Sommaire du numéro 95

Une grande nouvelle ! En attendant Nadeau publie une application pour smartphone, que vous pouvez télécharger gratuitement sur Apple Store et Google Play. Elle offre un meilleur confort, un mode de lecture hors-ligne et une navigation bien plus fluide à tous ceux qui nous lisent sur mobile, soit près de la moitié de nos lecteurs.

Littérature française

François Debluë, La seconde mort de Lazare, L’âge d’homme
Lazare ayant été ressuscité par Jésus, il a dû mourir une seconde fois. C’est le point de départ de François Debluë, qui se demande comment cette figure du Nouveau Testament a pu mener sa deuxième vie.

Claire Fercak, Ce qui est nommé reste en vie, Verticales
Le glioblastome est une maladie foudroyante qui provoque une profonde dégénérescence du cerveau. Claire Fercak en fait le thème de Ce qui est nommé reste en vie, roman au lyrisme maîtrisé qui conjugue analyse et émotion, raison et sensibilité. 

Gérard Macé, Je vous offre le néant, Gallimard
La vie et les œuvres de Sade ont fait l’objet de mille appropriations. Dans Je vous offre le néant, Gérard Macé n’utilise pas Sade comme un véhicule pour transmettre ses propres idées, mais se concentre sur sa valeur littéraire, sur ses textes, loin des polémiques et de l’idolâtrie.

Marcus Malte, Aires, Zulma
Une poignée de clampins roule sur des autoroutes françaises : le lecteur entre dans chaque automobile, écoute les conversations ou pénètre dans la conscience des personnages, qui se débattent dans un monde au bord d’une apocalypse qui n’a rien de spectaculaire. Aires, le nouveau roman de Marcus Malte, fait rire et glace le sang. 

Jean Meckert, Nous avons les mains rouges, Joëlle Losfeld
Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un homme fraîchement libéré de prison trouve refuge dans un groupe d’ancien maquisards, révoltés par les compromis de la paix, prêts à poursuivre « l’action directe ». Roman de la révolte et de ses dilemmes, Nous avons les mains rouges de Jean Meckert est réédité par Joëlle Losfeld.

Rithy Panh et Christophe Bataille, La paix avec les morts, Grasset
La paix avec les morts est le troisième livre co-signé par Rithy Panh et Christophe Bataille. Le cinéaste cambodgien et le romancier français prennent « le chemin des morts » pour « combattre l’oubli qui empêche les âmes errantes de trouver du repos ». 

Jean-Pierre Plisson, André Breton. Le fil rouge des enchantements, Éditions du Travail
Jean-Pierre Plisson fait l'histoire du mouvement surréaliste en suivant la trajectoire d'une de ses figures majeures. Pour Alain Joubert, si son livre restitue correctement une partie de l'histoire du mouvement, il exagère l'importance du lien avec le trotskysme et se fourvoie dans sa description de la fin du mouvement.

Huit romans de Raymond Roussel, Bouquins
La collection Bouquins rassemble huit romans de Raymond Roussel, parmi lesquels son livre le plus fascinant, Locus Solus. Maurice Mourier invite à lire cet auteur d'une œuvre à part, « la plus autarcique qui puisse être », qui annonce le surréalisme et le nouveau roman.

Littérature étrangère

Wolf Biermann, Ma vie de l’autre côté du Mur, Calmann-Lévy
Né à Hambourg en 1936, Wolf Biermann, fils d'un membre de la résistance antinazie assassiné à Auschwitz, choisit à quinze ans de poursuivre sa scolarité dans « la meilleure partie de l'Allemagne » : la RDA. Ce « poète chantant » y deviendra rapidement la bête noire d'un régime qui finira par lui ôter sa nationalité. Cette grande figure allemande publie son autobiographie, où le destin d'un homme rencontre celui d'un pays.

Ayhan Geçgin, La longue marche, Actes Sud
Âgé de 29 ans, Erkan quitte le domicile qu’il partage avec sa mère. Il devient SDF à Istanbul, puis se met en marche vers l’est, les montagnes, pour atteindre une nature vierge d’homme. La longue marche d’Ayhan Geçgin est l’histoire d’un Thoreau devenu fou, d’un homme qui erre pour se trouver.

Joy Harjo, Crazy Brave, Éditions du Globe
La poétesse et musicienne amérindienne Joy Harjo raconte sa vie dans Crazy Brave : son enfance difficile, la découverte de son penchant artistique à une école indienne en Nouveau-Mexique, et son épanouissement en tant qu'écrivain, fidèle à l'esprit de ses ancêtres.

Njabulo Ndebele, Le lamento de Winnie Mandela, Actes Sud
Quatre femmes d'Afrique du Sud éloignées de leurs maris, quatre Pénélope des temps modernes, se racontent autour d'un thé : entre dans le cercle Winnie Mandela, incarnation de la lutte politique, de l'impatience et du désir. Le lamento de Winnie Mandela, de Njabulo Ndebele, salue la solidarité féminine en plein apartheid.

Essais

Camillo Berneri, Contre le fascisme. Textes choisis (1923-1937), Agone
Structurés en trois parties (la figure de Mussolini, le fascisme italien et le fascisme « hors les murs »), les textes choisis d'un des penseurs les plus importants du mouvement anarchiste, Camillo Berneri, invitent à redécouvrir la rigueur théorique et la vitalité d'une pensée anti-fasciste cohérente et intransigeante, aujourd'hui oubliée.

Cristina Cattaneo, Naufragés sans visage. Donner un nom aux victimes de la Méditerranée, Albin Michel
Il faut identifier les morts pour prendre soin des vivants : dans Naufragés sans visage, Cristina Cattaneo rend compte de l’action d’un groupe de médecins légistes, mobilisés depuis 2013 pour donner un nom aux migrants noyés en Méditerranée. 

La ligne de couleur de W. E. B. Du Bois. Représenter l’Amérique noire au tournant du XXe siècle. Sous la direction de Whitney Battle-Baptiste et Britt Rusert, B42
En 1900, lors de l’Exposition universelle de Paris, W. E. B. Du Bois présente des graphiques montrant la situation des Africains-Américains, qui illustrent, de l’accès à l’éducation à la proportion des propriétaires fonciers, la « ligne de couleur ». Les éditions B42 reproduisent ces planches, qui expliquent en partie la situation actuelle. 

Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen, Seuil
Avec Une écologie décoloniale, Malcom Ferdinand propose un contre-récit à la pensée écologique dominante, dans l’objectif de résorber la « double fracture » séparant les enjeux environnementaux des enjeux décoloniaux. Une synthèse ambitieuse, qui pourrait être plus incisive et concrète. 

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Histoire

Michael Heinrich, Karl Marx et la naissance de la société moderne. Biographie intellectuelle, tome 1, 1818-1841, Éditions Sociales
L’œuvre de Marx est une recherche permanente. C’est ce que montre Michael Heinrich dans le premier tome d’une biographie intellectuelle établie à partir d’archives inédites, où il analyse les années d’apprentissage de l’auteur du Capital entre Trêves, Bonn et Berlin.

Mathilde Larrère, Il était une fois les Révolutions, Éditions du Détour
De la Chine à Cuba en passant par Haïti, Saint-Pétersbourg et le Mexique, l'historienne Mathilde Larrère, connue pour ses interventions médiatiques, écrit une histoire mondiale des révolutions et de ce qui les accompagne : anecdotes surprenantes, faits historiques méconnus, chansons, slogans, tags, recettes de cuisine…

Philosophie

Jean-François Bouthors et Jean-Luc Nancy, Démocratie ! Hic et nunc, François Bourin
Le philosophe Jean-Luc Nancy et le journaliste Jean-François Bouthors dialoguent dans l'objectif de « comprendre ce qui est nécessaire pour prévenir une sortie de la démocratie ». Définissant de manière très abstraite ce régime politique, Démocratie ! Hic et nunc ne propose que des réponses théoriques dont on peine à voir comment elles pourraient se transformer en propositions concrètes.

Jacques Derrida, Le parjure et le pardon, volume 1, Séminaire (1997-1998), Seuil
Dans son cours du 4 février 1998 à l’Ecole normale supérieure, Jacques Derrida reprend une réflexion sur une mystérieuse phrase de Baudelaire qui a fait couler beaucoup d’encre. La transcription de ce séminaire sur le parjure et le pardon révèle un autre point étrange : non seulement le philosophe ne travaille pas directement sur la pensée de Baudelaire, mais laisse à son auditeur et à son lecteur faire son interprétation.

Pierre Vesperini, La philosophie antique, Fayard
Pierre Vesperini veut « reconstituer les différentes expériences que l'on appelait “philosopher” dans l'Antiquité » : la philosophie des Grecs n’aurait aucun lien avec ce que nous appelons philosopher. Un grand nettoyage peu convaincant.

Politique

Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère, Les droits de l’homme rendent-ils idiots ? Seuil
Censés dissoudre le lien social ou renforcer l’individualisme marchand, les droits de l’homme seraient la cause des maux actuels les plus variés. Éloignés de toute tentation polémique, les politiste et philosophe Justine Lacroix et Jean-Yves Pranchère étudient méthodiquement ces condamnations, anciennes ou contemporaines. Et rappellent que « les droits de l’homme ne sont jamais uniquement les droits de l’individu. »

Psychanalyse

Rachel Rosenblum, Mourir d’écrire ? Shoah, traumas extrêmes et psychanalyse des survivants, PUF
Raconter ses traumatismes les plus profonds permettrait de s’en libérer. Rachel Rosenblum se distingue nettement de cette hypothèse en montrant les dangers de cette pratique et, plus largement, la diversité des réponses à la rencontre explosive d'une souffrance et d'un récit.

Sociologie

Ludger Schwarte, Philosophie de l’architecture, Zones et Collectif Rosa Bonheur, La ville vue d’en bas. Travail et production de l’espace populaire, Amsterdam
Dans sa Philosophie de l’architecture, Ludger Schwarte propose de penser celle-ci comme possibilité d’un espace public. À Roubaix, un collectif de sociologues montre comment l’espace périphérique de la relégation est produit en « espace populaire » par ses habitants. Deux théories et pratiques très différentes face au « capitalisme comme logique spatiale ».

Arts plastiques

Isabelle Alfonsi, Pour une esthétique de l’émancipation. Construire les lignées d’un art queer, B42
Questionnant l’usage d’un mot, « queer», désormais passe-partout, et son antagonisme présupposé avec l’art conventionnel, la galeriste Isabelle Alfonsi propose de « construire les lignées d’un art queer » pour donner un autre avenir à l’art contemporain.

Giacometti/Sade. Cruels objets du désir, Fondation Giacometti
« Hier lu Sade qui me passionne beaucoup », écrit Alberto Giacometti à André Breton en 1933. Jusqu'au 9 février, l'exposition Giacometti/Sade. Cruels objets du désir met en scène les œuvres de jeunesse de l’artiste en traçant un rapport éclairant avec sa lecture du Divin Marquis.

Théâtre

Hommage à Claude Régy
En 1978, Claude Régy monte une pièce de Peter Handke, Les gens déraisonnables sont en voie de disparition, suivie de Par les villages en 1983. Leur traducteur en français, Georges-Arthur Goldschmidt, se souvient du travail avec le metteur en scène décédé le 26 décembre dernier.

Caren Churchyll, Du ciel tombaient des animaux, Théâtre du Rond-Point et Viviane Théophilidès, Rosa Luxembourg Kabarett, Théâtre des Déchargeurs
Du ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill par Marc Paquien au Théâtre du Rond-Point ; Rosa Luxemburg Kabarett, écrit et mis en scène par Viviane Théophilidès au Théâtre des Déchargeurs : ces spectacles, fort dissemblables, offrent tous deux le plaisir de voir quatre femmes réunies sur un plateau.

Chronique

Archives et manuscrits (5)
Micheline Hontebeyrie revient sur la parution d'Août 1933, cahier resté inédit de Paul Valéry.

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