Sommaire du numéro 24 d'En attendant Nadeau

En attendant Nadeau a un an : plus de 20.000 internautes nous lisent chaque mois dans 25 pays. Nous avons publiés près de 600 articles, comptons plus de 120 contributeurs. Et voici notre numéro 24.

Littérature française

Sylvain Bourmeau, Bâtonnage, Stock
Passé par l’hebdomadaire Les Inrockuptibles et le site d’information Mediapart, Sylvain Bourmeau a été le directeur adjoint du quotidien Libération de 2011 à 2014. Il a continué de lire le journal, cette fois en feuilletant non pas les pages à faire, mais les pages faites ; en biffant les articles non pas pour les mettre sous presse (le bâtonnage en langage technique), mais pour en tirer un texte supplémentaire, poétique et nouveau.

Colette Fellous, Pièces détachées, Gallimard
Installée à Sidi Bou Saïd, la narratrice voit son monde basculer. Elle apprend la mort brutale d’un ami alors que l’attentat au musée du Bardo, à Tunis et celui de Sousse plongent la Tunisie dans la terreur.

Maryam Madjidi, Marx et la poupée, Le Nouvel Attila
La confiscation de la révolution iranienne par les Islamistes scelle le destin de Maryam. Elle grandit entre deux pays, deux cultures, deux langues. Marx et la poupée nous donne à lire ce destin en mouvement, entre l'Iran et la France, l'enfance et la maturité, le conte et l’autobiographie.

Patrick Ourednik, La fin du monde n’aurait pas eu lieu, Allia
Patrick Ourednik se fait l’écho, comme dans Europeana – Une brève histoire du XXe siècle, des discours habituels, éculés, pour construire une histoire de la fin du monde, qui, si l’on en croit le titre de l’ouvrage, « n’aurait pas eu lieu » et invite le lecteur à une réflexion sur l’histoire et ses discours, tout en tissant une réflexion, doucement ironique, sur la création littéraire.

Emmanuelle Pagano, Saufs riverains. Trilogie des rives (II), P.O.L
Saufs riverains est le deuxième tome de la Trilogie des rives, entamée par Emmanuelle Pagano en 2015, avec le magnifique Lignes et fils qui racontait l’histoire d’une famille de mouliniers, au bord des méandres de l’Ardèche. Emmanuelle Pagano y interroge à nouveau les liens de l’homme avec l’eau, à travers le récit de l’ennoyage de la vallée du Salagou.

Marc Pautrel, La sainte réalité. Vie de Jean-Siméon Chardin, Gallimard
Le roman de Marc Pautrel porte comme sous-titre Vie de Jean-Siméon Chardin, soit une vie de peintre dans le lignage littéraire qui court de Vasari à Pierre Michon. L’un des plus grands peintres du XVIIIe siècle était autodidacte, il  ne savait ni bien lire, ni bien écrire, mais il voulut apprendre à peindre.

Sylvain Prudhomme, Légende, Gallimard
On connaît l’intérêt de Sylvain Prudhomme pour la musique, avec Les Grands, consacré à Couto, le guitariste du Mama Djombo, célèbre groupe guinéen de la fin des années 1970 (Gallimard, 2014). Ici l’intérêt porté à « La Chou » est aussi celui porté aux années 1970 à ses mutations et à l’arrivée, comme un couperet, de l’épidémie du sida. Le roman de Sylvain Prudhomme, Légende, est à la fois hors du temps et pris dans l’enchaînement des événements et des éléments contre lesquels il semble impossible de lutter.

Tanguy Viel, Article 353 du Code pénal, Minuit
Martial Kermeur se trouve soudain confronté à la justice : il aurait précipité en mer un certain Antoine Lazenec, affairiste plutôt qu’homme d’affaires, venu dans la rade pour construire une station balnéaire moderne et attractive. Lazenec, entre autres méfaits, lui a escroqué 400 000 francs. Kermeur a-t-il poussé Lazenec ou l’a t-il laissé se noyer ?

Littérature étrangère

Asli Erdoğan, Le Silence même n'est plus à toi, Actes Sud

Incarcérée en juillet, Asli Erdoğan a été remise en liberté fin décembre, sous contrôle judiciaire, le temps de son procès. Avec une linguiste et deux journalistes, elle risque la prison à perpétuité. Son recueil, Le Silence même n’est plus à toi, rassemble 29 chroniques parues dans le journal Ozgur Gündem qui a été interdit en août dernier.

Carlo Emilio Gadda, L’affreuse embrouille de via Merulana, Seuil
Cinquante-trois ans après la première traduction du Quer pasticciaccio brutto de via Merulana (L’affreux pastis de la rue des merles) par Louis Bonalumi, les Éditions du Seuil rééditent un des plus grands romans du XXe siècle de la main d’un des meilleurs traducteurs de l’italien vers le français, Jean Paul Manganaro, traducteur entre autres d’Italo Calvino et de Roberto Calasso, qui fait entendre enfin le laboratoire linguistique de Carlo Emilio Gadda.

David Lipsky, Même si, en fin de compte, on devient évidemment soi-même, Au Diable Vauvert
D.T. Max, David Foster Wallace : Toute histoire d’amour est une histoire de fantômes, L’Olivier
David Foster Wallace, L’oubli, L’Olivier
L'étude biographique de D.T. Max, s’intéresse à la question du génie, fondamentale dans l’œuvre de Wallace, comme on le voit dans L’oubli, recueil de ses nouvelles récemment traduit. Le culte de ce romancier va-t-il exploser en France comme il l’a fait aux États-Unis ? Même si, en fin de compte, on devient évidemment soi-même relate l’interview menée en 1996 par David Lipsky du magazine Rolling Stone pendant la tournée promotionnelle de L’infinie comédie. Cet article sera publié dans quelques jours.

Michel Laub, La Pomme empoisonnée, Buchet-Chastel
Michel Laub, l’un des auteurs les plus en vue de la littérature brésilienne contemporaine, revient avec un roman, La Pomme empoisonnée, qui met en parallèle trois destinées : celle de Kurt Cobain, le chanteur du groupe Nirvana, celle d’Immaculée Ilibagiza, survivante tutsie du génocide rwandais, et celle du narrateur qu raconte, vingt ans après, l’histoire d’amour qu’il a vécu à l’époque avec Valeria, la chanteuse du groupe de rock dont il était le guitariste.

Sara Lövestam, En route vers toi, Actes Sud
Sara Lövestam, chroniqueuse au magazine gay QX, et aussi auteure de Différente, traduit en français en 2013, évoque dans En route vers soi le « secret » des femmes du début du siècle – leur lesbianisme. S’il permet au lecteur francophone de se rappeler que les pays « du Nord » n’étaient sans doute pas aussi progressistes que cela, le livre autorise le lecteur plus averti à croiser les noms de Selma Lagerlöf, Ellen Key, Anna Bugge ou Knut Wicksell, tous éminents penseurs engagés pour la cause des femmes.

Anna Maria Ortese, Les petites personnes, Actes Sud
Le grand intérêt du volume publié aujourd’hui sous le titre Les Petites Personnes, rassemblant trente-six textes d’origines et d’époques diverses, parus çà et là dans quelques journaux ou tout simplement inédits, issus du Fonds Anna Maria Ortese des Archives nationales de Naples, est de dessiner précisément les contours du lieu des origines, peuplé d’animaux et d’être muets dont il faut faire entendre la voix.

facebook

Poésie

André Breton, Lettres à Jacques Doucet, Gallimard
Un témoignage majeur sur le Breton de 25 ans, encore au cœur des épisodes Dada, et toujours sous l’influence ravageuse de Jacques Vaché. Sa rencontre récente avec Simone Kahn mène tout droit à un prochain mariage, malgré des conditions d’existence difficiles.

Christiane Veschambre, Basse langue, éditions Isabelle Sauvage
Un entretien de Gérard Noiret avec Christiane Veschambre, poète qui dès sa première publication en 1979 (Le lais de la traverse aux Editions des Femmes), a choisi d'écrire sans se préoccuper de ce qui pouvait être reconnu à un moment. Elle s'est autant tenue à l'écart des genres répertoriés que de leur transgression systématique. Liée à l'aventure des revues (elle a notamment cofondé Petite) et des ateliers d'écriture, elle a développé une œuvre portée par « l'expérience intérieure ».

Inédits de Christiane Veschambre
EaN publie quelques séquences d'un livre de Christiane Veschambre à paraître aux éditions Isabelle Sauvage, intitulé Écrire/Un caractère.

Essais

Alain Rey et Gilles Siouffi, De la nécessité du grec et du latin, Flammarion
Hubert Aupetit, Adeline Desbois-Ientile et Cécilia Suzzoni (dir.), Le bon air latin, Fayard

Deux ouvrages vivifiants qui nous expliquent que le latin et le grec sont loin d’être des langues mortes. De la nécessité du grec et du latin, d’Alain Rey et Gilles Sioufi, et Le bon air latin, dirigé par Hubert Aupetit, Adeline Desbois-Ientile et Cécilia Suzzoni indiquent la puissance émancipatrice de ces apprentissages.

Clara Royer, Imre Kertész. « L’Histoire de mes morts », Actes Sud
Un essai biographique extrêmement précieux qui livre de nombreuses informations au lecteur coutumier de l’œuvre de Imre Kertész. Il permet aussi à qui connaît moins l’œuvre et ses contextes, de mieux en cerner les contours.

Iain Sinclair, London Overground, Inculte
Claude Eveno, Revoir Paris, Christian Bourgois

Iain Sinclair suit le trajet de l'Overground, nouvelle ligne de métro aérien de Londres inaugurée en 2010 par le maire Boris Johnson. Claude Eveno, dans une démarche moins systématique, parcourt plusieurs quartiers de Paris et de sa banlieue, entre souvenirs et recherche d'un nouveau regard sur la ville. Écrits avant le « Brexit » et les attentats de novembre 2015, ces deux livres n'en sont pas moins très en prise avec notre temps. Cet article sera publié dans quelques jours.

Histoire

Peter Brown, À travers un trou d’aiguille, Les Belles Lettres
L’historien Peter Brown, éminent spécialiste du siècle d’Augustin, montre comment s’est produite la coupure intellectuelle qui oppose la richesse et la morale dans le Moyen Âge chrétien, coupure inconnue de la morale antique.

Clyde Plumauzille, Prostitution et révolution. Les femmes publiques dans le cité républicaine (1789-1804), Champ Vallon
L’étude de Clyde Plumauzille reprend le dossier de la prostitution parisienne après 1789, qu’il ancre dans le meilleur d’une histoire sociale et politique située à la croisée de l’histoire de la sexualité, de l’histoire de la déviance, de l’histoire des femmes et du genre. Il fait du phénomène prostitutionnel le révélateur des contradictions de l’universalisme républicain.

Philosophie

Laurence Hansen-Løve, Oublier le bien. Nommer le mal, Belin
Les formes nouvelles de violence  que l’on observe aujourd’hui, avec les attentats de masse en France et ailleurs, les guerres sans lois, les actes de cruauté de toute nature ont redonné vie à des problématiques anciennes de la philosophie morale et politique comme celui du mal. Le livre de Laurence Hansen-Løve, Oublier le bien. Nommer le mal, vient enrichir la réflexion sur ce sujet difficile.

Céline Spector, Éloges de l’injustice. La philosophie face à la déraison, Seuil
Dans un essai qui nous donne à lire une contre-histoire de la philosophie de Platon jusqu’à Rawls, Céline Spector s’interroge sur le tournant contemporain des théories de la justice.

Politique

Pierre Dardot & Christian Laval, Ce cauchemar qui n'en finit pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie, La Découverte
Pierre Dardot et Christian Laval avaient déjà identifié, dans La Nouvelle raison du monde (2010), le néolibéralisme comme un nouvel ennemi. La réception ne semble pas avoir dépassé le cercle des initiés. Ce cauchemar qui n'en finit pas (2016) porte donc en lui l'espoir qu'après Nuit Debout et avant l'élection de 2017 les analyses philosophiques puissent trouver leur transcription politique. Une critique radicale du néolibéralisme, mais sans visée programmatique.  

Arts plastiques

Exposition Frédéric Bazille, Musée d’Orsay

Frédéric Bazille (né en 1841 à Montpellier et mort engagé volontaire au combat en 1870) a peint une soixantaine de tableaux et de nombreux dessins. Très jeune, il a su peindre les lumières, le plein air, la peinture claire, la vie moderne, les portraits d’une famille, les corps nus, le paradis des grandes vacances.

Théâtre

Alexandra Badea, Europe connexion, mise en scène de Matthieu Roy (Théâtre ouvert)
Depuis la publication en 2009 de ses premiers textes par l’Arche, Alexandra Badea témoigne d’une grande continuité dans une écriture politique, rigoureuse et inventive. Elle le prouve une nouvelle fois avec Europe connexion, mis en scène à Théâtre ouvert par Matthieu Roy, dans un spectacle franco-taïwanais.

Et sur notre blog...

Lauren Groff, Les Furies, L’Olivier
Ancienne étudiante de Lorrie Moore, Lauren Groff vient de signer son troisième roman, Les Furies, qui fait fureur aux États-Unis, porté aux nues par le président Obama, sans doute pour son portrait d'un mariage qui dure vingt-quatre ans dans une fidélité fidèle à la tradition judéo-chrétienne, ainsi que pour son parti pris « féministe ».

www.en-attendant-nadeau.fr

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.