Tout d’abord cinq livraisons consacrées à la traduction avec plus de vingt-cinq articles, plaisants ou polémiques, personnels ou théoriques, qui feront alterner témoignages de lecteurs et expériences de traducteurs. « Enfin du nouveau sur la traduction », sommes-nous tentés de dire devant ce bel ensemble dont le maître d’œuvre a été Santiago Artozqui.
En même temps nous continuons EaN avec un n° 37 daté du 19 juillet qui, comme d’habitude sera complété au fl de l’été par de nombreux textes en différé pour vous surprendre et vous informer. Il sera question entre autres d’une machine à écrire, de jardins siciliens, d’étiquette à la cour, de livres perdus, du peintre Derain et de l’Albanie, de bien des choses en somme, en attendant notre rendez-vous du 23 août consacré à la rentrée 2017.
J. L., 18 juillet 2017
Littérature française
Silvia Baron Supervielle, Chant d’amour et de séparation, Gallimard
À partir de son expérience intime, Silvia Baron Supervielle entreprend une méditation subjective sur l’exil, l’écart qu’il induit.
Albin Bis, Albin, saison 2, Louise Botu
Après sa Saison 1, Albin Bis revient avec un livre polymorphe, plein d’audaces et d’étrangetés. Suite de micro-récits, de notes, d’entrées de journal intime, extraits de blog, dialogues, réflexions, mise en scène selon une géométrie virtuose, l’écrivain sublime l’hétéroclite et exprime un malaise existentiel paradoxalement assez joyeux.
Olivier Dubouclez, Almería, Actes Sud
Le premier roman d’Olivier Dubouclez met en scène un vagabondage sensible dans les ruelles d’Almería, en Espagne. C’est le récit de la persistance des espaces fondateurs de l’enfance dans la mémoire et les voix.
Alexis Gloaguen, Écrits de nature I, Maurice Nadeau
Alexis Gloaguen observe la nature qu’on oublie de regarder, qu’on ne voit plus ou presque. Au gré de notes d’une grande variété, il entreprend une réflexion inquiète sur le présent, rappelant l’urgence qu’il y a à préserver notre milieu naturel.
Le vertige
Catherine Coquio a rendu hommage à Pierre Pachet, disparu le 21 juin 2016, lors du colloque « Pierre Pachet, un esprit aux aguets » organisé à Paris 7 les 20 et 21 juin dernier
Entretien avec Sylvain Prudhomme
Comment trouve-t-on un rythme dans la langue ? Jusqu’où peut-on bousculer les formes littéraires ? Sylvain Prudhomme s’est confié sur son travail et l’origine de ses récits. Cet article a été publié sur Mediapart.
Christophe Ségas, Remington, Le Nouvel Attila
Le roman inquiétant et jubilatoire de Christophe Ségas raconte comment, alors que l’humanité périclite, une machine à écrire passe de mains en mains. Les récits fragmentaires qu’elle a servi à taper retracent la chronique d'un monde où la technologie a laissé bien moins de souvenirs que la littérature et les mythes.
Littérature étrangère
Ricardo Colautti, La trilogie Sebastián Dun, Éditions de l’Ogre
Ricardo Colautti, disparu en 1992, constitue selon son éditeur « le chaînon manquant entre Roberto Artl et César Aira ». Les trois romans courts qui composent La trilogie Sebastián Dun font découvrir l’écriture « électrisée » d’un des grands oubliés de la littérature latino-américaine dont l’importance reste encore à mesurer.
Ludwig Hohl, Le petit Cheval, Zoé
« Le Petit Cheval » et quatre autres nouvelles reparaissent aux Editions Zoé dans une traduction d’Antonin Moeri. Ces récits, parmi les premiers textes écrits par Ludwig Hohl, sont un hommage à ceux qui ont « le courage de voir les choses en face, de ne pas nier la catastrophe ni la flétrissure » et gagnent, à l’évocation des choses les plus simples, une densité métaphysique.
Samir Kacimi, L’amour au tournant, Seuil
Un vieil Algérois revient sur sa vie passée sans amour véritable quand il fait une rencontre merveilleuse dans un train. L’Algérie d’aujourd’hui est elle aussi présente à chaque tournant de ce roman de Samir Kacimi, avec ses trafiquants, ses librairies, ses théâtres en voie de disparition, et la violence toujours prête à éclater.
Michael Krüger, L’homme qui embrassait les arbres, Seuil
Les treize nouvelles de Michael Krüger, nourries de ses souvenirs et de son expérience personnelle dans l’édition, truffées de références savantes et culturelles, poursuivent une œuvre littéraire où la forme brève joue un rôle central.
Maggie O’Farrell, Assez de bleu dans le ciel, Belfond
Au centre du roman, un couple : elle, artiste célèbre décide de disparaître de la scène, lui, brillant linguiste, ne peut oublier le souvenir tragique d’un ancien amour. Autour d’eux, sur une période de trente ans, gravite une multitude de personnages qui apportent chacun leur pierre à un édifice narratif ambitieux qui s’emploie à témoigner de l’instabilité de la société et des individus qui s’y débattent.
Juan Trejo, La fin de la guerre froide, Actes Sud
Juan Trejo fait partie d’une nouvelle génération d’écrivains espagnols qui se libèrent de leur histoire pour s’aventurer vers des sujets plus amples et inscrits dans la réalité contemporaine. Dans La fin de la guerre froide, roman tentaculaire, il fait de Barcelone la figure exemplaire des contradictions de la modernité.
Bashkim Shehu, Le jeu, la chute du ciel, Éditions des Quatre Vivants
Bashkim Shehu, fils d’un premier ministre albanais “poussé au suicide” en 1981, combine son expérience de dix années passées dans un camp à celle d’un franciscain qu’il admire, Zef Pllumi, lui aussi emprisonné à plusieurs reprises. Il fait ainsi de l’histoire de l’Albanie celle d’un pandémonium effrayant.
Lionel Shriver, Les Mandible : une famille, 2029-2047, Belfond
Les Mandible de Lionel Shriver est à la fois la dystopie économique d’une Amérique à la dérive et la chronique satirique d’une famille exemplaire. Un roman féroce qui crée un univers tout d’inquiétante étrangeté.
Praomedya Ananda Toer, Le monde des hommes : Buru Quartet I & Enfants de toutes les nations : Buru Quartet II, Zulma
Disparu en 2006, Praomedya Ananda Toer, auteur de plus de cinquante romans, a entrepris en 1973 une immense fresque consacrée à ses compagnons d’infortunes, comme lui emprisonnés : le Buru Quartet. Les deux premiers volumes de ce cycle romanesque se lisent à la fois comme le portrait des luttes anti-impérialistes et le parcours d’un intellectuel tiraillé entre les valeurs de l’Asie et de l’Occident.
Giorgio Van Straten, Le livre des livres perdus, Actes Sud
En écrivant huit histoires vraies de livres perdus, Giorgio Van Straten réaffirme la puissance et la beauté de l’imagination pure. Ils « nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer. »
Peter Weiss, Esthétique de la résistance, Klincksieck
La réédition attendue du grand livre des insurrections de Peter Weiss, où l’on croise Münzenberg, le fameux militant communiste, mais aussi Brecht ou Trotsky et surtout Géricault (peignant Le Radeau de la Méduse) et Kafka (décrivant tous les exclus du Château). Cet article a été publié sur Mediapart.
Naomi Wood, Mrs Hemingway, Quai Voltaire
Steven Sampson interroge Naomi Wood sur les raisons qui l’ont poussées à écrire sur les quatre épouses d’Hemingway, sur ce que ces portraits disent d’un Hemingway intime qui tranche avec les clichés qu’il a lui-même si savamment entretenu.
Boris Zaïtsev, Le mont Athos & Valaam, pèlerinages d’un écrivain russe, Editions des Syrtes
Le récit des deux pèlerinages de Boris Zaïtsev (écrivain russe émigré en France, 1881-1972), effectués au Mont Athos (1927), puis à Valaam (1935), alors au sud de la Finlande, à la frontière de l’URSS, révèle un grand écrivain intérieur et sensible, doté d’une intense capacité descriptive.
Poésie
Hommage à Anise Koltz
Gérard Noiret rend un vibrant hommage, en dix touches subjectives, à la poésie exigeante d’Anise Koltz. Il y témoigne d’une expérience de lecture sur une longue durée et présente une oeuvre complexe qui interroge à la fois sa forme resserrée et les conditions de son élaboration.
Abdellatif Laâbi, Petites lumières, La Différence
Dans Petites lumières, recueil de textes parus initialement entre 1982 et 2016, édité par La Différence récemment disparue, le poète marocain Abdellatif Laâbi donne à lire, par-delà son œuvre poétique, le parcours d’une pensée éthique et plurielle. Il y traverse les lieux de mémoire, les œuvres des créateurs et les territoires d’exil pour défendre la conscience et la dignité humaines face aux règnes du silence et de l’arbitraire.
Christian Prigent, Chino aime le sport, POL
Poursuivant son cycle poétique centré autour de la figure de Chino, Christian Prigent investit, dans une langue versifié virevoltante, les figures de sportifs ancrées dans l’histoire politique et sociale des soixante-dix dernières années et qui semblent agir comme des modèles émancipateurs.
Essai
Pierre Musso, La religion industrielle, Fayard
Les transformations intervenues dans le mode de production « classique » en Europe et dans les territoires du nouveau monde depuis le XIXe siècle nous ont peut-être conduits à l’orée d’une nouvelle révolution industrielle. L’histoire ne s’arrête pas, et même si la mondialisation peut modifier la distribution des aires productives, rien ne prouve que les pays émergents puissent contester à brève échéance les positions dominantes bien établies.
Martine Segalen, Les enfants d’Achille et de Nike : éloge de la course à pied ordinaire, Métailié
Dans les années 1970, ils n’étaient que 7500 Français à courir, aujourd’hui ils sont des millions à s’adonner à cette activité sportive. Dans Les enfants d’Achille et de Nike, Martine Segalen propose une analyse ethnologico-sociologique de ce phénomène.
Histoire
Pierre Birnbaum, « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux? », Seuil
L’abbé Grégoire a remporté le concours de l’Académie de Metz de 1787 avec son discours « Est-il des moyens de rendre les juifs plus utiles et plus heureux ? » La présentation de ce texte permet à Pierre Birnbaum de le situer en politiste spécialiste de la question juive, et de recentrer la question de l’assimilation.
Roger Dion, Histoire des levées de la Loire, CNRS
La réédition du livre de Roger Dion est l’occasion de redécouvrir un classique des sciences humaines. Entre géographie et histoire, il constitue un exemple de transdisciplinarité avant la lettre qui dépasse une stricte dimension descriptive pour s’élargir à une véritable analyse des perceptions et des mentalités qui se sont constituées autour de la Loire.
Daria Galateria, L’étiquette à la cour de Versailles, Flammarion
Daria Galateria, spécialiste de littérature française à La Sapienza de Rome, tente d’analyser les codes parfois extravagants qui organisaient le cérémonial de la cour à l’âge d’or de la monarchie française. Une des multiples façons pour le roi de rappeler sa puissance en donnant « quand il [lui] plaît, un prix infini à ce qui de soi-même n’est rien».
Olivier Grenouilleau, La révolution abolitionniste, Gallimard
Dans la lignée de ses travaux précédents qui replacent le phénomène abolitionniste dans l’histoire mondiale, Olivier Grenouilleau apporte une nouvelle contribution majeure, qui comme toute lecture neuve du passé, ne manquera pas de diviser, voire de susciter la polémique.
Fabrice Mouthon, La Nature et les hommes, La Découverte
Fabrice Mouthon s’emploie à comprendre et à décrire les rapports qui lient l’homme à la nature au Moyen-âge. Mais plus encore, il y subordonne une grande part de notre histoire culturelle, en inférant des rapports qui touchent à tous les champs du savoir historique, depuis le développement économique jusqu’à une certaine conception d’une crise écologique qui résonne avec notre présent.
Philosophie
Rudolf Carnap, L’espace : Une contribution à la théorie de la science, Gallimard et Franz Brentano, Psychologie descriptive, Gallimard
Brentano est le parrain de la phénoménologie, Carnap celui du positivisme logique. Les branches de la philosophie contemporaine qu’ils fondèrent divergent profondément, mais ne sont-elles pas sur le point de se rejoindre ?
Georges Didi- Huberman, Ninfa profunda. Essai sur le drapé-tourmente, Gallimard & Edith de la Héronnière, La sagesse vient de l’ombre. Dans les jardins de Sicile, Klincksieck
La fatalité antique associée à la mélancolie moderne pourrait être ce qui peut lier deux beaux textes, celui d’Édith de la Héronnière sur les jardins de Sicile, et celui de Georges Didi-Huberman sur les dessins de Hugo, unis dans une même théorie de l’immanence et de la métamorphose, dans un même respect pour les « larmes de choses » que se ménagerait la nature.
Hommage à Miguel Abensour
Florent Perrier rend hommage à Miguel Abensour, disparu le samedi 22 avril 2017.
Psychanalyse
Estelle et Philippe Porret, La formation de l’analyste et son désir, Éditions Campagne première & Yves Lugrin, Ferenczy sur le divan de Freud, Éditions Campagne première
La lecture en parallèle des livres d’Yves Lugrin sur Ferenczy et d’Estelle et Philippe Porret sur l’analyste nous conduit dans les méandres du transfert et du contre-transfert, dans les temps d’espoir et de découragement, dans la continuité et les interruptions brutales, qui ponctuent le plus souvent une analyse.
Francis Hofstein, La passe de Lacan, Éditions du félin
En 1967, trois ans après la fondation de son École, Lacan lançait la fameuse proposition, dite “d’octobre 1967”, de la “passe”, ce dispositif pour tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un analysant suffisamment avancé dans son analyse pour assumer l’idée de devenir lui-même analyste.
Art
Derain, Balthus, Giacometti, Une amitié artistique, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 1er juin-29 octobre 2017
André Derain, Balthus et Alberto Giacometti étaient, malgré leurs différences d’âge et de tempéraments, amis. L’exposition qui croise leurs oeuvres révèlent autant les influences qu’ils eurent les uns sur les autres que leur communauté d’esprit et la proximité de leurs démarches esthétiques.
Jerry Lewis
Jerry Lewis a finalement tiré sa révérence le 20 août 2017 à l’âge de 91 ans. Ultime représentant du grand art du burlesque au cinéma, il a davantage été reconnu en France que dans son pays.
Pré-rentrée
Yannick Haenel, Tiens ferme ta couronne, Gallimard
Jean Deichel, narrateur-personnage récurrent de Yannick Haenel vit l’accélération et l’aboutissement de son aventure le 13 novembre 2015. C’est aussi la césure de Tiens ferme ta couronne, comédie cinématographique à la recherche du sacré.
Erwan Larher, Le livre que je ne voulais pas écrire, Quidam
Défini comme un « objet littéraire » par son auteur, le romancier Erwan Larher, blessé au Bataclan le soir des attentats, Le livre que je ne voulais pas écrire se présente comme le récit d’une expérience à la fois individuelle et collective.
Frederika Amalia Finkelstein, Survivre, L’arpenteur
Son premier roman s’intitulait L’oubli. Une sorte d’antiphrase tant oublier semblait impossible. Voici Survivre et c’est tout un programme : celui de la jeune femme qu’est Frederika Amalia Finkelstein, et de sa génération.
David Lopez, Fief, Seuil
Fief, le premier roman de David Lopez, invente, à partir d’un récit très bien construit sur la vie d’un jeune homme dans une zone péri-urbaine innommée, un rapport poétique réfléchi à l’existence.
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