Éditorial du numéro 28

Sa région, Trás-os-Montes, a inspiré à l’écrivain portugais Miguel Torga des «Contes de la montagne» «pleins de fureur et de mystère», selon Linda Lê, qui rend compte de la belle édition intégrale de ces récits, peuplés d’«éclopés de l’existence».

Le « timide » Primo Levi, lui aussi, aimait la montagne, et La Montagne magique, lit-on dans les conversations avec Giovanni Tesio, conversations de 1987, inédites et inachevées, en raison du décès de l’écrivain. Norbert Czarny nous les présente.

Le germaniste Jacques Le Rider ne se contente pas d’expertiser une nouvelle et apparemment excellente traduction de La Montagne magique, il replace le classique de Thomas Mann dans l’angoissant contexte de l’époque. Serait-il aussi le nôtre ? Stéphane Michaud donne envie de lire l’ouvrage (en allemand) de Gerhard Kaiser sur les relations littéraires et journalistiques  entre Paris et l’Allemagne, de la Révolution française à 1933. Une thématique plus que jamais d’actualité. 

C’est pour restituer la complexité du réel qu’écrivains et penseurs inventent des termes et forgent des notions nouvelles. Albert Memmi, « Juif tunisien de culture française et de gauche », selon Albert Bensoussan, a inventé le terme hétérophobie, haine de l’Autre. Christian Limousin s’intéresse aux différentes facettes de l’hypersensibilité selon Évelyne Grossman, tandis que Maïté Bouyssy fait une lecture critique de la notion d’« hyper-lieu » proposée par le géographe Michel Lussault ; elle plaide plutôt pour les « espaces peu métropolisés ».

Les « nouvelles géographies » de la mondialisation sont pourtant là, qui offrent des occasions surprenantes de voyage : Alicia Marty raconte les drôlatiques tribulations de Melvil Poupaud lors d’un tournage en Chine ; Odile Hunoult décrit le périple militant de Maïakovski en Amérique ; Jean-Luc Tiesset a lu Koala de l’écrivain suisse Lukas Bärfuss : le suicide d’un frère incite le narrateur à un grand voyage (en Australie) afin de comprendre pourquoi ce dernier avait choisi le koala comme totem.

C’est un Michel Houellebecq inattendu, lecteur de Schopenhauer et admirateur de Huysmans, cartographe des territoires de notre monde abîmé, que restitue Maurice Mourier, dans une recension sereinement objective du Cahier de L’Herne consacré à cet auteur contesté, et probablement majeur.

Dans une substantielle recension, dont la problématique n’est peut-être pas sans affinités avec celle de Houellebecq, Jean-Louis Fabiani, tout en soulignant les qualités du livre de Marc Joly, conteste que la sociologie du XIXe siècle ait radicalement privé aujourd’hui de raison d’être et de légitimité l’interrogation philosophique, ce dont les philosophes ne peuvent que lui savoir gré.

Deux annonces enfin : EaN va désormais consacrer une rubrique essentiellement informative aux revues, qui travaillent trop souvent dans l’ombre pour la littérature en accueillant jeunes auteurs et textes inédits.

Enfin, dans le cadre de ce numéro, nous aurons le plaisir de consacrer une Une spéciale au Maroc, invité cette année du Salon du livre, qui ouvrira ses portes le 24 mars. 

J. L., 15 mars 2017

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