Éditorial du numéro 95

La poétesse amérindienne Joy Harjo a depuis longtemps essayé de faire de la langue anglaise un territoire indien, où l’on entende une voix ancestrale et rompue, en quelque sorte intraduisible. Son livre de souvenirs, "Crazy Brave", est traduit en français.

Il est en prose mais c’est déjà une belle occasion de faire la connaissance de cette voix extraordinaire de l’Indian Renaissance.

Du côté précurseur du Harlem Renaissance, le dévoilement au public francophone de l’œuvre de W. E. B. Du Bois s’enrichit de la traduction d’un ouvrage relatif à l’exposition « Des Nègres d’Amérique » réalisée par l’auteur afro-américain en 1900 pour l’Exposition universelle de Paris.  

Autres écrits résistants, ceux de l’anarchiste Camillo Berneri contre le fascisme qui permettent de revenir aux sources intellectuelles de la lutte contre Mussolini et tous les fascismes. Résister, c’est aussi parfois tout simplement changer de point de vue : ce que nous invite à faire Malcom Ferdinand dans son livre, Une écologie décoloniale, où il s’efforce d’articuler, autour de la figure de l’esclave marron, résistance écologique et résistance politique.

Georges-Arthur Goldschmidt rend hommage à Claude Régy en rappelant sa capacité à placer le langage hors de l’apparence des mots, hors de leur signification première. La connivence entre le metteur en scène et le traducteur doit alors être totale et montre la proximité entre ces deux arts.

La parution du cours de Jacques Derrida de 1998, Le parjure et le pardon, est l’occasion pour Richard Figuier de se centrer sur un étrange suspens du séminaire à propos d’une phrase dérangeante de Baudelaire dans Mon cœur mis à nu.

Proches de Claude Lefort, la politiste Justine Lacroix et le philosophe Jean-Yves Pranchère, interrogés par notre journal, s’inquiètent des attaques portées de toutes parts, à droite comme à gauche, contre les droits humains.

Deux articles sur l’actualité de Sade (autour de Gérard Macé et d’une exposition à la fondation Giacometti faisant un lien éclairant entre l’œuvre du sculpteur et sa lecture de Sade) ; la poursuite de l’œuvre-témoignage de Rithy Panh ; Rachel Rosenblum et son beau livre Mourir d’écrire, sur la psychanalyse des survivants ; et, parmi d’autres recensions, celle de la réédition du livre de Jean Meckert, Nous avons les mains rouges, sorti juste après 1945, et qui a pour personnages principaux des résistants français permet de revenir sur les liens toujours actuels entre résistance, police et justice : en Une du journal dans les jours qui viennent.

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T. S., 15 janvier 2020

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