Éditorial du numéro 73 - Agir

Comment agir ? C’est la question que pose sans relâche la philosophie morale de Jankélévitch auquel En attendant Nadeau consacre deux articles, à l’occasion de l’exposition des manuscrits du philosophe à la BnF et de la réunion de sept de ses essais écrits entre 1933 (La mauvaise conscience) et 1967 (Le pardon).

La pensée souple du philosophe, qui n’a pas peur ni de la recommandation ni de la contradiction, a encore beaucoup à nous dire.

Tout comme nous invite à agir la pensée de l’histoire de deux grands romanciers dont nous présentons les derniers livres, Hilsenrath, parce qu’il vient de mourir, et Lobo Antunes parce que cela fait plusieurs fois qu’il nous dit qu’il vient de faire paraître son dernier livre : dans les deux cas, l’horreur des crimes (la Shoah, les guerres coloniales) n’est jamais contenue, mais mise dans une forme qui nous oblige à réfléchir.

À l’occasion de la remise du prix Caillois, Philippe Lançon, auteur d’un des livres les plus marquants de l’année 2018, Le lambeau, répond à ceux qui l’honorent (parmi lesquels notre collaborateur Dominique Rabourdin), par un très beau texte sur le masque, faisant le pont entre la réflexion de Roger Caillois et la sienne. Un inédit publié dans notre journal.

Kamar Idir, lui, ne fait jamais la différence entre agir et écrire. Après avoir mené pendant dix ans des entretiens avec des exilés franco-algériens en grande précarité, il en tire un livre et des photos, publiés grâce à la Fédération Régionale des Acteurs Intervenants auprès des Chibanis, qui nous font plonger dans des récits de chute qui peuvent nous en dire beaucoup sur la culture de l’abandon.

On ne finira jamais de comprendre les rapports qu’entretiennent la littérature et l’histoire : d’où le livre que publie chez Gallimard Judith Lyon-Caen, sous-titré « Ce que l’histoire peut dire de la littérature », et dont Pierre Benetti rend compte ici en donnant de la grandeur au débat.

Alors continuons à lire. Au cours de la quinzaine, nous vous offrons de nouveaux rendez-vous : avec les poèmes de Jean Sénac, les chroniques du capitalisme en vitesse extrême (Alexandre Laumonier), des histoires extrêmes de l’occident extrême (avec l’écrivaine écossaise Kathleen Jamie qui voit le monde depuis le Groenland)...

Le 15 avril 1917, la grand-mère d’Irina Scherbakowa (Sonia Combe rend compte de son livre alors qu’il n’est pas encore traduit en français), écrivait dans son journal : « Les événements se succèdent à toute allure. Comme tout est nouveau, comme c’est excitant ! La vie frappe à la porte, la vie nouvelle. Il faut ouvrir en grand les portes et accueillir le nouvel hôte avec joie et courage. Je suis incroyablement heureuse de vivre ce moment ! »  Agir !

T. S., 13 février 2019

www.en-attendant-nadeau.fr

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