politologue montre les difficultés de l'émancipation.

Histoire

Vincent Bloch, La Lutte. Cuba après l’effondrement de l’URSS, Vendémiaire
La lutte de Vincent Bloch questionne la lutte perpétuelle qui sous-tend le régime politique à Cuba et structure la vie de ses habitants. Entre histoire, sociologie et science politique, il y décrit des imaginaires politiques et une réalité spécifique à un pays trop souvent idéalisé.  

Philosophie

Karl Marx, Das Kapital. Kritik der politischen Ökonomie. Erster Band. Buch 1 : Der Produktionsprozess des Kapitals, VSA, Verlag
Parue à l’occasion du 150e anniversaire de la publication du Capital de Karl Marx, cette nouvelle édition, phénoménale, est un modèle de sérieux scientifique signée par l’un des intellectuels majeurs de la RDA.

Psychanalyse

Jean-Claude Lavie, Pour et contre l’amour. Monologue à deux voix, Gallimard
Le texte est bref, presque une plaquette. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il y a dans ce Pour et contre l’amour de Jean-Claude Lavie une densité et un humour qui revigorent. Une sorte de divertissement sur l’attente amoureuse, les formes du désir et la figure de la femme.

Arts

Jan Fabre, Ma nation : l’imagination, Fondation Maeght, 30 juin-11 novembre 2018
Ces dernières années l’artiste Jan Fabre se passionne pour le cerveau. Dialoguant avec la science, interrogeant la société moderne, il y loge toute la matière de son univers et sa conception de l’existence et de l’art. Une exposition rassemble ses sculptures et ses dessins à Saint-Paul de Vence en même temps qu’un livre paraît chez Gallimard.

Chroniques

Disques (9). Bye-bye Berlin par Marion Rampal, le Quatuor Manfred et Raphaël Imbert, Harmonia Mundi & Haevens – Amadeus & The Duke, Raphaël Imbert Project, Jazz Village
Bye-bye Berlin propose un panorama du paysage musical berlinois dans l’entre-deux-guerres. N’hésitant pas à adapter eux-mêmes les pièces pour leur ensemble, les musiciens se jouent totalement, et avec brio, d’une prétendue frontière entre musique de cabaret et musique savante.

www.en-attendant-nadeau.fr

 

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